La Vie
Je ne vous ai pas invicée à vous asseoir ..*•
Vous connaissez mon Mari , Madame ?
-—Beaucoup, je vous assure. — Cela me fait plaisir .: c'est un aimable Homme ,. & j'en suis bien contente, Sèscomplajsanses pour moi n'ont pas de bornes-....
La Dame soupira encore , & 1 on vir <)es larmes prêtes à couler :
—Je le crois , Madam e : vous êtes jeune, vous êtes charmante; voi^lui avez donné un Fils.... — Hô! si vous saviez comme il l'aime ! il en est fou ! il ne parle que de son Fils. -—Je vous crois, je vous crois, Madame.... Connaissiez-vous m. Boujat
t longtemps auparavant votre mariage ?
—Cela s'est fait en huit jours. — Sur quelle
- Paroisse de Paris ? . Saint-Eustache*..
Madame va se .rafraîchir? —Non Madame ; on m'attend, «f— Vous avez de
"la Compagnie? Oui, Madame. — rCe sera surcroît de plaisir , & vous ne sortirez qu'après rn'àvoir fait l'honneur**.....^ •-•Cela est impossible-.
de mon Pire. $ t
Pendant que la Dame répondait cela , Bibi parlait à l'oreille de sa Cuisinière > qui ala prier trois Personnes restées à la porte, dans une chaise, de vouloir bien entrer. C'était trois Parens de la Dame* L'air fingulier dont il$ regardèrent Bibi, qu'ils traitèrent de Mademoiselle , ne lui.
fît pas faire la moindre réflexion. Hé 1 qu aurait-elle pensé ? Pouvait-elle imaginer le malheur suspendu sur sa tête ?
Daiileurs, étourdie comme elle était, s'apercevait-elle de rien , & donnait-elle aucune conséquence à l'air qu'on avait l
La Dame parla pendant quelque temps à l'oreille des trois Hommes , pour leut tendre toute la conversation. Cela n'était pas aumoins très* poli: mais Bibi, pendant ce temps-là , fesait servir une collation. C'est la coutume des Campagnes , où cette hospitalité si vantée des Anciens , est toujours en usage» parce-qu'elle y est absolument nécessaire : ce n'est qu'à
j2 La Vie
Paris, qu'on en parle avec 'admiration , comme d'une coutume surannée ou étrangère.
Après que la Dame & ses Compagnons eurent tenu un petit conseil , ils sortirent sans s'expliquer. •
Restée seule, Bibi réfléchit, & fut extrêmement étonnée. Elle apprit de sa Servante, que les quatre Personnes parlaient avec beaucoup de chaleur , en remontant dans leur voiture. Que; la Dame avait dit : -—Elle est dans la bonne-foi i que vouliez-vous que je disse ? Ensevelissons cette affaire, mes chers Parens, au nom de Dieu , ensevelissons-la-!
Ces discours surprirent encore davantage l'infortunée Bibi , qui n'ayant rien à se reprocher , tâcha de se tranquiliser jusqu'à l'arrivée de son Mari.
Il devait rester huit jours absent; mais on le vit arriver le lendemain avant midi.
Il entra d'un air ému. Mais s'aperce-
demonFèrc. y 3
vàrit,'^ l'air dont sa Femme le reçut, qu'elle n'était instruite de rien} ii se hâta de remettre.
—Ma chère, lui dit-il , une affaire indispensable m'appelle à Paris j nous partons demain: préparez-vous. Je vais de mon côte tout mettre en, ordre-.
