‹ La vie de MirabeauChapitre 6 sur 51 · V CBAP. III- — DÉCRGTS DU QU AT HE- AOUT, ETC · texte numérisé non relu

V CBAP. III- — DÉCRGTS DU QU AT HE- AOUT, ETC

^H culte qu'ils avaient de s'en prendre aux conseillers ^B de la couronne, voilà qui suflisait amplement pour ^H empêcher un usage prolongé du veto. Donner à ^M, ce veto un earantère suspensif ne vaudrait guère ^H mieux que le rejeter tout à fait. Faire d'un lioname le ^M maître de vingt-cinq millions d'hommes et le con- ^K traindre à appliquer une loi non consentie par lui, ■ ^H c'était détruire d'une main ce que l'on bâtissait de ^H l'autre.

^f Avant l'impression de son discours Mirabeau passait H auprès de la masse des politiciens parisiens, dont le ^K quartier général était toujours au Palais-Royal, pour un ^V adversaire absolu du veto. Les passions étaient montées ^H là à leur plus haut degré de fièvre. On y parlait d'une ^H conspiration de la Noblesse, du Clergé et d'une partie ^B. du Tiers. On répandait le bruit que le roi devait être H forcé de refuser sa sanction aux décrets du 4 août. On ^M formait le projet de marcher sur Versailles, pour exer- ^H CBP une pression sur l'Assemblée et pour ramener à ^H Paris Louis XV'I et le Dauphin. Peut-être la main du ^* duc d'Orléans se trouvait-elle déjà là, comme elle y fut quelques semaines plus tard. En tout cas, l'un de ses agents, le marquis déchu de Saint-Huruge, était un des plus violents orateurs. La marche sur Versailles n'eut d'ailleurs pas lieu, mais on dressa au Palais-Royal une liste de proscription, qui signalait comme « traîtres a les partisans du veto absolu et demandait leur exclusion de l'Assemblée. Cette liste parvint le 31 août à la connaissance des représentants. Le nom de Mirabeau

I n'y figurait pas. On avait, au contraire, proposé de lui donner une garde du corps, pour proléger ses jours qui étaient en danger. Ce qui avait en grande partie donné naissance à ce bruit, c'est qu'après son vote sur la question des dîmes il avait reçu une lettre anonyme de menaces, dans laquelle, en place de la signature, étaient figurés une coupe de poison,

ft4 LA VIE DB MIRAHEAt;

un poignaril, un pistolet, une corde et un gibet '.

Maintenant, nprès son discours du i'^'' septembre, on aurait dû penser que Mirabeau allail être honni et proscrit à l'égal des autres « traîtres, a Mais, dons celte occasion encore, il fut ménagé des pamphlétaires, tandis qu'on dénonçait comme criminels ceux qui partageaient son avis. Mounior s'étonnait fort de voir que l'auteur d'un libelle intitulé : La Laulerne ait./: Parisiens, dans lequel lui-même, Lally, Clermonl- Tonnerre et d'autres se trouvaient très malmenés, n'avait pas assez d'élojiïes pour Mirabeau, et prétendait qu'en faire un partisan du veto c'était répéter une calomnie de ses pires ennemis '.Certains ont même affirmé que par ces manu;uvres et par ces flatteries on avait voulu l'entraîner dans le camp opposé'. Quoi qu'il en soit, s'il était possible aux journalistes d'entretenir ou de Ceindre des illusions au sujet de la véritable pensée de MirabeaUj la grande masse populaire, qui se représentait le veto comme une nouvelle forme de l'impôt ou comme un attribut exorbitant du despotisme, n'était pas capable de démêler l'opinion que professait son favori. Un jour que Dumont se rendait à Paris avec Mirabeau, il trouva devant la librairie L,ejay une foule considérable qui attendait la voiture de Mirabeau. Lorsque celui-ci parut, ces gens se jetèrent à ses pieds en pleurant et le conjurèrent, lui le « Père du peuple, » de les protéger contre l'atroce veto, de les préserver d'un retour à la servitude. .Mirabeau s'efforça de les rassurer en leuradressant quelques phrases remplies de f^énéralltés.

