LIVRE SECOND
, N ARRIVANT à Auxerte, Edmond y trouva Touflesjours , qui était venu au* aeyânt de lui à cheval.
-—Comment se porte mon Père ? se* icria-til, en embrassant son Camarade.
*— Bien, bien! repondit le Jeune-homme, qui ne savait pas le secrer.
—Il «st hors de danger ! je respire.
-^Hors de danger ! il n a pas été ma^ lade-!
Edmond ne sentît qu'un mouvement de Joie à cette heureqse nouvelle j & quoiqu'il fît un retour fâcheux sur les motifs de son rappel , il nous l'a juré , il ne squ-*, tit que sa joie. Il partit , en sortant du coche ^ sans s'arrêter une minute.
130 La Vie
Eii chemin , il tie s'entretînt avec Tous lesjours , que de Técac de la Maison & des travaux. Quand ils eurent fait environ quatre lieues , & qu'ils furent proche du bois de la Provcnchère , où le chemin se partage en deux y Toufles|ours , quiàlait un-peu devant , prit à droite.
—Ce n est pas li le chemin de Nitri f lui cria Edmond^
—Je le sais bien : maïs le Cousin votre Père est à Sacî , où il vous attend chés M. Dondaine s<àrï compère-.
Ce M. Dondaine était un richard de Saci j Homme d^un grand bi^n-sens, laborieux, économe y entendu^ & qui ne devait respècé de fortune dont il jouissait, qu'à SQS bras , à son intelligence. Dignes & honorables moyens d'amasser des ri*^ chesses! Maiscet Homme était dur, d'une figure rebutante , & d'une forcé qui passait pour prodigieuse , même dans son pays , où tous les Habîtans sont des chevaux.
h^^ défauts de Tkomas-DondaiM étaient
pourtant moins les siens j que ceux de sz Patrie i la grossièreté, la dureté y sont comme innées : ce qui vient , je crois , de deux causes ; de l'air épais qu'on respire dans le Village , situéaufond d'un vallon , «larecageux les trois-quarrs de Tannée , & du contraste subit qu'éprouvent les Habitans, dès qu'ils en sortent , en alant travailler à leurs vignes & à leurs champs , situés sur des collines où Tair est dévorant , & d'une vivacité si grande , que les Saxiates mangent ordinairement en pain le double d'un Homme des Villages circonvoisins. On voit par-là que les Gens de ce Bourg ne sont pas aimables : mais ils ont tant d'autres qualités, que lorsqu'on les connaît, on ne saiitait s'empêcher de les estimer, & de les regarder avec une sorte d'attendrissement j car ce sont aujourd'hui, les Hommes les plus laborieux de tout le Monde peut-être (*)•
^ " il I I III I !■ ' ■
(*) Je renvoie , pour la peinture des mœurs
Fv)
13a' La Vu
Edmond connaissait ThomasDondain^ & ne Taimaic pas : il savait que cet Homme
de ces Habîtaos , \ ITcolb dbs Pèxes, Tome Iç Ils y sont rendus au naturel » ainsi que ceux de Nltri , patrie de mon Père , leurs Tolsins r Je Tais seulement rapporter ici la Note à^btjfogc
—Ce Bourg (Nitrî) n'a pas de patois ^ 9t f on y parle presqu'ausi purement qu'a la Capi^ taie; quoîqu*à une lîeue la ronde , chacun des autres Villages & Hameaux en ait un fort gros-^ sler» En cherchant les raisons de cette espèce de phénomène , j'en al trouvé de physiques & de morales. Les causés physiques sont un air pur, léger , que procure la situation élevée d'une .plaine vaste & bien découverte, où tous les ' Tents ont également la liberté d'agiter l'air : les grains y étant bons & bien nourris , ils donnent une nourriture saine ; le laitage » les oeufs , la chair des animaux y ont une qualité supérieure à celle de ces mêmes denrées dans lés Villages eîrconvoisins , tous situés dans des fonds , rela-< tivement à celui-ci. Les causes mbrales de la pureté du langage , sont le commerce » qui con« jluit souveot les Habitans hors de chés eux^ Se