Bibi se prépara au départ, tout en racontant à son Mari la visite singulière quelle avait reçue la veille. Au portrait qu'elfe fit de la Dame à m. fioujat, il reconnut son Epouse : car cet Homme était marié. Eperduement amoureux de Bibi , qu'il avait vue à Aucerre , mais sans lui avoi r parlé , il l'avait suivie à Pari$ , y avait pris le nom d'u n de ses Frères , mort, depuis longtemps dans le Nouveau monde , avait épousé Celle qui! aimait -, & lavait amenée dans le Village de Saci , qui étant écarté des grandes routes, & cependant à-portée de ses affaires , lui paraissait un asyle assuré. Il y portait son vrainom-defemille , sous lequel on ne l'avait jamais
54 La Vie
comuvà Aucerre , ni aux environs» • Ler raisons qui l'avaient dégoûté de son Epouse , c'est d'abord qu'elle était plus âgée que lui : ensuite , il n'en avait point eu d'Enfans ôc il brûlait d'çnvie d'en avoir : enfin, l'amour, cette passion impérieuse,' qui lorsqu'elle est directement opposée à.
la vertu , produit des vagues tumuU' tueuses qui lui font faire naufrage.
On se prépara donc à partir pour Paris.
Mais le soir même, dans le sitartee aeJa nuit , on vint frapper à coups redoublés.
Un Domestique ouvrit , sans attendre l'ordre de son Maître , qui , dès qu'il fut éveillé ,. sauta du lit , & s'arma de deux pistolers. À l'instant où il ouvrait sa porte, il vit paraître sa Femme & ses trois Parens. Il fut confondu. Les Hommes lui firent les reproches les plus vifs> accompagnés de menaces violentes.
L'Epouse pleurait. L'Infortunée Bibi ins-* truite par cette scène , de l'abîme où elle avait été plogée j qui voyait toutes ses
de mon Fère. * * $<
mces s évanouir 3 i'In&rttmçe Bibi : an desespoir : Elle avais.çlç l'ambi- Û ce motif seul s ravait.dewfniln.ee mariage: des Amans jeune* ifcteadre$ ienr eu aucun pouvoir sur so£^oç|tf[:
bnjuge.de sa situation! ; £llç : $e l&te à -demi- nue. 3c vient se jjtt$& m* gfi- >ux de la Dame. ' '. ...^ i
—Je suis innocence pour tourte inonda,' dit-elle; aux yeux de,Qtéu m&ftô:
ais je suis coupable pour vous , je le sens, ardonuez-iiioi dés torts myploruâirësl, ne confondez pas VïnnQ&me avec Je ne. Je ne demande poinf: à garder *r§ Mari : Je ne Hem a nde que l'honneuff, :de n'être pas traînée avec lui dgvànj: 1©$ Tribunaux \ que Ion n'y entpo4££a& retentir mon nom: mpn !%& en^ mourrait de douleur; ayez pitié de. ses çheveujc
«mes, 8c de ma jeunesse !.:.;' - -i .JLa Dame l'embrassa en Ifcrelewafct.. $$s ;iarmçs eurent tant de puuyojk CgUft ne rpeut la Beauté) ! qu'ils couch&enties : gG|js Hommes eux-mêmes , md\$téAeiit'{ate\Xt.
La Fît
On cessa d'injurier j on se plaignît; ensuite, on conversa, La Dame prit sa Rivale en amitié ; & cela fut porté au point , lorsqu'elle la connu t parfaitement , qu'elle l'adopta en quelque sorte pour sa Fille.
Jamais amitié ne fut plus sincère; /usqueslà, que si les lois l'eussent permis , elle au» rait laisse subsister le mariage. Mais ce fut \ encore mieux lorsqu'elle eut vu l'Enfant, •Elle voulut elle même en prendre soin, & elle renouvela ce beau trait d'une Reine- Elisabeth de Portugal, qui élevait sur ses genoux les Enfans des Maîtresses du Roi, son époux. On tint le honteux .mariage enseveli. Bibi abandonna soft sort à Madame Boujat , & demeura auprès d'elle, comme avec sa Mère: le secret fut gardé , même avec le Père Ferler.
Mais on sent que m. Boujat ne vin plus , ni son Epouse légitime , ni Celle qu'il avait trompée.