Dans l'Assemblée Mirabeiiu maintint la position qu'il avait prise. par son discours du 1'^' septembre, ets'éleva

' Arck. pari. 1. o. Courrier de Provence, xxxiv. Mounier, Exposé, P, U, B*[LLY, II. 32Q 33i. FËnHiËftES, 1, 220. Ferricres accuse furmellement Mirabeau d'avoir lui-même soulevé les clubs. (Cf. Gousas, Cçurrier de VeriaUles, N° LVI, p. tO.)

' MouNLBB, Expoié, p. 4!),

3 V. la noie dans le* Méimireide Bnilly, II, 337.

— ttECRCTS lU; (JUATBE-AOUT, I

éncrgiquement ronlre toute tentative de terroriser les partisans du veto. Le 10 septembre il eut à ce sujet un vif engagement avec Chapelier, engagement qui tourna tout à son avantage. Chapelier, l'orateur attitré du club 1 breton, appuyait une adresse de la ville de Rennes, ' qui proposait do flétrir par avance, comme » ennemis de la patrie, » tous ceux qui voteraient pour un veto. C'était vraisemblablement Chapelier lui-même qui avait rédigé l'adresse à Versailles, et qui l'avait ensuite soumise ù la signature de ses amis rennois, pour qu'elle parût ptre un signe de l'irritation patriotique des électeurs. Mirabeau, eans se laisser intimider par !e groupe de Chapelier, altaquacette manœuvre sur un ton à la fois sérieux et sarcastique, et se trouva d'accord en cette occasion, chose peu fréquente, avec l'abbé Maury, [ le belliqueux orateur de la droite. Son succès fut écrasant. On passa à l'ordre du jour, sans même faire aux promoteurs de l'adresse l'honneur d'émettre un vote [ de désapprobation: il était difficile de leur infliger un y plus rude échec.

Après cet incident il devenait de plus en plus manifeste qu'il se formerait une majorité pour voter le veto [ absolu, lorsque le gouvernement abandonna sa propre cause, et par sa lâcheté découragea les députés décidés I à lui rester fidèles. Necker, fort soigneux comme toujours de sa popularité, se laissa effrayer par l'agitation populaire. Il voulut calmer les esprits en faisant preuve de condescendance, sans pourtant sacritier une prérogative de la couronne. Un veto suspensif, valable pendant deux législatures de deux ou trois années, lui sembla n'avoir guère moins de force dans la pratique qu'un veto absolu, quoique en théorie paraissant beaucoup atténué. Il fut all'ermi dans cette vue par Lafayette, dont on prenait conseil, et par le craintif Montmorin '.

Sur raUitiide de Montmorin, consulter aea aveui, d'après la lettre de La Marck à la reine, duc. 1790 iI3*coi'Rt, II, ISIÎ).

8f> LA viK i.K MiHïnr.Ai;

Peut-être espérait-i! ncheler, par le «acrifice du veto absolu, l'institution d'une Chambre haute, tout au moins dans l'avenir. Le ïl septembre, au moment où l'on allait procéder au vote décisif, le président annonça qu'il était chargé de communiquera l'AsseTOblée un mémoire de Necker. Dans celte pièce le ministre exposait au roi son opinion sur le veto. Mirabeau connaissait, ou avait deviné le contenu de ce mémoire. De concert avec Mounier et d'autres membres, il voulut en empêcher la lecture; il y parvint en faisant admetire que la discussion était close. Mais il ne put atteindre lo but qu'il poursuivait. L'opinion de Necker n'était restée un secret pour personne, et l'on adopta le vélo suspensif '.

La conception monarchique avait subi une rudo atteinte, malgré tous les elTorts de Mirabeau pour l'en préserver. Mais cette atteinte aurait élé plus terrible encore si, quelque temps après, Mirabeau n'était intervenu pour défendre et pour sauver la royauté, en affectant à son égard le mépris et la colère. Jusqu'alors l'Assemblée avait évité de se prononcer formellement sur la question de savoir si le roi pourrait approuver ou rejeter la Constitution à laquelle on travaillait. Sans doute Mirabeau, dans son grand discours du i" septembre, avait affirmé avec force que le veto ne pourrait avoir là son application. Lui qui, pourtant, faisait remarquer en juin, au moment où les États allaient usurper le nom d'Assemblée nationale, que l'on n'était aucunement assuré de la sanction royale, a'écrioit maintenant : « Le veto ne saurait s'e.xercer quand il s'agit de créer la Constitution : je ne conçois pas comment on pourrait disputer à un peuple le droit de se

