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CHAP. XIV. — LA. FIN DE MIRABEAU

autre aventurier comme Gorani, mais un aventurier de plus grand style, qui devait bientôt après jouer un rôle en vue, Dumouriez, fut aussi à cette époque un des instruments de Mirabeau, On le destinait à servir dans le nouveau personnel diplomatique que Mirabeau, d6 concert avec Montmorin, s'occupait à former '.

Cependant l'on était encore dans une indécision complète en ce qui concernait la question capitale, celle de savoir si la famille royale devait s'éloigner de Paris. Les derniers incidents avaient montré que toute entreprise de ce genre serait au plus haut degré dangereuse et hasardeuse. Sans doute une indisposition dont Louis XVI ne se remettait que lentement aurait pu justifier le désird'un changement d'air. Mais les Fréron et autres journalistes de même espèce ne manquaient pas de nier cette maladie et d'engager leurs lecteurs à empêcher par lous tes moyens la fuite de l'Autrichienne et rie ceux qu'elle menait à la lisière '. Toutefois, en admettant même que le coup d'audace réussît, que le roi reprît sa liberté, Mirabeau n'en eût pas été plus assuré de voir mettre ses projets à exécution. Ce qui était le plus fâcheux dans la situation si difficile où il se trouvait pris, c'était que la cour, tout en le laissant peiner et travailler au jour le jour, faisait fl du but suprême de ces peines et de ces travaux.

Son loyalisme pourtant n'aurait plus dû être mis en doute depuis que Laporte, l'intendant de la liste civile, avait assuré à Louis XVI que la rupture était définitive entre les chefs des Jacobins et lui. Mais ses conseils n'en étaient pas moins jetés au vent. Ses principes, selon l'expression d'Axel Kersen, « étaient toujours considérés

pléments du livre de Marc-Monnier dana : Fichte's ieben anrf Hllerarucher Briefivechiel, t, 209, 213, 215, et MatliUson's BnV/fe, 1, 143-145,

I Mémoires de DumonrUz, V, 100 sqq.

et. par exemple l'Orateur du peuple, l. V, a" 26.

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comme mauvais '. » Si le roi et la reine croyaient proche l'heure de la délivrance, ils rejetaient bien loin l'idée de ae réfugier à l'intérieur du royaume pour faire appel au loyalisme de la province. Ils voulaient chercher un asile derrière les murs d'une forteresse, à la frontière de l'Est, sous la protection de forces armées considérables. Quel cas alors jugerait-on à propos de faire des conquète9 de la Révolution, c'était ce que chacun pouvait se demander. Mais à coup sûr on n'approuvernit pas sans réserve le programme de l'homme qui, le 23 juin 1789, avait jeté le défi célèbre au.'ï baïonnettes. Dès la fin de février Mercy était convaincu que Montmorin et Mirabeau ne tenaient aucun compte de Marie-Antoinette dans l'élaboration de leur grand projet ''. Vers le milieu de mars Louis XVI annonça à Bouille que, vers la Qn d'avril ou le commencement de mai, il avait l'intention de gagner Montmédy parVarennes.

Mirabeau se rendait-il compte de tout cela, c'est un point douteux. Toujours est-il qu'il y avait assez d'autres motifs pour lui faire perdre patience parfois, alors surtout qu'il souffrait des maux si aigus auxquels il était sujet périodiquement depuis ses douleurs d'entrailles de février 1788. La vie qu'il menait, partagée entre un travail fiévreux et des plaisirs sensuels, n'était pas faite pour accroître sa force de résistance. Il n'avait plus le temps de se livrer, comme jadis, à des exercices physiques, et le plus souvent même il faisait en carrosse le chemin de sa demeure à l'Assemblée nationale. 11 sentait bien aussi qu'il allait en déclinant. H lui arrivait souvent de parler avec allégresse de sa mort prochaine.

' Laporle au roi, 3 mars 1791. Arch. nat. (Musée des Archives A, II, 1211,) Ku^KOwaTROM, Ferten, 1, K6.

• Mercj à l'empereur Léopold, 25 février 1791. Copie aux archiïei de Vienne.

