CHAP. XII. MIRABEAU ET LA POLITIQUE
gâtes et de moindres bâlîments. L'Assemblée alla même plus loiii dans ses résolutions, car elle éleva à quarante-cinq le nombre des vaisseaux de ligne demandés. C'était prendre en apparence une altitude très belliqueuse. Mais, en réalilé, les intenlions n'étaient pas si graves. L'ambassadeur anglais apprit en confidence du ministre des alîaires étrangères que les préparatifs seraient mis en œuvre avec la plus grande lenteur. Le mauvais état des finances venait en aide à cette lenteur. L'Assemblée nationale était trop occupée avec liîS affaires intérieures pour être disposée à presser le gouvernement. Mais, dans le comité diplomatique, Mirabeau n'épargnait rien pour maîtriser l'ardeur de ses collègues. Combien peu ils le connaissaient, les journalistes radicaux qui injuriaient « l'homme sans pudeur et sans conscience, l'LIlysse de l'Assemblée, le bourreau de la constitution » ! Jamais il ne pouvait les satisfaire. Un jour il était pour eux trop tiumble vis àvis de l'étranger, un autre jour trop exigeant, a Ce Prolée, s'écria Fréron, qui prend à son gré toutes les formes, tantôt lion courageux, tantôt bumble serpent, ce sycoplianle pétri de ruses et d'arlifices^ c'est lui qui, payé par les ministres, vient de nous embarquer dans une guerre où vont s'engloutir les assignats, la dette nationale, nos biens, notre commerce, nos espérances, notre liberté, tout notre sang. Traître, infâme Thersite, je te voue à l'exécration de tes contemporains et à l'horreur de la postérité '. " Le jugement que Dubois- Crancé portait à son point de vue était beaucoup plus
' L'Oru'eur du peuple, tome 11, n" XIX, p. 150. De même Msrat parle de « l'infernal Hiqiieili » dans VAmi du peuple, n" 204, p. 5. H faut remarquer aussi une utlRque antérieure daas le JouTnal du diable, a" 27 : Mirabeau comnicnce à déplaire au diable. >• (Bibliothèqae de la ville de Psris, 9082). Voir aussi le pampblet : Kouvelte traHison de liiqueUi l'ainé, ci-devmU comte de Mirabeau, el des minislërieU, ibid., 7^93.
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juste, quand il disait : » Il a paralysé le Comité diplomatique '. »
11 subsiste une trace importante de son influence « paralysante» dans l'afTairedu conflit anglo-espagnol. William Pitt, à qui l'importance du rapporteur du roraité diplomatique n'avait pas éthappé, espéra pouvoir agir sur lui parHugh tCUiot, ami d'enfance de Mirabeau. L'Espagne, irritée des bésitations de la France, était sur le point de se soumettre aux exigences anglaises relativement à la baie de Nootka. Il s'agissait d'empêcher qu'à la dernière heure la France ne donnât des encouragements au gouvernement espagnol et en même temps de dissiper les méfiances de la France au sujet des vues de l'Angleterre. Car l'opinion était Tort répandue que Pitt méditait un grand coup contre la France et Mirabeau lui-même n'était pas exempt de soupçon à cet égard ^ Elliot, à peine revenu de son ambassade à Copenhague, se rendit pendant l'automne à Paris en mission confidentielle, vit Mirabeau, se reacontra avec lui et d'autres politiques iniluents à la table de La Marck et fit sa besogne à la pleine satisfaction de Pitt ^ Cependant l'Espagne s'était accordée avec l'Angleterre, les rapports entre Paris et Londres avaient pris un ton plus doux, on avait renoncé aux préparatifs de guerre et la paix était assurée, bien qu'aux dépens de l'orgueil français- Mais, si le danger d'une rupture à l'Ouest se trouvait
' JuNO, Dabcis-Drancé, 1884, I, i03.
' Voir le mémoire publié par Lucas de Montignï, VIII, 40-55. CF. Waliszeweki, Le romani d'une imféra(rice, Catherine U de liusiie, 1893. 3" éd., p. 394.
' ilemoir of Hugh EUiot, pages ji et 355. Despatches ol Lord Gmver, p. 38. SoBEL, l'Europe el la liévolution françaùe. 11, 147. Bacourt II, 13, 35. Lb9 rapporta d'EUiot avec Mirabeau et autres ne reslèreut pas secrets, comme on le voit par le u" XX de i'Oroteur du peuple, t. IV, p. 159, et pnr les dépÊches du ministre de Prusse, des 20, 22 octobre, 19 novembre 1790, aux Archives de Berlin.