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songeraient qu'à « se gorger d'or >. La plupart raient rien moins que des > gentlemen a et pourraient' hausser leurs prix à volonté pour se faire payer leursileuce. La liâte civile, quiseule devait fournir aux dépenses, serait vite épaisée. Mirabeau passait sur tout cela sans s'y arrêter. Ce qu'avaient fait les gouvernements antérieurs, alors qu'il n'existait pas de constitution, il jugeait licite et possible de le faire encore, au mépris de la constitution. Brissot n'était pas loin de la vérité lorsqu'il disait plus tard de Mirabeau: «C'était avec le despotisme qu'il voulait ressusciter la liberté. ■ C'est bien pour cela que. longtemps après. M"" de Rémusat, voulant refréner l'admiration de son fils pour le grani orateur, lui écrivait, citant Racine, que Jébu n'avi
li le cœar aues droit ai les maioB asaei porea ■.
Celle qui avait vécu lamilièrement dans la maisoi du premier GodsuI et Empereur savait pnr expérience que jamais la liberté ne germe du despolisme.
Si quelque ohose, aux yeux de Mirabeau, justiQait la tentative «d'amalgamer les combinaisons de l'homme d'Étal et les ressources de l'inlrigue, le courage des grands citoyens et l'audace des scélérats n, c'était la, détresse où se trouvait cette partie du royaume laquelle il avait les renseiguements les plus exacl Dans le Midi la situation sembliiit être désespérée, l'on ne trouvait des remèdi-s dnas le despotisme. Tandïi que les émigrés réunis à Turin cherchaient à faire naîti des complots à Lyon, le fanatisme politique, entreteni par les sociétés affiliées aux Jacobins, gagnait de joi en jour du terrain dans les cités provençales. Uni épouvantable catastrophe venait de se produire à Ai
' Bribsot, Patriote Irançah, 1791, 7 mai, n''637, — Correipondm
de Madame de llémusat, IV, 273.
CHAP. XI. ALLIANCE AVEC MOSTMfiniN 289
dans la cipconscription électorale de Mirabeau, et luimême donnait lecture à l'Asseoiblée de l'émouvant rapport rédigé par l'impaiasant président du département. Il yavait longtemps qu'à Aix la crise étaitarrivée à un élat aigu. Jadis dotée d'un parlement, cette cité comptait de nombreux partisans de l'ancien régime, dont le club des « Amis de l'ordre et de la paix » était tenu en échec par un « club des Amis de la constitution » et par une société d'esprit analogue, celle des I < frères antipolitiques » . Les officiers d'un régimer.t en ■ garnison dans la ville prêtaient leur appui aux aristol crates ; l'on en vint à des batailles, à des coups de pistolet, et il parut sage, pour éviter un massacre, d'éloigner le régiment. Mais à peine celui-ci était parti que le 14 décembre la populace déchaînée demandait des victimes. Les nouveaux magistrats étaient absolument désarmés; quelques centaines d'hommes de garcîe nationale et de troupe, qu'ils avaient fait venir de Marseille, disparurent an milieu de la multitude en furie, les prisons furent forcées, et les malheureux que
»ron en tira pendus sans pitié. Parmi les victimes se trouvait un personnage remarquable, bien connu de Mirabeau, l'ancien avocat au Parlement Pascalis, que l'on avait emprisonné tout récemment comme adversaire de la transformation des institutions provençales '. Maints détails atroces étaient encore ignores. « L'aiTaire d'Aix est plus horrible encore qu'on ne le sait, écrivait Mirabeau à la Marck, et l'état des deux tiers du royaume est presque au même point. > Il k n'aurait pu trouver de meilleure illustration réaliste L pour la peinture qu'il avait faite de la situation déplo- Irable où l'on avait mis le pouvoir exécutif.
Cependant Mirabeau, à l'Assemblée, ne devait rien
n plus des Anh. pari., la monographie de C.
l^pascalii, 1354. V. Goibal, II 349-439.
Stbrn, Hirabeait, il. H
■d'JU LA VIE DE MIRABEAU
laisser soupçonner des propositions qu'il avait soumisesi à Marie-Antoinette et à Montmorîn. II devait même, pour rester fidèle à son rôle, prendre devant les députés la défense des nouveaux corps administratifs contre les attaques mordantes de Maury. En réalité c'était bien moins â ta faiblesse de quelques personnalités qu'à, l'ensemble de l'institution qu'il fallait s'en prendre. Im 20 décembre Mirabeau proposa, au nom des députés la Provence, comme mesure provisoire destinée à tablir l'ordre dans tout le déparlement des Bouches-du- Rhône, que l'on priât le roi d'y envoyer un nombre suffisant de régiments de ligne, et de déléguer en même temps à Aix trois commissaires civils qui seuls auraient le droit de réquisitionner la force armée. Cette dernière mesure n'allait à rien moins qu'à enlever auj^ magistrats récemment élus pour une durée de temps déterminée un droit qui était resté sans efficacité di leurs mains tremblantes. On devait confier un poi voir dictatorial aux trois commissaires, dont peut-êti Mirabeau se réservait d'être l'inspirateur. Déjà, dans réunion des députés de Provence, ces dispositions n'avaient pas rencontré une approbation unanime. A la tribune de l'Assemblée, Charles Lameth conseilla de réfléchir avant d'émettre ce vote de défiance i; l'égard des magistrats, et se déclara surtout contre II prétendue nécessité de déléguer des commissaires spi i:iau.\', Mirabeau eut beau modifier sa proposition, ei stipulant qu'à ces commissaires seraient adjoints troi membres des corps administratifs pour décider s'il avait lieu de faire appel à la force armée, Lameth l'ei porta.