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. Et pourtant, comme s'il eût voulu braver l'inévitable, il s'imposait sans cesse, à lui et à ses collaborateurs, de nouvelles tâches. Quand l'un d'eux lui objectait qu'il

» était impossible de les achever, il ripostait : '< Ne me dites pas ce bête de moLd"impossible. » Il se tenait toujours en relations assidues avec Reybaz, lui donnait à faire ou ècorriger des discours. Beaucoup de ces discours, précédemment esquissés, restaient inachevés: tels ceux sur le duel, sur la peine de mort, sur l'extradition des criminels. D'autres que Mirabeau n'avait pu prononcer à la tribune, parurent avant sa mort imprimés sous son nom : par exemple un exposé de la question relative à l'impôt sur les rentes ', D'autres encore ne furent connus que plus tard : par exemple le travail sur les droits égaux des héritiers en ligne directe, travail que Talleyrand porta à la connaissance de l'Assemblée immédiatement après la mort de Mirabeau. Les représentants se sentirent profondé uicnl émus en entendant ces « derniers soupirs » du grand orateur, et Reybaz se garda bien de revendiquer pour lui l'honneur que l'on rendait à son œuvre '. Cette question d'héritage avait été prise à cœur par Mirabeau, comme le prouvent les tentatives répétées qu'il fit pour qu'on la mît en discussion. 11 considérait l'égalité politique comme un simple mot, si Ton ne reconnaissait également en principe l'égalité des droits de famille. Il ne put toutefois obtenir de son vivant qu'un grand début fût institué sur ce sujet.

11 fut plus heureux pour un autre travail législatif, où il mit Pellenc à contribution. Il s'agissait de fixer quels seraient à l'avenir les droits des possesseurs de mines, au nombre desquels comptait La Marck. Comme actionnaire des grands charbonnages d'Anzln, La Marck

^K ' Areli.parL XXI, 207 sqq. Supplément à la séance du 4 dêc. ITQO. Kr PiJVN, p. 2S, 106-119.

^B ' V. la companiLson dit brouilloa ds Reybaz avec le discours de ^Blir&beaii, daasPLAN, p. 146-171.

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était très intéressé à ce que la concession fut m nue, tandis, qu'nu contraire un fort courant d'o| nion tendait k faire réserver la propriété des richi ses souterraines exclusivement aux propriélaîres terrains correspondants. Depuis son retour de voyaj La Marck pressait son ami de s'intéresser à sa caui Ce délicat sujet vint enfin en discussion, pour un pre* mier débat, le 21 mars 1791. et Mirabeau prononça un grand discours. La décision fut encore ajournée, mais les développements de Mirabeau, où les arguments physiocratiques tenaient une grande plac produisirent une profonde impression.

Dans la séance suivante, le 22 mars, Mirabeau présenta à l'improvisle devant l'Assemblée une molion dirigée contre Duportail, le ministre de la guerre. Il avait déjà, lors du débat sur le voyage de Mesdames, pris à partie ce ministre, et il se réjouissait de voir que même les journalistes radicaux évitaient de plus en plus de défendre leur favori dejadis. Maintenant c'était d'un ton menaçant qu'il demandait l'envoi immédiat de quatre commissaires chargés de réclamer à Duportail des explications immédiates sur le « dénuement scandaleux » de la frontière d'Alsace. 11 fut naturellement un de ces commi-ssaires et la réponse du ministre, que les quatre rapportèrent à l'Asserablée avant même la lin de la séance, justifia toutes les craintes. Duportail se disait en état de concentrer 16.00Û hommes avant la fin d'avril, mais il déclarait qu'il ne pourrait envoyer en Alsace ni un bataillon ni un escadron de plus. Cette réponse faisait fort bien l'affaire de tous ceux qui ne cessaient de dénoncer au public les projets subversifs du gouvernement et les plans d'invasion soudaine formés par l'étranger. Sans doule Mirabeau lui-même n'échappa point aux attaques de Fréron, qui l'accusa d'avoir voulu, de concert " avec le Sanhédrin des Tuileries, » montrer à l'aigle impérial combien

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lia France était une proie facile '. Toujours est-il qu'il réussit à diminuer encore le crédit de Duportail et à détourner J'altention publique de Montmorin, lequel, vivement altaqué par les Jacobins, se trouvait alors dans une situation critique. Le ministre de la guerre crut d'ailleurs nécessaire de déclarer qu'on avait mal interprété ses paroles et qu'avant deux mois ce seraient plus de 20.000 hommes qui garniraient l'Alsace. Mirabeau ne put se dispenser de faire part à l'Assemblée de cette rectilication, mais il ajouta que les trois autres commissaires avaient exactement compris comme lui les paroles du ministre.

