‹ La vie de MirabeauChapitre 8 sur 51 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DEBA.TS SUR L lîTAT Dl

Des hauteurs éthérées où planaient des discussions académiques sur les droits de rhorame et les questions coustituttunnelles l'Assemblée se trouvait, de teoips à autre, fort durement rejetée sur le rude terrain de la réalité par la banqueroute menaçante^ Lorsque Necker était rentré en charge il avait trouvé les finances dans un état plus triste encore qu'au moment de son départ. Le poids de la dette flottante, sur laquelle il avait donné des renseignements insuffisants lors de l'ouverture des États, était et restaitia principale causede cette fâcheuse situation. Maiscette situation se trouvait démesurément aggravée par suite de la révolution politique. Le système entier des contributions indirectes, comme l'avait dès l'abord prophétisé le père de Mirabeau, s'était écroulé. Lesbureaux avaient été pillés, les registres détruits, les employés maltraitéa, l^^a levée des impôts directs n'allait guère mieux. L'administration des finances avait peine à se procurer, jour par jour, l'argent qui lui était indispensable et se voyait néanmoins forcée de faire des dépenses extraordinaires pour parer à de plus grands malheurs, qu'aurait pu causer l'efferverscence de la populace parisienne affamée. Dans la capitale les

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Pfabriques avaient cessé de fonctionnep, surtout celles qui servaient aux industries de luxe. Dès le commencement

d'août on comptait douze mille ouvriers sans travail, auxquels se joignait une foule de gens accourus des provinces dans l'espoirdu gain et des aventures, tondis que s'en allaient les riches étrangers et qu'émigraient les nobles familles. La municipalité, privée des recettes de l'octroi par la destruction des bureaux de douane, demandait assistance à l'État, acbetait du blé à haut prixpourle cf'-der à conditions modérées, faisait faire ■des terrassements inutiles pour donner des salaires réguliers, mais voyait le déficit grandir de jour en jour par ces dépenses imprévues. Le 7 août l'Assemblée fut mise au courant de cette situation critique. Tous les ministres étaient présents. Le nouveau garde des sceaux, Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux, et Necker avaient peint la situation sous des couleurs sombres. Le dernier avait conclu en suppliant instamment l'Assemblée de voter immédiatement un empruntde trente millions, au taux de 5%, remboursable pendant la prochaine législature au gré des prêteurs, avec avantage pour les nouveaux souscripteurs sur les anciens créanciers de l'Ktat. « Sauvez l'État, s'était-il écrié, sauvez la patrie ; aujourd'hui le gouvernement ne peut plus rien, et vous seuls avez encore quelque moyen pour résister à l'orage », Mirabeau vit tout de suite quelles espérances s'offraient !i lui. Le ministre qui l'avait repoussé avec mépris se présentait maintenant on suppliant devant l'Assemblée. Mirabeau avaitassez longtemps mené la campagne contre 1' » agiotage », pour sentir quel était le côté faible de la proposition ministérielle. 11 savait que voter un nouvel impôt avant d'avoir établi la Constitution serait se mettre en contradiction avec les intentions nettement exprimées par les électeurs dans nombre de leurs Cahiers. D'autre part, il comprenait parfaitement ^L qu'une catastrophe était imminente si l'on n'avisait

promptement, car l'œuvro de démolilioii ne constituait que la plus petite partie du travail que l'Assemblée avait à faire. Il y avait donc à tenir compte de tout cela ; il fallait Immilien jusqu'au bout Necker, critiquer sa proposition, et substituer à celle-ciun autre projet qui mît son auteur on pleine lumière. Toile fui la ligne de conduite que se traça Mirabeau. Lorsqu'un député enthou' siaste, Clermont-Lodève, demanda qu'en présence du ministre, et sans délibération, on votât d'acclamation le nouvel emprunt, Mirabeau s'éleva contre cette motion. 11 obtint que les ministres se retirassent avant l'ouver- ■ ture de la discussion, comme jusqu'alors cela s'était toujours fait, par suite d'une méprise absolue sur la na-'. ture des relations entre tes pouvoirs publics. Il proféra, s'il faut en croire le récit d'un témoin oculaire, des pa-' rôles menaçantes contre Clermont-Lodève, criant : « Je demanderai la proscription de ce vil esclave ' o Cejourlà, Mirabeau ne fit qu'exposer rapidement sa propre conception : les députés devaient donner l'exemple par rofTre de dons patriotiques et volontaires ; si l'engagement de leur crédit personnel ne suffisait pas, ils devaient s'adresser à leurs électeurs pour recevoir l'autorisation de pourvoir, mois par mois, au.'; dépenses courantes. Mirabeau insistait aussi pour que l'on demandât aux Assemblées provinciales de veiller à ce que les impôts fussent levés sans désordre dans tout le royaume. Venantd'un liomme que cinquante louisd'or prêtés par son ami La Marck tiraient quelques semaines ■ plus tard des plus graves embarras, la proposition de s'adresser aii crédit pirsonnel des députés ne laissait pas d'être étrange. Toutefois, chacun n'était pas au courant de la fâcheuse situation de Mirabeau, et oeux

' MouNiea, Exposé, 1783, psiï. 'Aï. Cf. Courrier de Provence, XXV,. 5, où il est question delà " proposiiioa aarvile " de Glermont-Lgdève. . C'est à lort que FEnniÈfles, I, 19o place l'escUmatian de Mirabaaa 4 , int antérieur.

