CHAP. XI. — ALLIANCE AVEC MOSTMORIN
l-en publie, par des visites aux hôpitaux, aux établissef ments de charité, aux ateliers.
De plus, il fallait songer à ce que la première Assemll>lée législative ne fût empêchée par aucun arlicle res- Vlrictif de critiquer et de reviser librement la Constitu- I tion. Cette Assemblée devrait se réunir dans une ville [où sOB indépendance et la liberté du roi fussent mieux I assurées qu'à Paris. Enfin, il fallait arracher à la Constituante un décret qui interdît à tout candidat de se présenter à la députation dans un autre département que le sien. On empêcherait ainsi qu'au sein de la pro- , -chaîne Assemblée la démagogie de la capitale l'emportât sur la province loyaliste. Il serait encore plus efficace de rendre inéligibles pour cette fois les membres de la Constituante elle-même, qui, s'il était question de reviser leur œuvre, se trouveraient en même temps « juge et partie » . Cette idée avait été déjà soutenue par Cazalès dans une motion du 17 février 1790. On sait que I plus tard elle fut, pour d'autres motifs il est vrai, adop- I tée par la Constituante, qui décréta ainsi sa propre ' mort. Mais, ce qu'en général ceux qui blâment cette mesure passentsous silence, c'est que Mirabeau l'avait ardemment souhaitée. Il voulait lui-même n s'offrir en sacrifice », — mais était-ce un sacrifice de se résigner à ne pas siéger sur les bancs de la future Assemblée, pour prendre place peut-être au conseil des ministres?
Pour amener l'Assemblée, de gré ou de force, dans la
l Toie où l'on voulait la pousser, douze de ses membres,
■ sans compter l'auteur de tout le plan, devaient se tenir
• en union constante avec Montmorin. Cazalès à droite,
Barnave à gauche, étaient les points extrêmes de cette
chaîne invisible dont les anneaux, indépendants les uns
des autres, devaient avoir en Duquesnoy leur seul point
de contact. Talleyrand, Chapelier, Thouret, d'André,
■Comptaient parmi les plus influents des députés aux-
quels on songeait. Mais ià encore il importait de cou-l clnredes traités particuliers, de prendre chacun par' son coté abordable, de cacher soigneusement l'existence d'uQ groupe, de faire croire à chacun qu'il était seul lié, et surtout de ne laisser soupçonner à aucun la coopération de Mirabeau. Celui-ci seul, avec Montmorin, devait connaître tous les rouages de l'appareil. Tous deux, dans des entrevues nocturnes, devaient surveiller au jour le jour le feu de la machine, et se partager le travail le plus important. Mirabeau aurait eu surtout, selon son propre avis, à s'occuper du programme et des instructions destinés au bureau de presse, à Duquesnoy et aux émissaires.
Pour qui connaît les précédentes notes de Mirabeau, il n'y a, dans ce nouveau plan, qu'un point laissé de côté, mais ce point est de la plus haute importance tcomment réussirait-on à soustraire le roi à la prisoai de la capitale ? Mirabeau n'oubliait pas cette questioii,a mais il remettait à plus tard d'y répondre. Au préalable, et pour l'instant, il s'agissait de donner l'impulsion au mécanisme que son inventeur considérait comme un «dernier effort » pour échapper aux terribles dangers du jour, « Soit qu'on y renonce, soit qu'on échoue, un voile funèbre va couvrir cet empire. Quelle sera la suite de sa destinée ? Où sera porté ce vaisseau, frappé de la foudre et battu par l'orage ? Je l'ignore ; mais, si j'échappe moi-même au naufrage public, je dirai toujours avec fierté, dans ma retraite : >< Je m'exposai à me perdre, pour les sauver tous ; ils ne le voulurent pas. »•
On ne peut se le dissimuler, Mirabeau était bien éloi- gné de prétendre garantir le succès de son plan. UÉ n'excluait aucunement la possibilité d'un échec, en aâ'^ mettant même que l'on s'efforçâtde mener à bon terme l'entreprise. Il savait combien de facteurs incertains il faisait entrer en ligne de compte. Néanmoins on ne pouvait être plus optimiste que l'auteur lui-môme. LaMarckJ