Au reste Duportail n'était peut-être pas le seul ministre dont Mirabeau désirait ruiner le crédit. Nous savons qu'une fois de plus il eut avec Lafayette, dans la maison de Condorcet, des entretiens on il fut question comme autrefois de la nécessité d'un gouvernement parlementaire, en d'autres termes de l'abrogation du décret du 7 novembre 1789. Siéyès lui aussi fut au courant de cette négociation, qui parait avoir eu lieu vers cette époque. A la vérité l'opinion de Mirabeau sur Lafayette ne s'était pas modifiée ; il luiétaitarrivé, quelque temps auparavant, de dire à Laporle : a Lafayette aifecte de l'attachement au roi et à la royauté, ses sentiments marquent le républicanisme. " Mais, de même que le général ne pouvait pas s'aliéner complètement Mirabeau, de même celui-ci se gardait bien de rompre tous les ponts. L'impression qu'avaient faite sur l'ambassadeur anglais les derniers événements se résumait en ces ternies : « M. de Mirabeau paraît vouloir montrer que lui seul est capable de former un ministère '. »

C'est au milieu des derniers efforts de cette activité

IUrhumaine qui se dévorait elle-même que tombèrent ' VOraleur du peuple, tome V, n" 2i.

* Lapatettb, 11, 498; IV, 9, 47.— Bbownlng, Despalchei of ear \rmer. p. 74 {^5 mars i79l).

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les débals sur la loi de régence. Cette loi, Mirabeau l'avait lui-même péclatnée. le 25 lévrier, comme la condition préliminaire et indispensable de toutes mesures destinées à restreindre la liberté de mouvement du monarque. Mais à présent il aurait vu retarder avec plaisir une discussion dont la monarchie ne pouvait attendre rien de bon. Il s'opposa donc avec i'orce, quand le 32 mars Thouret déposa le projet d'une loi de régence préparé par le comité de constitution, à ce que l'ouverture des débats fût précipitée. Il se déclara pour sa part incomplètement préparé, et s'excusa en alléguant son mauvais état de santé. Gazalès vint à son aide et rappela que dans une circonstance semblable le parlement anglais avait pris en considération la maladie de Fox, membre de la minorité. Mais cette prévenance peu ordinaire du chevaleresque orateur de la droite à l'égard de Mirabeau fit à celui-ci plus de mal que de bien. Duport déclara que les représentants devaient se laisser conduire par la raison seule, et non par tel ou tel grand nom, que ce fût celui de Pitt ou de Fox; l'Assembléo décida d'ouvrir immédiatement le débat, maison s'aperçut bien vite que l'on marchait li sur un sol embrasé. Sans doute il y eut dans les discours de Maury. de Cazales, de Barnave, maints arguments tirés du droil constitutionnel et maintes considérations historique»] mais ces développements théoriques laissèrent percer di allusions constantes aux personnalités vivantes que li uns regardaient avec tant de respect, les autres avec lanl de défiance. Quand Maury parla de reconnaître à mère du Dauphin le premier droit à la régence, il n'y eut personne qui ne pensa à Marie-Antoinette. Lorsqu'il examina le cas où le premier prince du sang aurait quitté la France, chacun songea aux émigrés de la famille royale et aux suites possibles de l'émigration.

Déjà, en septembre 1789, Mirabeau s'était rallié à l'avi) que seul un prince né Français pouvait exercer la