' Lorsque Du m ont |p 156) rcconla quednasle voteMliabeau s'iibstint et que pour cette cause son nom oo ligura pus sur la liste de prescription du Palais-RoycJ, il fuit saaa aucun doute use confuBion aieo ce qu'il dit précédemment (p. 83] au sujet du vote du 17 juin. —

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donnera lui-même la Constitution par laquelle il lui plaît d'être gouverné désormais. » Tels étaient les progrès qîi'avait faits en quelques mois l'esprit de la Révolution i on ne respectait les anciens pouvoirs qu'autant qu'ils acceptaient les conditions imposées à leur existence future. Kt l'opinion de Mirabeau, sur ce sujet, n'était nullement considérée comme radicale. L'on entendit Mounier, l'homme du centre, parlant au nom du Comité de Constitution, prononcer ces paroles brèves et nettes : a Le roi n'a pas le droit de s'opposer à l'établissement de la Constitution, c'est-à-dire à la liberté de son peuple. » Mounier ajoutait que l'on n'avait aucunement voulu prendre en considération le cas où le roi refuserait de donner sa sanction à cette Constitution ; il concédait pourtant qu'il devait être permis au monarque de demander des modifications ; au cas où celles-ci seraient contraires à la liberté, l'Assemblée n'aurait qu'à refuser le vote de l'impôt et à en appeler à ses électeurs '.

Le 11 septembre, lorsque fut présenté le mémoire de Necker, cette grave question donna lieu à une discussion passionnée, à laquelle Mirabeau prit une part active, et qui se termina par le vote de la clôture. Les choses en étaient là quand, le 12 septembre, on décida de présenter à la sanction royale les décrets du -4 août. On passa outre a la protestation de la droite, qui rappe-

'lait comment l'Assemblée elle-même avait reconnu nécessaire de procéder à une révision de ces décrets: Le 14, Barnave mit en discussion le mode et les formalités de cette sanction. Les questions les plus graves

' se trouvèrent Impliquées dans ce débat : fallait-il considérer les décrets comme une partie intégrante de la Constitution î dans ce cas, la sanction royale étaitelle un acquiescement à ces décrets, ou une simple

' Areh. parl.,V\l\, 523, 31 août.

fùrmalilé de promulgation? quelle forme devait avoir celte sanction? enfin et surtout, cette sanction était- ] elle nécessaire ? 11 y avait là matière à de longs et irritants débats, au cours desquels la royauté risquait d'autant plus d'être affaiblie que Necker tardait davantage à proclamer la part que le roi prenait à la déhàcle de la féodalité. Le 18 septembre fut communiqué à l'Assemblée un long message de Louis XVI, qui contenait des critiques bien motivées à Tégard des décrets d'août, louant d'ailleurs beaucoup leur contenu dans son ensemble, et demandant seulement qu'on leur donnât la forme de lois avant de les présenter à la sanc- 1 tion royale. La situation n'en fut pas améliorée. L'As- ] semblée décida de laisser de côté le contenu de la ré- , ponse royale, et d'émettre, au contraire, un vole relatif à la forme delà sanction. H était à craindre que l'on ne se • laissât entraîner encore plus loin, que l'on n'allât peutêtre jusqu'à refuser au roi le droit de se prononcer sur I l'œuvre de la Constitution. D'un autre côté la droite, f par !a bouche du frère de Mirabeau, demandait que l'on I ne passât pas outre aux objections du roi.

Mirabeau avait, dès le début, reconnu où était le dan- J ger, mais il savait bien qu'il ne devait pas prendre os- 1 tensiblement le parti du gouvernement, s'il voulait empêcher cette humiliation suprême de la monarchie. Nous | avons jusqu'ici, disait-il le 14 septembre, jeté un voile a sur celte question de la prérogative royale. 11 déclarait ' le 18 que la majorité avait jugé inutile et dangereux d mettre à l'épreuve les relations du pouvoir constituant avec le roi; mais, du moment où les droits du pouvoir constituant se trouvaient contestés, l'indécision serait le pire des dangers; et, par une réminiscence d'un discours de Mounier ' dirigé contre les adora-.

