CHAP. XII. MIBABEAU ET LA POLITIQUE
examen. Le comité, auquel cet examen fut confié, avait été élu te 1*' août. Outre Mirabeau, il contenait Fréteau, du Ghàlelet, Barnave, Menou, d'André. Une partie de ces hommes étaient animés à l'égard de l'étranger de dispositions bien moins conciliantes que celles de Mirabeau. Cela put l'engager à participer aux travaux ■de ce comité plus assidûment qu'à ceux des autres comités dont il faisait partie. Kn général, il avait une opinion très défavorable des comités de l'Assemblée, et il méconnaissait les services qu'ils avaient rendus. -C'est pourquoi, dans les papiers du comité des lettres de 'Cachet par exemple, on ne rencontre que par occasion le nom de Mirabeau, qui aurait eu à puiser tant de renseignements sur ce sujet dans sa propre expérience '. Dans le comité diplomatique au contraire, sans doute pour éviter un malheur, il prit une bonne partie du fardeau sur ses épaules,
11 eut aussitôt l'occasion de rentrer en scène comme rapporteur dans une question d'une grande portée. Dès que l'Espagne vit éclater sa querelle avec l'Angleterre au sujet de la baie de Nootka, elle avait, comme on s'y
Le BFul témoignage do boh Bclivité dans ce comité a. été récem- □t trouvé duDs les arcbires de la Banque de France et publié par vicomte de Bégauen dans la Beuue d'économie politique, 1887, I, 471-512, Selon toute apparence, le rapport, qui sans doute ne fut jamuia prononcé, sur le régime des piisoni, doit être rapporté à février ou ftraars 1790. (Cf. A. Rivière, Mirabeau criminaliste, dans la Revue britannique, 1889). Dans ce manuscrit, il n'y a de la main de Mirubeau que les corrections en marge ; elles sont pleinee de pensées fécondes. Toutes les phrases du texte sont empruntées uu>: Obterva- Uons d'un voyageur ang/uù sur la maison de /orce de Bîcétre, qui, quoi qu'en dise le vicomte de Bégoueo, doivent élre attribuées, non à Mirabeau, nsiils & Romillj'. V. supra vol. 1. p. 317. D'après la correspondance de Mirabeau avec Reybaz (voir Plan, p. 52, 58) il est vraieemblable que Keybaz aussi a collaboré à ce rapport. Dans l'article de \&HeuMed'éco7tormepoliiiquei\\i& nous venons dd ciier on a donné aussi une correspondance (un peu irritée) de Mirabeau avec ses collègues du comîié des lettres de cacbct. Malheureusementtes procès-verbaux
E séances du comité des leUres de cachet manquenl dans les huit I intéressants cartoDS des Archives nationales. D. vi, 1-8.
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attendait, réclamé le secours effectif de la France, ot 1 cela d'une façon très pressante. Elle s'appuyait sur le j Pacte de famille conclu entre les Bourbons en 1761 et I dont le texte ne laissait à la France aucun choix. MaisJ précisément parce que ce pacte se présentait commBj une alliance entre deux dynasties, et non entre deux-l nations, et parce qu'il n'avait pas été conclu seulement 1 en vue d'une défense réciproque, mais aussi en vue d'une guerre offensive entreprise de concert, il avait depuis longtemps perdu en France sa faveur première. Il y avait de bouillants politiques qui voulaient tout uniment le déclarer caduc, parce qu'il ne s'accordait pas du tout avec l'esprit du temps. Cette disposition n'était pas inconnue du gouvernement espagnol. Aussi J avait-il ajouté à sa demande desecours la menace que. si on ne s'en tenait pas entièrement au pacte de 176lJ il s'adresserait à d'autres amis, en d'autres termes qu'il] se jetterait dans les bras de l'Angleterre. Dans H correspondance secrète avec La Marck et la cour,,]
B Mirabeau avait proposé un moyen da sortir de cett&l
H situation périlleuse, avant même que le comité diplo-ï
H matique eût pris l'affaire en main. 11 avait conseillé
H l'envoi immédiat d'un négociateur à Madrid, pour
H demander une nouvelle rédaction du traité, qu'on ferait
H aussitôt ratiQer par l'Assemblée. Pendant des semaines,
H il s'était occupé de faire accepter cette idée, et il avait
H recommandé pour cette mission importante diverses
H personnes, le comte de Ségur, le jeune Custine et d'aU'^
H très, sans qu'on eût trouvé bon de suivre son conseil.