Madame Boujat mourut aubout de deux ans: & pour marquer la sincérité de sÇ* dépositions à l'égard de Bibi Se de son
de mon Phre. 57
'Fils, elle leur laissa tout ce quelle pouvait leur laisser , même des biens-fonds»
M. Boujat devenu veuf, fit faire des propositions à Bibi , par Madame Pandevant , chés laquelle elle s'était recirée a,vec son Fils. Cette Dame conseilla le mariage à sa Pupile , & Celle-ci consentit à tout ce qu'on voulut. Elle épousa donc une ; seconde fois m. Boujat, avec lequel elle ! vécut heureuse (car il l'adorait), jusqu'à la mort de cet Homme , arrivée en 1 7 j 2.
C'est au récit que m'a fait ma Mère , de la manière heureuse dont elle avait vécu avec un Mari presque sexagénaire, que je dois les idées neuves que j'ai insérées dans mon petit Roman du Quadragénaire, sur les mariages tardifs des Hommes , avec des Filles de la première jeunesse : j'ai acquis depuis de nouvelles preuves de la vérité de ce sentiment, qui est fondé dans la nature. En effet , les Quarantenaires , n ont de goût que pour les Jeunes-personnes : ce goût n'est pas
LaJTlc
une suite de la corruption j car il exista également chés les Nations Sauvages»
D'un autre coté , les trois-quarts des Femmes n ont pas un besoin pressant du physiq de l'amour; & elles trouvent tant ^'avantages moraux dans la société (Tua Homme meûri par l'expérience , que leur, situation avec un Jeune-homme est de beaucoup inférieure. J'ai toujours entendu avec le plus grand plaisir , la peinture \ que me fesair ma Mère , de la vie qu elle avait mçnée avec m. Boujat. Ces entretiens sont utiles , Se forment la Jeunesse.
Mais il faut que la Femme ait le coeur innocent.
Dès que m. Boujat eut fermé les yeux, d'avides Collatéraux & sepreparèrentàdeçouvrir le vice de la naissance du jeune Boujat. Sa Mère tremblante , éperdue , fut représentée comme ayant été Concubin volontaire.... Je décrirais toures ces horreurs , si j'étais fils d'une autre Femme..*
Madame Boujat ala déposer sa douleur 4
de mon Fère. y 9
kir dans le sein du Pasteur , uessire Ait-»
toine Fotfdriat: mais ce jeune Curé se défia de lui-même, en traitant avec une Femme jeune & séduisante: il voulut qu'Edme Restif fut présent à leurs conférences. La jeune Dame iit son histoire ; tn administra les preuves par les Lettres de la première Femme de M.'Boujat , & par d'autres de Plusieurs personnes de la Famille de son Mari , qui l'avaient prise en affection ,* surtour d'une proche Parente de m. Boujat, qui demeurait à Chirri. Le Pafteur & le Lieutenant ; place quEdme Restif avait alors, contient pour elle la plus grande estime , fie l'aidèrent de tout leur pouvoir.
Mais l'acharnement dés Héritiers était indomptable contre une Veuve jeune & jolie , qui , adorée de son Mari , les avait quelquefois, de son vivant, traités avec hauteur* Us rompirent toutes les mesures du Pasteur, pour éviter l'éclat.
IL Partie. D
6o La Vie
Un-jour, désespéré de cet entêtemearj il prit Edme Restif par la main:
«-«Mon cher Ami, nous la connaistous, comme si die était notre Soeur; ces Gens- là la feront mourir, Se c'est ce qu'ils demandent : vous ares veuf; épousez-la , & vous mette» à tous ses droits; votre place & votre réputation imposeront à ces Malheureux > & la considération dont vous jouissez rangera tout le monde de son parti ; votre haute réputation de probité fera taire les bruits injurieux ; elle vous devra l'honneur, & vous aurez une Epouse aimable , qui vous rendra heureux» Vous c tes trop jeune pour un éternel célibat î c'est un pesant fardeau , pour im Homme réglé dans ses suceurs , qui n'a rien perdu par lçs gxccs 4 aucijn genre ! V<î>il2i mon sentiment > & d£ plus, Ja prière que vous, fait un Homme tout à vous .... Je dispose de vous , Madame , 4it*il à la jeune Veuve } inais. çe« m
démon Pire. #i
faveur d'un ai honnête Homme , que je suis sût que tous ne me démembre^ as.