avait trois Filles ; son Père ctaît c&és lui; il se portait bien \ il l'y attendait. • • Son
dans les petites Villes , ce qni les oblige de chercher à s'exprimer d'une façon polie ; rabatt* don des travaux abrutiiTans par nombre d'entr'eux; la grossièreté même de leurs Voisins, qu'ik sentent, qu'ils aperçoivent dans toute sa dif^ £orjnité , & qu'ils tremblent d'imiter : les Enfans de Nitri sourient dédaigneusement, lors** qu'ils entendent parler ceux des environs. Nitri a pourtant un accent , malsdellcat , plus délicat, plus agréable que le provençal & le gascon , qui marque & rend sensible la légèreté de ses Ha-r bltans ; il consiste à élever les voyelles nasales , en y donnant un son clair , semblable à celui iqu'eiles ont en grec , ce qu'ils font avec tant de vitesse , qu'on n'y remarque rien, que de flateiw pour l'oreille ; on y a une attention marquée i prononcer touj ours f^/n, & jamais fâ, &c. Je conviendrai cependant que , soit faute d'habir tude de ma pan , ou prévention , il me senv* blait que cette prononciation avait quelque chose d'affedé dans lesHommes ; elle est trop delicatp pour eux : mais elle aune grâce inexprimable dans le parler des Jeuttes*fiUes, & ne inésled pas ^Qx Femmes ; j'en entendis un jour Une dii
cœur se gonfla^ il craignît quelque catastrophe. Arrive sur le terrein ipre 6c
dix-hulc ans , dans h boache de laquelle notre langue avait un charme de prononciation qui l'emportait de beaucoup sur i*barmoaIe de la langue Italienne ; )e me convaûiquîs même que les voyelles éclatantes de cette dernière n'assortissaient pas avec la douceur de Torgane de la jeune Française. (Coquettes des rives de la Seine , prenez cet accent enchanteur ! ) Tout le Sexe de ce Village a le son de voix doux , sonore , agréable ; les Hommes sont vI6 > légers | '& pourraient dire comme Ovide i
Pondère , non nervis eorpora niuua carenu
Bs forment un contraste parfoît avec les Habî^ tans du Bourg de Sacl. Dans ce dernier cmdroity Tair est trop dévorant , à cause des cdllnes multlpllées qui donnent à ce fluide une excessive & consumante rapidité ; Pair est ainsi plus agité & moins pur , parce qu*un vallon de prairies , ou les eaux stagnent six à huit mois de l'année, envoie des vapeurs grossières & malfesantes, qui rendent les Habitans aussi lourds , pensifs , ta* citurnes « que ceux de Nitri sont naturellement fnjotté$ Se folâtra \ Ajoutes jue la j^mjui dqi
'^demonP^re^ 13 y
stérile de Saci, la rue de ces champs blanchis de pierres , & brûlés par le Soleil , les cris sourds & inarticulés des pe* sans Laboureurs qui 1 usaient contre la na-»
cure & la voulaient forcer de les nourrir^ jetèrent dans son âme une tristesse & un fdxittemenc qu'il n'avait encore jamais éprouvés.
- Edmond arriva dans le bourg de Saci ; brûlé par la soif , & sentant déjà l'in-
Saxlates, qu'ils satisfont avec une quantité pro^ dîgîeuse d'un pain noir, p«u cuit, où Ton a laissé le gros son y surcharge leurs vaisseaux d*unsang pesant, qui circule avec une lenteur j>lus sensible dans les Femmes^ Elles ont k plupart un son de voix homniasse , dur , qui joint i leur patois désagréable , à la difformité deleur accoutrement y en fait de rebutantes Créatures* Remarquons ici que ces deux Bourgs ne sont qu'à une lieue commune l'un de l'autre : mais le Comte de S* les a choisis tout exprès , pour yoîr beaucoup de pays en peu de chemin ; & présenter en raccourci le tableau de la vie rustique dans ^utleRoyaumet
Za Fie
âuence du climat pour Tappcntî ^^^ datt* ce pays seul peut-être , Tamour & la dou* leur ne sauraient Toter.
