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traduit par ce dernier auteur, l'avoit été précédemment en prose ; mais je doute que celte traduction, si elle existe, puisse entrer en rivalité avec celle en vers de Mr. Dumouriez. K on -seulement cet àtiteur n'est pas resté au dessous de l'original; mais par des cllangemeris judicieux , par des additions dictées par le goût, par un style plein de grâce, de légèreté, dépiquant, et de gaieté substituée à la licence italienne, il est parvenu à dérober jusqu'à l'art du traducteur, et, pour ainsi dire, à naturaliser son ouvrage.
Tout le monde connoit les charmantes traductions de Mr.
Colardeau, et regrette que cet auteur ait borné à quelques cliants celle en vers de la Jérusalem délivrée. La traduction en prose de ce poëme par JNIr. de Miiabeaa
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rend il est vrai cette perle moins sensible; mais elle n'en est pas moins une , et pour faire encore parler Mr. de la Harpe: le ^^ei's seul rend la ^râce du vers.
Les pièces fugitives, dont le mérite consiste généralement dan s la fijiesse des idées , dans le choix et l'arrangement des mots, fourmillent de ces expressions, et de ces toiirniu'es particulières à cliaque langue, et ne permettent ainsi ordinairement que l'imitation.
Les pièces de tliédtre sont dô'toutes les productioais celles qui> porte Jit le ])lus l'empreinte dii' caractère national, et apparticii*^ nent le plus exclusivement à leur*j sol. Il est donc impossible de; les traduire iittéralemeiit.
Que l'on me permette ici une rèiiexion qui en m'éloigiiant un
nio-
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moment de mon sujet m'y ramenex'a cependant.
En vain une secte d'écrivains modernes , parmi lesquels l'on distingue pourtant quelques gens de mérite , a-t-eîle tenté d'établir une rivalité entre le théâtre franqois et le théâtre anglois , et feint même d'accorder une espèce de supériorité à ce dernier.
Ses pitoyables argumens ont été depuis loriii" - U'jups \ iciorif^nsenient combattus ; et l'Europe entière en lisant, traduisant, et représentant les chef- d'oeuvres, de Piacine, de Corneille, et de Voltaire, et en n'accordant à Sha^ kespeare qu'une admiration froide et stérile , a jugé ce procès eu dernier ressort.
Tous les écrivains célèbres qui ont recherché les causes de la supériorité reconnue du théâtre
XVIII Préface
fraïK^ois , l'ont généralement attribuée à son rapprocliement avep les Anciens, à l'exacte observance des régies dramatiques, et sur-j* tout à la clarté, la pureté, et la noblesse toujours soutenue de sa diction ; et c'est vraisemblablement au cmicours de ces causes, et au complément de leurs effets, que la langue françoise a dû l'avantage de voir ses clief- d'oeuvres dramatiques passer sur les scènes étrangères, en entier, et sans être dénaturés.
Mais il est à observer , que si le succès'dn théâtre françois porte atteinte à l'opinion que je viens d'énoncer, de l'impossibilité de traduire littéralement les ouvrages dri^matiques , il est à observer dis -je que cette exception est particulière à la scène françoise"
DU Traducteur, xix
et constitue peut-être son plus
bel ëloge. '•'..> ^'p-i-.i ■
Mr. le Tourneur un des fauteurs les plus zélés, mais en même temps des plus éclaiiés du système aiiglomane, me fournira à-la-fois et des armes contre son opinion et des preuves à, l'appui de la mienne. Certes, sa traduction élégante, et pleine dégoût du théâtre de Sliakespear, est la critique la plus sévère, qui ait jamais été faite des ouvrages de ce grand Tragique ; et Mr. le Tourneur en traduisant avec éloquence les passages sublimes de Shakespear, en jetant à propos un voile sur ses obscénités , en faisant disparoitre avec art l'inégalité de son style, n'est cependant parvenu qu'à le rendre lisible, ou pour m'expliquer mieux, qu'à le mettre à la portée des gens de
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goût, sans cependant le rendre susceptible de paroitre sur notre scène ; l'on ne peut, il me semble, donner d'autre solution à cette espèce de problème que celle-ci:
c'est que le traducteur a conservé le cadre de son original.
Je laisse à des gens plus éclairés que moi le soin d'étendre et de commenter cette idée qui peutêtre l'a déjà été, mais certainement à mon insu.
Je revi^is directement à mon sujet, et propose au lecteur de jeter avec moi un coup -d'oeil sur les difFërens théâtres de l'Europe. Le théâtre italien est usé sans avoir presque vécu, et ne peut guère être traduit qu'à l'usage des boulevards ou de la foiie St. Germain.
Le théâtre espagnol brillant
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pendant la splendeur de la monarchie a suivi sa décadence.
Les autres théâtres de l'Europe sont encore eji enfance, excepté peut-être le théâtre allemand, qui, s'il en faut croire les écrivains de cette nation, a fait depuis trente ans des progrés surprenans.
Il n'existe donc réellement que le théâtre françois, et an^lois.
J'ai déjà fait voir, l'impossibilité de transporter la scène angloise telle qu'elle est sur la scène fran- «^oise , et je crois pouvoir assurer, qu'autant le personnage de Carigan , dans la tempête , ou la ^céne des fossoyeurs d'Hamlet (i) inspireroient de dégoût et d'hor-
(i) Tragédies àt Shakesoear.
XXII Préface
reur à des spectateurs françois, autant les plus belles scènes de Racine paroîtroient froides à un parterre anglois.