• Le plds embarrassé., en cette occasion Ç était Edme Hestifi II voyait devant lni^ pcesga'a ses genoux, nue jolie Femme éjdonée, 'qttfil pouvait .mettre à .couvert de mille r 3e$agretti ens y la compassion parle fortement aux c^urEgeiier eux rson Araile pressait vivement , Se par de puissans mc^ lift; & ^ e *€fii»a>pas }^ mais il demanda 3a* -temps pour «s déterminer;
— Oui, je vous donne vingtqaatré heuïês, dit le Cure; encore, e$t<e parceque cela ne retardera rien*. Dimanche an banc ; dispense des deux autres ; ma* tiés à quatre heures du matin, le preî toierjdur possible-,
Edme Resrif sortit de cette entrevue; rêveur* Sept Enf ans! Mais c'est la jeune fcqpme que celadevatt effrayer, 8c mm pas 1*. Parçenèix>^té,'iirèsoIui?delarefuseri & de tout employer pour laç&rvir. Il ala
t% La Vie
même en parier à son Heaitpere sur ce «con» * Thojnas Donilarine jËur ief&rouchc de l'idée seule de ce mariage. Il fui* «mina , êc dès le letidemain >■ il fit faire «un inventaire eniuvléur desesPeticsenÉans.
JEdme Restif n'en paûtt ;poit>« iri&cté ; su-contraire > voyant les i4rpits ( de $t$ £nfansen sâmc y considérant J'avantage que sa fortune &da len^pouvaient retirer d'un second mariage awe. uué Femme qui avait: beaucoup, détroits certains, il retourna ph& .taCitfé y f $»oin$.<i*çidc
-, Dès. que Iç Pasceurle vit, il s* empara de lui, & ne le quitta pas, .qu'il n'eut ar-? radié- son ^.coméntemçnt* kes ; article* furent ; même, dressés,*..., . Lç r$arjage se fit dans le temps que. MÇtt^e-.Àncpint foudriac avait fixé. t f
L'effëc que le Pasteur avaÂt,a*te.ndttd# ce mariage* fut auisi heufëu^j quili!*irait preiumé, La:; calomnie fem** >M «ené bouche*^ l^Hpritieifs^y^aj?j:r^
de mon Fèrc. <£^
tables ;- .il n y. , eut pfriflt de .procès ^ rie tout se termina par. le mwstèm] du Notaire*
Êdmé Re$ti£ ne fut pas plutôt marie , qu'il sentit qui) avait- bien-fait.. ' Le desordre de l'intérieur du ménage était inconcevable : plus de linge , ni de corps , ni de table , &c*. 5 &c a . Depuis là mort, de sa bonne Mère, il ne goûtait plus aucune des dpuceurs de Ja vie; • abandonné pour~ainsUdire A lui même , il sentait . un . m^l-aise & une mélancolie, qui prenaient insensiblement sur sa santé.
Sa nouvelle Epouse , tandis qu'il s'occupait à recueillir ses biens, rétablissait Tordre Se l'abondance d$n& le ménage ; .