Cf. Arch.part.,\lU, 215, 9 juillel: «Noua i Français ne sont pas un peuple :

doa forÉls pour former une associalion

aublierons pss i\ub \eiM i récemment du TondJ

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leurs du Contrai ifacial, Mirabeau continua en ces termes vraiment proronds : s Nous ne sommes point ■des sauvages, arrivant nus des bords de rOrénoque pour former une société. Nous sommes une nation vieille, et sans doute trop vieille pour notre époque. Nous avons un gouvernement préexistant, un roi préexistant, des préjugés préexistants. H faut, autant qu'il est possible, assortir toutes ces choses à la Révo- .lution et sauver la soudaineté du passage... Si l'ancien ordre de choses et le nouveau laissent une lacune, il faut franchir le pas, lever le voile, et marcher. » Aux yeux de Mirabeau, cette brèche subsistait si l'on ne promulgait pas promptement les décrets d'août, ces conceptions d'un noble enthousiasme, dont personne mieux •que lui n'apercevait les défauts, mais dont " les imaginations, » selon son heureuse expression, « étaient en jouissance. » Pour le reste du travail législatif, le roi pourrait y prêter mûre réflexion, mais il était essentiel « que la sanction pure et simple de ces arrêtés rétablît ' l'harmonie et la concorde, n

Ces paroles énergiques furent entendues. Le 21 septembre Louis XVI faisait savoir à l'Assemblée que les décrets du 4 août seraient portés à la connaissance de tout le royaume. Le mèraeiour on décida, comme pour récompenser le gouvernement, que la duréedu vetosuspensif, dans la nouvelle Constitution, s'étendrait sur deux législatures entières. On refusa de rouvrir les débats relatifs à cette question, comme Mirabeau l'eût souhaité. Mirabeau n'en dei-ait pas moins être satisfait de l'impression qu'avait produite, aussi bien en haut qu'en bas, son intervention dans les grands débats constitutionnels. Pour qui le jugeait superficiellement, il se présentait comme personnifiant la puissance de destruction. Pourqui allait plus au fond, il paraissait également soucieux de conserver et de reconstruire. Mais, ami ou ennemi, c'était toujours un homme dangereux

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tant quoD De se décidait pas à lui accorder la sKualion à laquelle la cooseience de sa force le faisait aspirer.

La marche géoéraledes idées politiques de Mirabeau se laisse encore suivre à d'autres indices, quoique les sauts brusques n'y manquent pas, apparents ou réels. Il s'efforçait visiblement de préparer l'achèvement paciBque de la Constitution. laissantàVavenirie soin d'en corriger les imperfections. Pour arriver à ce but il se dégageait entièrement de tou'^s considérations de parti. Le 12 septembre, il prêtait son appui, vainement d'ailleurs, à un adversaire, le comte Virieu, pour faire tlxer à trois années, au lieu de deux, la durée dune législature. Il s'opposa à la proposition de Volney, qui voulait que l'Assemblée se séparât après avoir volé les principes fondamentaux de la Constitution, sans attendre son achèvement ; il lui montra que ce serait là un acte dangereux et impolitique : • Restons à nos postes, s"éeria-til ; mettons à profit jusqu'à nos fautes, et recueillons les fruits de notre espériencC" (lii septembre). Tout en donnant de telles preuves du désir qu'il avait d'atténuer autant que possible le passage de l'ancien régime au nouveau. Mirabeau montrait, aussi bien à sesamisqu'à j ses ennemis, par des plainl«s à l'occasion, oupardesl éclats de colère et des emportements de mépris, qu'il J n'entendait pas quitter son rôle de tribun belliqueux. Il fit acte de méfiance en demandant des éelaircisse- ^ menls au sujet du régiment de Flandre appelé par les I autorités municipales de Versailles, et en laissant entendre à ce proposque les ministres avaient sans doute | formé certains projets qu'ils désiraient cacher à l'As- ] semblée. Ses attaques portèrent plus haut encore lors- 1 que fut soulevée la question de la succession dans la ] maison de Bourbon. Le iSseptembre, une des irrégularités habituelles de la discussion fit mettre à l'impro- j viste en délibération la question de savoir s'il n'y avait ,] pas lieu de sanctionner expressément dans la constitu-