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gence (cf. page 91). Sur cie point son opinion n'avait pas changé, et il se serait trouvé d'accord avec le comité de. Constitution. Mais sur une autre grosse question il avait des réserves à faire. Le comité considérait le droit à la régence pendant la minorité du roi comme un droit héréditaire. Ce droit devait appartenir au plus proche et au plus âgé des parents mâles du roi qui auraient atteint leur majorité, à condition que ce prince ne fiit ni étranger, ni émigré, ni héritier présomptif d'une autre couronne. Le comité n'admettait le libre choix d'un régent par une Assemblée spécialement élue à cet effet que dans ie cas oià il n'existerait aucun prince du sang qui satisfît aux conditions réclamées par la loi. 11 était assez surprenant d'entendre Maury donner la préférence au prince électif, tandis que Barnnve se prononçait en faveur du droit héréditaire. L'un et l'autre sans doute s'arrêtaient à certaines personnalités. Maury pouvait espérer qu'un libre choix donnerait la régence à la reinemère ; Barnave pouvait se flatter que le principe héréditaire exclurait le comte d'Artois, chef des émigrés. Mirabeau demanda qu'on s'appliquât tout d'abord à examiner et à résoudre celte question du principe électif ou héréditaire ; il ne cachait pas qu'en ce qui le concernait il se laisserait diliicilement persuader qu'on diit accepter un régent de la main du hasard ; les raisons qui légitimaient l'hérédité de la couronne ne lui semblaient pas valables dans cet autre cas, h condition naturellement que le choix du régent restât étroitement limité. Barnave et Cazalès, unis pour la circonstance, se tournèrent contre Mirabeau ; mais le premier ne se déclara pas, comme le second, disposé à déférer au désir qu'il émettait de voir ajourner la discussion.

Le lendemain Mirabeau parla plus longuement. Il se plaignit tout d'abord de ce qu'on l'eiit représenté, dans les journaux du soir, comme un défenseurde la régence , élective, alors qu'en réalité il avait réservé son opinioa,ù

déRnitive *. Puis il développa les inconvéoients qa'ïl ^ aurait à restreindre dans l'avenir à une seule personne le droit à la régence, mais il s'écria en même temps qae dans un régime constitutionnel peu importail que l'on se décidât pour l'un ou l'autre système. Il conclut en disant que l'on ferait peut-être mieux de &e conformer aux usages et aux idées reçues, en écartant le système électif etea adoptant le projet du comité. Ce fut en effet ce projet que vola l'Assemblée.

Il est très malaisé de s'expliquer l'attitude de Mirabeaa. Voulut-il, en défendant le principe électif, s'attaquer au duc d'Orléans ? On serait tenté de le croire en Usant ces lignes : <i Le hasard sera souvent tettement aveugle, qu'on regrettera de ne pouvoir le corriger par l'élection. Je n'aurais qu'à suppoi^er deux malheurs pour me faire • entendre; voudrions-nous avoir pour régent l'homme faible, ou coupable, ou trompé, qui serait alors appelé par la loi? n Mais en tenant pour admis leprîncipe électif, le choix aurait pu se porter précisément sur ledac d'Orléans, alors même qu'il eiit eu pour compétiteurs les deux frères de Louis XVl. Ou bien Mirabeau se laissait-il leurrer par l'espoir que peut-être lui-même, le cas échéant, recevrait des électeurs la dignité de régent? C'est là ce que paraît indiquer Barnave, lorsqu'il dit: « Un choix qui porte un nitoyen quelconque à la première dignité de l'État est toujours nécessairement et l'occasion d'une crise plus ou moins majeure pour la nation, et l'occasion d'une corruption plus ou moins

profonde dans le Corps législatif électeur Dans les

moments de crise où nous avons vécu près de deux ans, combien ne connaissez-vous pas d'hommes qui auraient pu être rois pour un moment?... Eh ! pensez-vous que.s

* Il ne fsat donc pas acoorder toula confiance au texte das parolM de Mirsbeau que donaeat les Archives parlemenlains. Le teile i Hâjaa paraît plus digne de foi.

CEAP. XIY. — LA. FIM SE MIRABEAU

ces hommes avaient été élus parle choix du peuple, il ne leur aurait pas été possible, par leur immense popularité, par l'étendue de leurs talents, de renverser la Constitution? » Barnave oubliait que Mirabeau n'avait pas parlé d'un • citoyen quelconque », mais avait au contraire stipulé que la catégorie des éligibles serait très restreinte. Kt d'ailleurs Mirabeau pouvait lui riposter que celui qui voudrait tenter de renverser la coasti- )t tutîoa entrerait dans une voie qui le mènerait tout droit au gibet. Toujours est-il que l'on comprend difficilement pourquoi Mirabeau, après s'être d'abord prononcé pour le principe électif, finalement renonça à ce principe. Camille Desmoulins, tout en voulant voir là un fin persiflage à l'adresse de l'Assemblée, ne put lui non plusse rendre compte de cette contradiction'.