Elle voulut gouverner dç s : Filles de/a grandes, .accoutumées à l'indépendance :
elle n'y réussit pas, & elle souffrit en cette occasion ^ du vice 4e son éducation personnelle : n'ayant jamais été contredite , elle ala sans - doute trpp * Diij
*6| La Vie
loin ; mai* ce fot lorsqu'on eut passé tes bornes avec elle. Cependant , jamais le Mari ne s'aperçut de ces dissensions domestiqués. Sa Femme reprenait un air serein , devait paraissait, &ne se plaignait que rarement. Ce fut une autre Personne qui instruisit le Père-de-¥a~ mille^de ce qui se passait ehés lui* C'était après tna naissance ; car je suis le prtmier fruit du second mariage^dé mort- Père* D'atitres Enfkhs toestuvireât pres-^ que sans interruption: desoirtè - qu'été r745 y E<*rnô Restif était père -de quatorze Enfans vivans, huit Filles & six*' Garsons : & lorsque le jeune Boujat était àla maison , H ; y avak quinze Personnes,-* qui toutes disaient, mon Père & ma* Mère, C'est ùrfe singularité , qife cenombre égal d'Enfans des deux Mrs*; la seule différence , est qu'il n'y avait que deux Garsons dû premier , & que ndus ; fômes quatre dû second, : •
S Une Sœur de mon Père ( c'était Avarie ^
de mon Père. 6$
la plus jeûne ) eue occasion de passer quelques jours à la maison : le premier Se k second jour > roue le monde se contrai* gnit : m ai$ la patience échappa aux grande»
Filles le troisième dès le matin. Elles avaient tort : la Tante surprise de cet otage , prit le parti de sa Bellesœur contre! ses Nièces. Mais ce ne fut pas le moyen de rétablir la paix : On pleura ; on dit , qu'on était abandonnées de tout le monde, depuis que .cette belle Dame était venu* leur enlever le coeur de leur Père. Le* jours suivans, la même scène recom- 1 mença. Pour-lors , la Tante bien convaincue que des Personnes si peu faite?
pour vivre ensemble , se rendaient mutuellement malheureuses, prit sur elle, d'en parler à soii Frère.
—C'est ce que j^avais prévu, repondit-il , & je me suis trop-rôt applaudi de m'ëtre heureusement trompé : mais je sais un remède. Ce sont les grandes Filles qui causent tout le mal : on me demande
Div
66 La Fie
V Aînée en mariage ; le Parti est avanta*geux , mais j'hésitais, je vais la marier..
•La Seconde souhaite d'aler en apprentissage à la Ville j. elle ira* Mon Beau^père Dondaine rpë demande la Troisième^, je U lui donnerai. Il a déjà laQuatrième r je ne garderai donc ici que la Plus-jeune > qui est d'un câra&ère doux , & qui d'ailleurs, n'est qulune enfant.- Quant à oies deux Fils , je ne sais pas si leurs Sœurs les ont mis de leur parti : mais en-tout-cas ^ l'Aîné qiii est un homme-sensé y maigré Sa jeunesse, fait son séminaire j le Cadet est sur le point d'y aler j ilest d'ailleurs d'un si excellent caractère,.
" que je n'en ai rien à redouter* Voila des arrangemens naturels. Mais, mais croyez,, ma Sœur, que si je m'étais trouvé dans, une autre position , j'aurais su parler en père, en maître, & mettre à la raison toutes ces petites Personnes. Elles abusent de ma bonté! Dites leur que si Piçrre Restif vivait ( Dieu lui fasse paix ) L
de mon Fkre. 6j
&qtiason âge, il apprît Jeur cqnduife;, il viendrait ici , & les traiterait de ma- 1 nière à les faire trexpbkrî'. Lui, qui ne pouvait souffrir que des.Filles , . avant fôir jmariage,. eussent un sentiment» un avis,un ton de voix assuré j , qu'elles. prononçassent jamais un oui, ou uivk?# .(*).!
Dites-leur, tout cçla >f & que je prçnd^ai Tesprit de mon Père pour leur par 1er;., prevenez-les, ma Sœur, je vous en prie.*..
Ce serait les mal-servir,-<jue de souffrir, Uur irrévérence , , & mes Enfans me sont*
(*) J'ai ouï-dire souvent à ma/TarifeMâgde-
leine, Q^elonqu'eUe&sesScniri^Ww^filks,,
jamais elles ne répondaient que par cesœpts,, , Je.