H On en était venu ainsi au 25 août, jour où il dut fain
H son rapport au nom du comité diplomatique. On i
H pouvait pas s'exprimer plus paciliquement qu'il ne 1«
H fit. Personne ne pouvait se douter que tout récemmenfl
H Mirabeau avait fait préparer dans son atelier l'ébaucha
H d'un discours dont a l'éternelle hostilité de l'Angleterre i^
H formait le thème. U ne le trouva pas du tout conva
CHAP. SU. MlHARKAi: ET LA FOLITIylK 313*
nable à la circonstance, et le laissa dormir inachevé dans ses tiroirs '. Il pnria avec horreur du « fléau de la guerre ». Même une guerrejuste serait, prédieait-il, un désastre immense, et ce qu'il y voyait de plus grave c'est qu' « elle détournerait les regards des citoyens de la constitution » et par conséquent « les distrairait du seul objet de leurs vœux et de leurs espérances. » « Pourquoi, gémissait-il, faut-il que la nécessité d'assurer la paix force les nations à se ruiner en préparatifs de défense ? » Et il s'écriait : < Nous ne regardons aucun peuple comme notre ennemi. » Dans ce pacte d"amitié, il comprenait. expressément le peuple anglais, u notre frère aîné en liberté..., pour qui le despotisme et ses agents sont des ennemis communs aven nous. » Puisque cependant « le vœu de la philosophie n'est pas encore réalisé... », puisque a le pacte de la fédération du genre humain » estencore une question de l'aveniri la France, quia des colonies sur la surface du globe, ne doit pas s'aliéner une alliée aussi généreuse que s'est montrée l'Espagne. Il suffit que le pacte avec l'Espagne soit changé en un pacte purement défensif et reçoive la forme d'une alliance nationale. 11 avait déjà exprimé la même maxime en septembre 1789. (V. supra p. 92^.11 voulait même généraliser cette idée. Le roi devait, d'après un décret de l'Assemblée, déclarer à toutes les puissances intéressées que, « la justice et l'amour de la pai.x étant la hase de la constitution française, la nation ne peut en aucun cas reconnaître dans les traités que les stipulations purement défensives et commerciales». Mais l'Assemblée ne se laissa pas entraîner si loin. Adoptant tout à fait l'avis de son comité diplomatique, elle borna sa décision au cas présent.
On remarque ici encore dans les paroles de Mirabeau
' Lucas ce Montignv, VIII, 38.1430. Malhoureusement il ne noua ■^it pas quelle pnrlie de cette esquisse de discours est de lu moin de Uirabcau.
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l'influence des économistes. Sa politique s'accordait j parfailement en cette afîaire avec une dissertation dei Du Pont qui avait été ajoutée au procès-verbal de la' séance du 3 août ', Cet élève de l'Ami des hommes et de Turgot, dans sa critique du Pacte de famille, en élaifl venu lui aussi à demander qu'on le modifiât selon'j l'esprit de la « philosophie politique ». Lui aussi voulait pas reconnaître de traité entre les cabinets,! mais seulement entre les peuples. Et encore il n'accep--J tait ces traités nationaux que sous réserve d'un examen j minutieux ; il voulait qu'on n'en laissât subsister que les articles défensifs et les dispositions commerciales,* et qu'on en biffât les articles offensifs. « Car les nations, disait-il, l'ont une société générale, mais encore peu réglée, qui n'obéit à aucune autorité supérieure et où chaque nation, ne formant qu'un seul corps, se trouve vis-à-vis des autres comme serait un seul individu dans uii assemblage peu nombreux de voisins indépendants. Chacun d'eux y aurait intérêt à ce qu'aucun d'eux n'en opprimât un autre, et, lorsqu'il s'élèverait des querelles, ceux mêmes qui n'y seraient pas compro- . mis auraient intérêt à ce qu'elles se terminassent km l'amiable et sans effusion du sang, s II était logique' que Du Pont renonçât à réclamer une extension iramé'l diate des armements de la France. Car si ces armements pouvaient amener un résultat, c'était d'empêcheH la solution pacifique du conflit anglo-espagnol. Icili Mirabeau était forcé de se séparer de Du Pont, soitfl parce qu'il voulait ménager l'opinion publique, soit*! parce qu'il n'était que l'organe du comité diplomatique. H demandait, en présence de « l'accroissement progressif des armements de dilférentes nations», que la marine de guerre française fût accrue de trente vai»^J seaux de ligne et d'un nombre correspondant de fré-M
' Archives parlementa