Au-milieu, unechenevière, à l'entrée du Bourg, étaient trois Filles, épaisses > Tair hommasses, qui cueillaient lechan^ vre: leur activité, leur ardeur au travail , leur force à transporter les masses (*) ; étonnèrent Edmond* Il dit à Tousflesjours: —Elles ne sont pas belles j mais cela fera de bonnes ménagères-.
En entrant chcs Thomas-Dondaine i Edmond y trouva son Père, Au-bout de trois ans , il en fut reçu avec la sévérité accoutumée.
—Vous vous êtes bien fait attendre J tnon Kls !
— La nouvelle de votre maladie, m** saisi , mon cher Père.
—Je veux croire qu'il n'y avait pas
d autre motif
(*) On nosmie tifai de gro$ faisceaux d^f
^ât monF^re. lyf
•—Celui-là était bien suffisant j & je bénis le Ciel de vous vçir en pleine santé.
— Et fort gai , dit Thomas-Dondaine.:, Mais , Compère , voila un Fils bien damoiseati , pour labourer nos champs pierreux !
—On va quitter tout cela-.
( Il est impossible de rendre le grossier langage de Thomas s le patois de ce Pays repondant à Tâpreté du sol , & à la figure des Hommes ).
— ^Jé vous ai mandé pour vous marier; mon Fils. ' Âulieu des Coquettes perfides & corrompues des Villes , je vous donne une Fille vertueuse, qui ne chérira que son Mari : vous auriez peutHetr^ eu plus . de goût pour une jolie Porteuse de foutanges; mais je vous defens d'y songer,' & ne^ veux pas recevoir de votre part la moindre objection } ou ma malédiction est toute prête.
' f-^Je n ai pas encore demandé comment
'LaP7i
le
se porte ma Mère ? répondit Edmon$I eu
tremblanr.
— •M obéir doit être votre première pensée^ Pour votre Mère , elle se porte bien ^ & compte sur votre obéissance â nos v<v lontés. Je vous parle ainsi, parce-que vous n'avez pas encore vu Celle que je vous destine, avec la grâce du Compère, qui a bien voulu , par amitié pour moi , vous agréer pour Gendre , avant même de savoir si vous lui conviendrez»-*
—Que c*estbien parler, ça ! dit Thpmas.... Alons, Femme! (dit-il à. son Epouse] courez chercher vos Filles, <]ai isont à Id chenevière , & qu elles viennent tout de suite.. •• Mon Garson , tu as chaud , & tu dois avoir bon appétit , sans parler de la soif-. Il voulut verser un verre de vin à Edmond. Mais ce jeune Bourguignon new avait pas encore bu; suivant Tusage d'alors , ni la JeunessCi . ni les Femmes ne buvaient de vin; les Mères-de-famille ^ passé quarante ans^
de mon Vére. 13^
feougîssaîenc un peu leur eau \ auparavint;
même en-couches, elles ne goûtaient pas
^ vin. Edmond remercia.
—-Donnez-lui du lait, dit son Père, il
le préfère au vin*.
Comme Edmond achevait de boire,
les trois Filles de Thomas«£>ondaine en*
trèrent avec leur Mère. Marie la Ca-* dette , & la seule qui fût à marier , était la moins aimable de figure ; mais sa phistonomie annonçait la bonté. Quel changement pour Edmond ! Son Père le pre- ^nta lui-même à Marie, comme celui qui dans trois jours ^ devait être son mari ; car les préparatifs étaient faits. Cette.