Même dans ces conditions, Mirabeau se laissait encol séduire par l'idée d'aller jouer dans le Midi le rôle di sauveur et de pacificateur, rôle qui le tentait encoi plus depuis qu'il avait contracté alliance avec Moni morin. Sa popularité chez les Provençaux ne paraissait'
ilEAP. XI. — ALLIANCE AVEC MONTMOUIN 291
-pas ébranlée. Son buste était érigé à Marseille et à Aix, ici par le club des Jacûbios, là par la municipalité '. On s'adressait à lui chaque fois qu'on se trouvait en présence d'un embarras ou d'un danger. Dans tous les cas Mirabeau se ménageait la possibilité d'entreprendre le voyage, en demandant le 22 décembre un ■congé de quatre semaines à l'assemblée. Ce jour-là-même il se vit encore une fois mis de côté pour la présidence, ■ce qui ne contribua pas peu à lui foire présenter sa demande de congé. D'ailleurs il se sentait plus nécessaire que jamais à Marseille, car la ville, disait-il a était au moment d'être perdue pour la France et de se déclarer république. » Peut-être songeait-il aussi à mettre à profit son séjour en Provence pour se réconcilier avec sa femme, réconciliation que sa sœur, Madame DuSaillant, s'efforçait depuis plus d'un an d'amener '.
Quoi qu'il en fût, la démarche de Mirabeau fit une impression profonde. L'amba''sadeur suédois reproduisit les bruits que l'on faisait courir. Selon les uns, Mirabeau voulait surtout aller attiser le feu en Provence et provoquer une guerre civile. Selon d'autres, qui l'accusaient de n trahir son parti et d'avoir reçu de l'argent de tous côtés B, il voulait fuir le sol embrasé de la capitale ou moment où la catastrophe était imminente. Les Parisiens, eux, n'étaient pas si défiants. Plusieurs sections supplièrent instamment Mirabeau de ne pas quitter le théâtre de ses triomphes. Le Club des Jacobins fit une démarche de ce genre, et Conrad Engelbert OEIsner, cet Allemand si bien informé, écrivit à l'un de ses amis que Barnave lui-même s'était prononcé avec éloquence contre le départ du grand orateur '.
Le buste placé à Marseille émit dû au sculpteur Lucas. Cf. Guibal
■ Luc*s DS MoNTiGNY, VIII, 236. — Bagoubt, i, 290, — et Remayquet 'de Stâ'Uler, i,4li.
> Brlern (tes uactimuligea Ki)ni^I. preussischen Le gâtions raies S., E. OEIsQer an den Herzogl. Oldenburg. Juatizrat. G. A. v. Halam von
Toutes ces instances n'auraient pas empêché Mira-' beau de quitter Paris, si Montraorin et la cour n'avaient aussi jugé bonde le garder pour l'instant à leur disposition. Monltnorin, d'ailleurs, mettait tout en œuvre pour i réaliser un des plus grands désirsde Mirabeau. Au com-ïjj mencement de janvier, il y avait lieu de procéder à^ nouveau, selon l'usage adopté, au choix d'un président pour la quinzaine suivante. Ou pouvait compter qu'ua certain nombre de députés, tels que l'archevêque de Toulouse, se conformant à un mot d'ordre de Montmorin, cesseraient pour une fois de s'opposer à l'élection de Mirabeau. Par le fait, il ne lui manqua le 3 janvier que trois voi.t pour être nommé. 11 pouvait être sûr de passer à l'un des renouvellements suivants, il resta donc et profita de sa situation parlementaire pour ner » l'assemblée et pour lui « enleverson crédit », le plan qu'il avait si bien développé à la cour.
D'ailleurs, là encore, il ne faut pas s'étonner de ]J con traduction qui e.\istait entre les paroles et les actefl de Mirabeau. Il ne pouvait aller trop loin, sous peinflT de S6 trahir lui-même. Si de propos délibéré il présentait' des propositions séduisantes qui étaient autant de profondes blessures faites à l'œuvre de la Constituante, s'il encourageait les autres à suivre son exemple, il lu^ fallait bien, de temps à autre, pour sauver les appa^ renées, mettre un peu de baume sur les plaies. Surtout il lui fallait ne jamais oublier que le Mirabeau qui parlait à la tribune no pouvait être le même que le 1 beau dont les conseils écrits et oraux étaient achetés par la cour.
En aucune circonstance, ces réflexions ne s'appliqueafl mieux qu'en ce qui concerne l'attitude & double face d Mirabeau, à l'occasion des affaires polilico-religieusesj
Paris «us RBsohrioben i79')-i792, herauBgegeben vod Meridorr(Bc
tin. Springor, 135-*), p. C2.
Ui-