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qui la connaissaient ne devaient pas pour cela considérer comme une charlatanerie celte proposition qui frappait également tous les représentants.

Le jour suivant Mirabeau développa tout au long sa motion. Le Comité de finances avait examiné la demande ministérielle et avait conclu au vote de l'emtprunt, mais en rejetant les moyens extraordinaires que broposait Necker pour atlirer le capital. Certains Béputés objectèrent qu'avant Taclièvement de la Constitution il ne devait être question dans l'Assemblée d'aueune concession rmancière. D'autres voulaient qu'une renonciation aux pensions acquises permît d'alléger les

(charges de l'Êlat. Le frère de Mirabeau donna l'exemple en sacrifiant sur l'autel de la patrie une pension de deux milles livres qu'il avait reçue après la guerre d'Amérique. Quelques phrases laissèrent même entrevoir quelle serait dans la suite la politique financière delà Révolution : on entendit un orateur dire que les Hsjîens du clergé étaient une propriété nationale, etqu'ils ^Hevaieat servir de gage aux créanciers de l'Ktat. Mi- ^nabeau persista dans son opinion, que le mieux serait ^W'émettre l'emprunt, reconnu indispensable, sous la ga- ^pfantie des députés. Cbaque membre de l'Assemblée, comme l'avait aussi proposé le duc de Lévis, devait immédiatement souscrire une certaine somme proportionnelle à sa fortune, et la liste serait transmise au roi par le président. En pressant ainsi le monarque lant()t par des menaces, tantiit par des marques de courtoisie, Mirabeau ne manquait pas de faire observer qu'on viendrait en aide aux efforts qu'il faisait pour combattre le luxe des courtisans, rar Louis XVI était porté vers « la simplicité qui appartient à la vraie grandeur. » Lt si, fcd'une part, cette combinaison usait de procédés très Wracieux à l'égard du roi, d'autre part, elle tenait Mompte de la fidélité que l'on devait aux engagements ^ris envers les électeurs. On eût cru entendre le dis- St£iin, Mirabeau, II. ~

LA VIE IlE MInAlIKAII

cours d'un candidat à la succession deNecker, égale- 1 ment soucieux de su popularité et de son crédit auprès I du roi, prêt a entrer en charge au cas oii les forces du 1 contrôleur actuel des finances se seraient trouvées'! épuisées.

Au reste, soit par méfiance de la proposition, soiti par méfiance de son auteur, la motion de Mirabeau fut"! vivement combattue, notamment par Lally-Tollendal et 4 le comte d'Antraigues ; l'Assemblée la rejeta et vota l'emprunt, sans garantie fournie par les députés. On modifia d'ailleurs les conditions demandées par Necker; aucun délai ne fut fixé pour le remboursement ; la ' taux fut abaissé de 5 à 4 g Vu. alors que, d'après le | cours de l'ancien papier d'État, chaque acheteur devait i toucher plus de G "/„ de son capital. L'on voulait qu'ainsi le crédit de la Révolution parût meilleur que celui de l'ancien régime, meilleur même que Necker ] ne l'avait estimé. L'on espérait aussi enlever aux sous- , eripteups toute crainte relative à un impôt sur la rente ou à un abaissement du taux primitif, mesures que les créanciers antérieurs de l'État craignaient de voir prendre le jour où l'on s'occuperait de mettre de l'ordre dans l'ensemble de la dette publique.

Mirabeau avait voulu qu'aucun doute ne subsistât à ce sujet : l'État traiterait de même ses anciens et ses nouveaux créanciers. 11 avait à l'avance llétri comme une banqueroute ignominieuse toute conduite différente, et avait mis en avant l'opinion de Clavière, comme il avait fait précédemment pour les questions financières '. De même que Clavière, il prévoyait que les

' Le Courrier de Provence, XXV, 25, adresse des éloges JoatiBéa i la récente brochure de Claviers, Opinions d'un créancier de l'État sur quelque! matières de finances importantes dans le moment actuel, Ofl y trouve (p. 21-25 : ■ Dans un temps — crédit ») loule une discussion que les Arch. pari., Vlil. 374, donnent à tort pour un diacoura de Mirabeau du 9 août 1789. Mirabeau n'a prononcé que lea paroles qui as trouvent dans Héjan, H, 2,

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