croirais ; 11 femblerait y Si telle chose était ; '
un ton décide leur aurait attiré sur-le-champ une
correctionrïgotireuse de la part de leur Père* Je
ttok cette corfchri te sage; -aurooiife à en juger
P» ce qui est arrivé clans ma: propre FàmîUe »
comme rfn.lè verra : il n'y a pas dans la. nature^
d'Etre plus révoltant qu'une Fille décidée-; c'est
là monstre. / ' -\ t "."'.'/
• •• .. . . .« ■ .f ol - ^
6$ -La Vie
trop chers, pour que j approuve leurs défauts-»
Gedîscotrri fut ffenhemerit rendu aux Jeunespferfonnes, &ifcsfitirëmbler. Mais Bdme Kesrif n'en exécuta pas hioins son plan y 6c par ce moyen , la paix fut rétablie pbur toujours. J ^ \ tilt * : . f: *t ^ * '
Le lendemain, après ^ûe J sa Sœur' eut parlé, il fie assembler toute & Famille, & tint ce discours , en s adressant successivement à ses Filles :
" —J'ai appris , d'hier seulement , qu'il régnait dans ma maison un trouble scandaleux, & que l'insubordination y était portée aa point , qu'on n'y reconnaissait plus d'autorité. Si j'avais choisi , pour m'y représenter , la Fille d'un Mendiant j' & que je voulusse quelle exerçât mon; autorité, m fut-elle que sentante , j'en* tendraisquesesordresfussentexecutésavec respect» 8c sans la ntoindte discussion :
maïs c'est à monEpotfsej c'est àia moitié de' iaoi-mên?e que Ion résiste : c'est à mon'
de mon Pîre. 6$
choix qu'on ose s'en prendre ! Hé! qui? Des * Mes, dont le rôle ne doit être que la modestie & la soumission \ Vous mériteriez .
que je fisse j &surl'heure, un exemple capabled'époùvanter toutes les Effrontées, qui ne savent pas demeurer à leur placer Mais les prières de Celle que vous avez eu l'iridié gnitéd outrager, me retiennent encore..,; Vous, Anne , n avilissez pas le nom de " votre Grand'mère ( Dieu la garde en son sein!) que vous portez.... Vous, Marie; \ dont la figure heureuse devrait annoncer une âme bonne & douce , prenez gardé que je ne vous traite avec d'autant plus de rigueur, qu'il paraît que la méchanceté esc le choix de votre volonté , & *ion un-ftM' neste présent de la nature.,.. Vous, Ma*' rianne, f excuserais peui&tre votre carâc> tère étourdi, si vos excès n'avaient été* proportionnés à votre tnconsideratïon V cependant, quoique la plus emportée,'' vous avez été moins loin que vos Soeurs 1 [ ftiste rôfe dua Père , réduit à louer .une
Dvj
jo La Vie
de ses Filles ,' d'avoir été moins coupable, que le* Autres ! Quant à vous* Magdelon,. qui portez le nom d'une Tante y • que vous n'imitez guère (Dieu la bénisse Se la conserve ) ! j'ai vuluque vous assistassiezàcettejufte&parernellereprimande* quoique vous demeuriez chés votre Grandpère , parce qu'il m'est revenu que vous, fesiez aux Etrangers des discours contre la Compagne de votre Père ; Cest une indignité y & jamais je n'aurais cru moa Sang capable de s'y livrer. Ainsi (chose horrible ! ) ce sont des maîtres , des juges, sévères que j'avais ,. auiieu d'enfàns ! Sous quel affteu* point-de-vue ont-ils donc engagé, ma conduite! & s'ils n'ont pas osé Iç dire , qu ont-ilspensésurmoncompte.?-.
i'espère que mes Fils ne sont pas entrés dans, cette abominable révolte : mais si cela était», si je l'apprenais , je leur ferais, semir tout le poids de i ? indignation d'ua.
Père ofFensé^ & leur punition* audacieuses Créatures, servirait a vous égou*~
de mon Père. 71.
vanter. Qu'il me revienne un jtoot , «lans?
la suite f~ Puisqu'aulieu d'un Père rendte i que j'ai tou|burs été , vous voulez, un?
Maître, . . «, ' c'est un Maître que vous xxrez»... Pauvres .'Folles f si vous avier affaire à Pierre-Restif, . ( Dieu la bénisse à jamais ) ! où en seriez-veus ? Demandez à votréTante; Lt voila.*., .Mais vous»
n'auriez pas commis cette faute, sous un tel Père y Se tous les jours r je bénis Se f admire sa sagesse. Sa juste sévérité est presque toujours ce qu'il faut à. un Sexe:
indomptable, & qui ressemble au plusentêté des animaux ; plus on lui souffre ,.
plus il ose.... Suc-le<hamp , & joutes r à genoux , & qu'on demande pardon à.