Il faut distinguer deux modes dans la traduction des ouvrages dramatiques ; le premier, celui que Mr. le Tourneur a suivi dans la traduction des oeuvres de Shakespear, et le second, plus difficile, ayant pour but d'acquérir^ et de naturaliser une production étrangère, en l'établissant sur la scène.
Il est, j'en conviens, des pièces dont le cadre et l'ensemble se refusent à cette espèce de naturalisation; mais si elles ont de véritables beautés le poète habile s'en empare, leur donne un nouveau costume, et nous les
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présente dans leur véritable jour.
Les ouvrages de nos arands aur teurs tragiques fournissent des preuves réitérées de ce quej'avan^ ce; Escliile revit dans Corneille, et Sophocle, et Euripide ont prêté de grandes beautés aux cliefd'oeuvres de Racine et de Voltaire..
Il est d'autres pièces, mais en petit nombre , qui sans souffrir la traduction littérale, permettent cependant une imitation plus exacte et dont le traducteur^ en conservant le cadre et la marche, se contente de changer les ornemens, pour leur en substituer de plus analogues au goût de la nation pour laquelle il écrit; telles sont l'Electre de Mr. de Voltaire, le Philoctète de Mr. delà Harpe etc.
XXIV Préface
L'on observera en passant, que ce qui vient d'être dit, sur la traduction des tragédies, peut s'appliquer à celle des comédies; niais moins généralement. Molière a imité avec succès quelques pièces espagnoles; et Regnard nous a donné dans les Meneclimes une des pièces les plus piquantes du théâtre françois.
En outre , des poëmes tant en vers, qu'en prose,des pièces de théâtre et de la presque totalité des poésies, il existe encore plusieurs ouvrages en prose qui se refusent également à la traduction littérale : tels sont les discours académiques, et autres , les oraisons funèbres, en un mot tous les ouvrages dans lesquels l'auteur prenant un vol élevé , ne se soutient qu'à l'aide de métaphores
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hardies, et de fortes images. Le goût -seul il est vrai, doit désigner ces ornemens, mais comme chaque nation a le sien particulier, il résulte de ces contrastes de goût, des nuances plus ou moins sensibles. A l'exception de ceux de ce geure,]e crois que la totalité des ouvrages en prose devroit être traduite littéralement. Je n'entends pas ici par traduction littérale, la traduction servile de chaque mot, encore moins l'obligation de suivre l'ordre d'une phrase; (ce qui seroit principalement impraticable dans la traduction d'un ouvrage allemand) mais je crois que l'attention , en rendant le sens d'une phrase , de le renfermer dans les bornes données à la période du texte , répandroit d'abord plus de clarté et nous donneroit en ■ outre une connoissance plus ex-
XXVI Préface
acte de l'esprit, ou du génie de l'auteur. Cette observation est principalement applicable à la traduction de tous les ouvrages didactiques.
Ce qui a été dit plus haut»' des expressions , et des tournures particulières à chaque langue, fait une exception à cette règle; dans ce cas le- traducteur, sans s'attacher au sens littéral, se borne à rendre li.dée. Le grand art est alors , de rendre , quand cette possibilité existe > une tournure nationale par une tournure de même genr^ ou pour «l'expliquer plus clairement, de traduire un germanisme par un gallicisme.
Ces idées générales , et que i'iiidique à peine , exigeroient
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je le sens un plus ç^rand développement : mais cette discussion m'entrainei oit au delà de& bornes que je me suis prescrites. Je laisse donc au lecteur le soin de les étendre et de les commenter à son gré, et je pass© à r^xamen rapide du petit ro-»
man dont j'ofire ici la traduction.
L'auteur dans sa préface rend compte de la circonstance qui a donné lieu à cet ouvrage.On s'attendroit après cela à n'y trouver tout au plus que le mérite de la difficulté vaincue; mais l'auteur a su faire .disparoilre jusqu'aux traces des entraves mises à sa marche. Sou roman est plein de naturel, et les douze mots qui en forment la base et qui font successive* ment les titres des: douze cl^a* pitres, occup.ent si bien leujfs
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places et d'une inanière si natiiielie , qu'ils semblent avoir uniquement obéi à l'imagination de l'auteur.
Mr. Kotzebue paroit dans les deux premiers chapitres de son ouvrage vouloir imiter la marche et le stvle de Sterne dans le charmant roman de Tristram Sliandy. Le caractère de mon grand -père est un peu copié de celui de mon oncle Tobie, quoiqu'à dire vrai le point de ressemblance le plus frappant soit le rabâchage perpétuel de ces deux personnages. Celui de mon grand - père devient même un peu fatigant; mais heureusement la mort du bon homme, qui suit de près la naissance du héros, y met fin, et les évéaemens marchent alors avec rapidité, gaieté
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et vraisemblance jusqu'au sixième chapitre.
La 'rencontre du lutin dans les mines des montagnes deïîarz, et l'influence que cet incident a sur le sort du héros , m'ont paru des moyens au-dessous de Mr.
Kotzehue, et un peu usés pour le siècle. Il me semble que cet auteur aùroit pu trouver dix motifs plus naturels et plus vraisemblables à l'expulsion de mon père du château de Sûssenhayn.
r La suite de l'ou^Tage jusqu'à la réunion de mon père avec Mr. van Doelen , qui peut - être est un peu trop prévue, est pleine d'une critique fine et de détails agréables et intéressans.
Au total les caractères des héros
Préface
de ce petit roman sont imaginés avec esprit , et dessinés avec beaucoup de naturel. On reprochera cependant à cet ouvrage une trop grande prétention à la gaieté qui n'y est pas toujours également soutenua