Peut-être faut-il admettre que Mirabean s'aperçut seulement au cours des débats de la portée jrassible que pouvait avoir une décision dans l'un ou l'autre sens. Que si le principe héréditaire recevait quelque atteinte dans la solution qui serait adoptée pour la question de la régence, peut-être l'idée de la monarchie héréditaire en recevrait-elle un coup dangereux. Déjà, au cours de la délibération do 24 mar^, on put voir par les expressions de certains orateurs combien peu cette idée était respectée. On en vint à traiter la question de savoir quels seraient les électeurs chargés de choisir un régent, dans le cas particulier ou aucun prince ne remplirait les conditions fixées par la loi. L& proposition que faisait le Comité, de laisser ce choix à une Assemblée spécialement éloe par les citoyens actifs, rencontra des adversaires. Barrera, Duport, Barnave voulaient donner cette attribution au corps législatif. Ce fut roccaston d'une

> fUuot. de France, n" 71. C'est i tort que cette feaïlle, p. 262, rapporte à cette oce«siOD l'allarlon de Mirabean ao coedIb d'Artois que ^ Roas aroni Bigosléc. — BrîMOt, dan* le PalrieU FranfaU (1791, I B* &94]i critrqae violeoimeat loi «aaaî l'iUilode de Miratteso.

Snn», Mirabeau. II. 24

intercninabla «iiscLtsâion théoriqae sur la distinctioa entre les pouvoirs législatif et exécutif, sur le droit de l'Assemblée législative à se transformer en Convention nationale pour modifier la forme du gouvernement- Maintes fois déjà cette question avait été soulevée. ■ Maadît soit le politique qui imagina le premie' celte distinction inconnue à Tantiquité du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif! La nation resle toujours propriétaire de la souveraineté, qui est inaliénable par essence. D'où il suit qu'elle peut à sa fantaisie, ad nutum, modifier, restreindre, retirer ses pouvoirs. » Tel était le langage de Desmoulins, lorsque, peu de temps après, il jetait un coup d'œil rétrospectif surl'ensembl de ces débats.

Mirabeau eut peur. Il se crut sur la trace d'un pli savamment combiné pour miner l'hérédité monarchique, et tint Siéyès pour un des instigateurs de 1' treprise. Toute sa tactique eut donc pour but de faire ajourner une discussion 'qui pouvait soudain revêtir aspect menaçant, L'Assemblée se laissa persuader renoncer pour l'instant à discuter tous les articles projet de loi qui se rapportaient au cas exceptionm le régent devrait être élu. Mais elle posa dès ce moment en principe que cette élection ne reviendrait pas à l'Assemblée législative '. Mirabeau ne pouvait espérer plus. 11 prit partie lendemain sans grande ardeur à la discussion de certaines questions accessoires, telles que celles

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* Notre flxpoaé fait tomber les objections que Tait valoir Oackea' (XgilaU'.r der Révolution. I, 3-ii) contre la date du 24 mars 1791 lettre de Mirabeau à La Marck ; la réponse de La Maruk con^pinD' l'axaclitude de cette date. — Le comte Goitz se croit en droit de laisser entendre (dépêche du R avril i7iH, Archives Berlin) que Uinbeau " fut payé par le comte de Provence ». Oëlsmer {Bnickstùcke aw den Papieren etnei Àugemeugen, etc. 1791, p. 111, 2' éditioa intitulé* LuTiifer, I, 339-210), admpt aussi qu'il y eut corruption, maie qu'elle fuL le Tait de la cour, effriyea à la peosée que Mirabeau put oubiiw tous

PU( OUDIWE ^

d'ei Maai Hren ■A la

CilAP. XIY, — LA FIN DE MERABEAO 371

de savoir à quel âge le monarque raineup assisterait

c séances du conseil, et de quelle manière, devenu

najeur, i! inaugurerait son gouvernement par un ser-

* ment prêté devant le corps législatif.