*na Femme & à moi de sa félonie* Qu'on ae me le fasse pas repeter- L— . L'air terrible qu'il sut prendre fit ton*ter à genoux les quatre Orgueilleuses > auxquelles leur Tante diéfca les excuses »
qu'elles alaient être . obligées de faire.
Mais à peine eurentrejttes dit pn mot ,. que
73 La f^ie
leur Bellemère força la barrière f cjue son Mûri lui opposait, & vint les embrasser & les relever....
Edme Restif ne fit faire aucune réflexion à ses Filles sur cette bonté de son Epouse; il se retira, les laissant avec leur Bellemère & leur Tante. C'est ainsi que se passa cette scène. Mais Edme Restif connaissait trop le coeur humain pour compter sur un&paix durable : il execura sans différer le plan dont j'ai parlé.
L'embarras des noces de l'Aînée tint d'abord tout le monde dans le devoir & dans Faction, durant une couple de mois: ensuite le départ de la Seconde pour Paris , fot un autre sujep de distraction.
Pour augmenter l'union de sa Famille , :
Edme Restif destina sa troisième Fille, Madeleine y ï Boujat-dt-la-P ointe y fils légitimé de sa Femme. Ce Parti convint à la Jcunepertohne, & si le mariagene s'est pas fait dans la suite, lorsque Brmjat, devenu homme Se maître en' chirurgie t eue
demûTÎFhre. ^
nn établissement convenable, ce fut pour des raisons émngères aux sentimens des deux Accordés ( *)•
QuahdUés Fils» Edme Restîf les voyant ' se destinera l'état ecclésiastique, îl ne crue pas devoir relever quelques torts qu'ils avaient eus , • en prenant trop chaudement débouche le parti de leurs Sœurs:
Il respecta la pureté d'esprit & de cœur', que doivent avoir les Ministres des autels:
parce-qu'étant des hommes , il n'aurait pu se dispenser d'entrer avec eux dans cer-^ tains détails , sur la nécessité du mariage ; surce qu'an Mafi doit à son Epouse j sur l'union intime qui est entr'eux, union si grande, qu'ils ne sont plus qu'un seul 1 être j sut la tendresse conjugale , &c\
■ * - - ■ ■ • . ' - IL "J t ' -
(*) Boujat épousa Mademoiselle Pât>ri , fille riche des envions de Fontaincbl^u , en eut un Fils , &; mourut à %6. ans , avant mon Père & ma Mère. L'Enfant n'a pas vécu Madeleine, est morte à Courgis, célibataire & dévote , en 177 ï •
74 La Vie
Mais il se resejrô néanmoins: de leur dire un jour sa pensée , . lorsqu'ils seraient des hommes faits ; persuadé qu'an bon Curé, pour s'entremettre efficacement de la paix des Familles , doit connaître certaines choses, qu'il ne peut apprendre <p>e d'un, Honnere-bomme marié. '.:".*> Je vais terminer ce IIL C Livre, par un traie de pièce filiale, qui neft pas. cttaugçr . à l'Histoire de. moiji. Père.
Edme-Restif y .depuis qu'il savait combien sa Femme: avait-eu à souffrir y cher? # chait à donner une leçon efficace a ses Ijnftns du premier-lit. La Providence le servit audelà de ses désirs :
En I7J5* c ^ eux ans a P r ^ s° n sc ~ cond mariage» il eue occasion de leur cirer le plus bel exemple de piété filiale , & de respeckpnv^rs un Beaupère , dans la Personne de Pascal Bcrthitr y petitfik , du .bon Maître-d^cole de Nitri, & Ek
d'un Filleul de mon Père. " ,; ».