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lion Ift renonciation de la branche espagnole au trône de France, telle qu'elle se trouvait établie par les traités internationaux. Le sujet était fort scabreux: « En admettant la branche d'Espagne au trùne, disait l'évt'que de Langpes. ce serait mécontenter toutes les nations voisines, qui ne verraient pas sans crainte l'équilibre entre les puissances de l'Europe rompu. En déclarant la maison d'Espagne exclue, ce serait perdre le seul allié attaché à la France, u

Mirabeau, lui aussi, était d'avis que provisoirement il fallait ne pas toucher à ce sujet ; maisil mettait à profit l'occasion pour se faire craindre do Marie-Antoinette, par quelques paroles empoisonnées: «Je sens, s'écria-til, qu'il ne s'agit ici de rien moins que d'introduire en France une domination étrangère; et, qu'au fond, la proposition espagnole delà question préalable pourrait bien être une proposition autrichienne. » Le trait devait

• blesser d'autant plus profondément la reine que Mirabeau soulignait son allusion en y ajoutant lu motion qu'un ■prince né en France pourrait seul exercer les fonctions de régent. Quelle était la personne atteinte par cette motion, cela était clair; en faveur de qui elle était conçue, cela faisait doute. Le comte Virieu a prétendu que Mirabeau songeait au duc d'Orléans; il soutenait lai avoir entendu dire que l'état de santé du roi était précaire, aussi bien que celui du comte de Provence ;

(quant au comte d'Artois et à sa famille, le cas échéant, on pourrait les considérer comme émigrés et déchus de leurs drûits;enlrele trôneet leduc il n'yavalt plus alors qu'un enfant, le dauphin. Mirabeau' a démenti cespro- ■ FsHRitREs, I. 353, tire les éléments de eod récit de l'eoquèie faite au Cb&lelet à propos des événemenls d'ocLobre. Cr. un discours de Mirabeau du Z octobre 17'JO. Les hisloneDs français et beaucoup d'hislorieas ailemiiuds se ^ont beaucoup trop servi des Mén temps. Uni étude critique, analogue à celle que J. Flamm

I consacrée aux Mémoires de M"-- Campnn (Paria, Picard Isa grandemenl oécesiaire pour d'autres auBsi.

pos, et en vérité il paraît bien peu plausii^le qu'il les ait tenus après sa désillusion de juillet. Il se garda bien d'appuyer sans réserve le marquis de Sillery, partisan du duc d'Orléans, lorsque ce député, dans un engagement avec un de ses collègues, remit encore une Fois sur le tapis la question de la succession espagnole. Sans doute il était prêta traiter de nouveau ce sujet, au cas où on l'aurait imposé aux délibérations de l'Assemblée, mais sans examiner, comme disait \e Coitri'ier de Provence, «si c'étaient les amis ou les ennemis de la Maison d'Orléans qui avaient provoqué l'Assemblée à traiter une question aussi grave, dans un moment aussi peu paisible ».

Selon Mirabeau il Fallait se placer à un point de vue plus élevé. Ces discussions passionnées sur les droits des peuples et des États, les commentaires du traité d'Utrecht et de la loi salique, devaient céder la place au nouveau droit de l'âge révolutionnaire, auquel il en appelait avec emphase. De même qu'il substituait aux considérations tirées du « Pacte de Famille, » les principes plus sacrés du « Pacte des nations, h de même il s'élevait contre la tliéorie qui distribuait les peuples, comme des troupeaux, aux mains de certains individus. Le jour suivant il se prononça plus nettement encore, lorsque les débats se prolongèrent au milieu d'un tumulte croissant. Il osa appeler Louis XIV <■ le monarque le plus asiatique qui ait jamais régné sur la France, w et il écrasa sous le choc violent de son irrésistible rhétorique ceux qui réclamaient le rappel à l'ordre pour celte hérésie. Il s'ccria que l'orgueilleuse parole « Il n'y a plus de Pyrénées » n'avait été ratifiée ni par l'Kurope ni par l'Espagne, et que c'était la volonté de la nation de n'avoir jamais qu'un prince français pour maître. Voilà ce qu'il exigeait que l'on énonçât nettement dans l'article de la constitution relatif à la royauté, sans vouloir pour cela juger à l'avance le procès entre la branche d'Orléans et la maison de Bourbon.

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