Mirabeau se sentait déjà tout épuisé, mais il n'avait pas assez d'empire sur lui-même pour imposer un frein à ses passions, eequi eût été plus nécessaireque jamais. L'on a raconté comment il se rendit à un " souper imprudent ", comment il passa toute une nuit en compagnie de deux danseuses, et il n'y a pas de motif pour voir dans ce récit une simple médisance. Le 26 mars il se retira dans sa maison d'Argenteuil, pour reprendre quelques forces en respirant l'air vif de la campagne. Mais il eut à soufTrir pendant la nuit do telles douleurs d'entrailles, accompagnées d'une telle oppression, qu'au natin du 22 il dut faire les plus grands efforts pour relÉenirà Paris. Il avait promis à La Marck d'être présent

^ è la séance de l'Assemblée, car l'ordre du jour portait la suite de la délibération sur les raines. La Marck, qu'il alla voir, le trouva si charigé qu'il le supplia de ne pas se rendre à l'Assemblée, mais il en reçut cette seule réponse : " Mon ami, ces gens vous ruinent si je n'y vais pas. » — Mirabeau ne soulFrît pas que son ami l'accompagnât. Il vida deux verres de Tokai, partit pour l'Assemblée et concourutde toutes ses forces à faire adopter une loi qui répondît à ses propres désirs et aux intérêts de La Marck. Dans l'après-midi, quand la séance fut levée, il sortit blôme et chancelant sur la terrasse des Feuillants, où il trouva Lachèze, un jeune médecin qu'il avait fait appeler là. " Vous vous tuez », I ui dit Lachèze, et il l'enleva à la foule de solliciteurs et d'importuns qui se pressaient autour de lui, pour le conduire dans sa voiture jusque chez La Marck. «Votre cause est gagnée», dit Mirabeau en se laissant tomber épuisé sur un lit de

I repos, '< et moi je suis mort. »

I Lachèze conduisit Mirabeau à. sa maison de campa-

372 I.K VIB DE MIRABBAU

gne, où l'attendaient Frochdt et Chamfort. Le lem main matin ses douleurs le reprirent. Il avait exprimé d'une façon pressante le désir d'avoir à ses côtés Cabanis, déjà célèbre comme médecin et bel esprit, dontli société depuis quelque temps plaisait fort au grand oi teur. Sans se douter que Cabanis était sur le point l'aller trouvera Argenteuil, Mirabeau se hâta de retourner avec ses amis dans son hôtel de la G ha ussée-d' Antin. Un bain qu'il prit le soulagea tellement qu'il osa même se rendre le soir (\ l'opéra italien. Mais il eut là une nouvelle rechute. Frissonnant et râlant il se traîna jusque chez lui au bras de Lachèze, et Cabanis au milieu de la nuit le trouva dans un état pitoyable. Le mardi 29 mars on crut pouvoir espérer encore quelque amélioration. Mais le mercpedi les douleurs et l'oppression, s'accentuèrent. Le malade perdit tout espoir. Cooii il entendait retentir le canon, il dit à Frochot : a Sontdéjà les funérailles d'Achille? d

Que Mirabeau fût gravement atteint, ce n'était pli»' un secret pour personne. Autour de sa demeure station) naient des groupes émus; le mise faisait tenir au courant des progrès de la maladie; le club des Jacobins envoya une députation témoigner de sa sympathie. Mirabeau fut heureux d'apprendre que Barnave était ao nombre des délégués; l'absence de Lameth lui inspira ces paroles amères, si souvent défigurées : « Je les savais bien maladroits, mais je ne les savais pas bêtes', u C'est à peine si l'on ose reproduire tous les pi

' Tel est le tesle donné par Passï [Frnchot, p. 78), d'après lea papiers de Frocbot ; il y aurait fallu teair compte aussi du récit de C. Desmoulins {Itci'olulions, o" 72). Le « Journal de la maladie et de la mort de M- G. Riqueti Mimbeau », par Cabanis, a été réimprimé ea 18S2 dans la Revue la Réi'olation /''onçaise. — Le récit que donoe G. E. Bollmana, dans une lettre adressée le 22 juin 1792 à Huber (récit imprimé dans la Revue allemande Janus. 1845, 1, 173-180, qne publiaii le (ils d'Huber) tire ua intérêt particulier de cequ'Hubers'Mi rérère ti Bi-i^nière, lequel Tul. ■ durant douze années, •> 1» médecÎB| de Mirabeau,

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