de mon Père. j$
Il y avait alors à' Saci ; an Vieillard nommé Jean-Dumont , qui avait un Beaufils&deuxGarsons, Pajcal y Etienne, M'lo 9 ouËdmei Jean-Dumont était rqcommodé y des sutte$ d'une jambe cassée , a la cheville , & mal remise ; mais cet Homme était si laborieux , qu'il alait à la charrue p d#nt la fourche ou TA , comme on dit à Saci, lui servait d'appui en labourant. Il fesait également le travail de la vigne j on l'y conduisait sur un des chevaux de charrue, & il se traînait en tirant la wfcgïe , espèce d'instrument recourbé % dont on se sert dans le pays. Il parvint; ainsi à la plus grande vieillesse. Mais alors il fut incapable de travailler. Son Beaufils Pascal y était tendrement attaché à Jean-Dumont, qui l'avait élevé ~avec douceur \ mais Berthier qui venait dëpotiser une Brune très-fecftide,. était pauvre jk chargé de Famille j tout son:
temps était pris. Il ne pouvait donner à son Beaupere un jour dé charrue , patce-;
ha Vie
jours : •— Àimez-ten. Jean-Dumont ; qui remplace vote Père-! Et je lui re-* pondais : —Oui , ma Mère ! vous voirez quand je serai fort-! ' Il * travaillé tant qu'il a pu : Il a eu de la douceur pour nous, autant & plus que pour ses, deux Garsons , nés de lui : Je voyais ça , dans ma jeunesse , & que Jean-Dumont était infirme \ Se je me disais ; Quand je serai grand , & qu'il sera vieux ^ je ferai pour Jean-Dumont , ce qu'il a fait pour ma Mère y pour moi 3 & po#r ma S*ur 9 quand j'étais petit. Ainsi vous voyez que je le dois : surtout ses deux Garçons n'étanc pas forts. Jetais incapable, 8c il travaillait, pour moi : Il est incapable 1 aujourd'hui > • & je travaille pour lui. Je repose trois heures; 8c c'est asses;, je lui donne sur mon repos, qui est à. moi, . 8c je n'ôté rien à ma femme ni à mes Enfans-.
Edme, en écoutant Pascal, sentit cou* 1er ses larmes : Quand il eut cessé dç parler, il lui serra la main, & $ écria;
de mon Père. 79
*~0 quelle bonne nouvelle fe dois porter U-haiir, au bon Chris tophe-Bcrthier, ton grandJpère, de son Pecitfils- \
En-achevanr ces mots, Edme-Restif setrouvait vis-à-vis la porte de La-Bretone, qui eft avant le Village, en- venant de Nitri & des yignes da Vaudenjean , ou travaillait Pascal : Il le fif entrer prefque malgré lui, & lai fit avaler un grand verre du vin chaud , Çu'en hiver , on tenait toujouts prêt pour mon Père, à son arrivée.
B voulur le faire souper avec lui} mais Pascal, modefte & timide, ne put s'enhardir assés pour accepter. Il se retira ; —Va, digne Enfant, Dieu te bénira-. Et Dieu a béni Pascal : Il est à son aise.
Tel est le.beau trait qu'Edme R^stif eut i citer à ses Enfuis du premier Jit , pour les porter à honorer leur Bellemère; Jean- Dumont était un beaupère. Cétait quel* ques jours avant le mariage de l'Aînée des Fille*. ' .
82 La Vïe de mon Pïre.
Mes Sœurs se rappèlent que mon Pèr e^ ce soir-là, était d'un attendrissement extraordinaire : & lorsque Pascal s*eu J&jt aie, il dit à Marie, de rassembler toutes ses Soeurs pour le lendemain. Ce fut en leur présence à toutes, qu'il raconta ce qu'il avait vu la veille, & ses larmes coulèrent pendant ce récit.
Après le mariage de P Aînée i le départ de la seconde Fille pour la Capitale 7 & Pentrée de la Troisième chés son. Ayeul maternel, la maison fut tranquib , &le Père-de-famiilç put se livrer tout-entier à $e,s occupations, alors uès-mulupliées.