Fille modeste rougit , & quoiqu'elle trouvât son Futur à son gré, elle dit â son Père :
— Mon cher Père, c'est bientôt ! non que j'aie àenli vous objecter contre ce Jeune-homme sage ôc estimé de tout le monde j mais encore faudrait^l se cpn* naître ^ Se qu'il sut dumoins ^ lui , $i je lui
iX\(i l^a Vie
£t>nYÎeiKirai ; Tobeissance a mon égard ^ doit mlnterdiie toute reflexion , dès qu'un Père a parlé : mais je crois que pour l'Homme , il n en est pas tout de mèmé-V Un TaisG['VOus , durement prononcé , lût la réponse de Thomas.
i— Vous entendez nos volontés ? die IPierre à son Pils.
—•Oui, mon Père.
—Je n'y veux point d obstacles.
. —Mon Père , je serais bien malheu-^ feux » & bien indigne d'être moi-même père , un jour y si j'apportais de la résistance dans une occasion comme celle-ci^ qui est le plus haut & le suprême exercice de la puissance des Pères : i la mortcomme à la vie 9 je vous obéirai , ainsi qu'à ma digne Mère. Commandez , & ne vous embarrassez pas du reste ^ car il n'est pas possible que vous ne soyiez obéi.
— Voila de grandes phrases, mon Fils ! dit Pierre , en souriant un peu ^ on apprend aumoins à la Ville à repoadi^
^de mon Pire: "x^t
Bûnuètemenc^ fic-on les choses comte son gré-.
On se mit à table. Après le 4îner , le
' Père & le.Fils partirent pour Nitti. Dès
qu'ils furent hors du Bourg, Pierre,
contre son usage , fît aler son cheval à
coîpé de celui de son Fils.
i^Mon Garson , lui dit-il , voici une nouvelle carrière , où tu vasentrer : Tacte d'obéissance par lequel tu lapreus , te fera bénir de Dieu & estimer des Hqmmes* Compte , mon Fils , que tu seras un jouç honoré de tes Enfant, comme tu honores ton Pçre-p
 ce langage couchanc , que jamais Pierre ne lui avait encore tenu, Edmond saisit la main de son Père , & l'œil en lar^. mes , . il lui dit :
-^Je vous f^is un cruel sacrifice , ô moa Père!
-^Bpn! des Catinsl tu n^ penses-pas t elles t'avaient ensorcelé, . .
; — Hâ! mon Père, si vous k connak*
t4t La Fie
liez ! si vous connaissiez son dîgne Père î
-—Ne parlons pas de ces Crcarures-^ dir Pierre, avec an roa bon & familier y qu'il n'avait jamais pris avec Edmond.
-^Je vous obéirai y mon Père , dus^ sé-je en mourir,
.^Cecon langoureux me déplaît» dît Pierre en fronçant le sourcil j qu'on ne le prenne plus^^.. Et au* bout de quelques momens de silence y il parue s attendrir ; il reprit la parole « en ces termes :
-*-Mon cher Edme , mon cher Fils ; te voila prêt â entrer dans le mariage:
n'imite pas ma conduire j elle n'a pas été bonne: elle sera meilleure^ si Dieu me prête vie^ je suis en train de terminer une affiiire avec nos. Moines de Molême y dans laquelle je te meccrai de moitié. Ce sera la consolation de ta Mère -y elle me-rice bien que j'y travaille enfin. Une fois marié, tu es mon ami » & mon égal; nous ne serons plus Père 6c Fils, que par un plus tendre attachement , une plus
de mon P)re, Ï45'
frande indulgence l*un pour lautfe... ( A ces mots, Edmond suffoqué, se jeta à bas de cheval » & baisa les pieds de sonr père, qui, touché de cette action, descendit aussi, & jetant ses deux bras aa cou de son Fils , lui dit ;
—Je t'ai toujours aimé, ô mon Fils unique , & je te veux l'état de bon Père-defamiile de campagne, plutôt que de Bourgeois des Villes ; c'est une vie plus patriarchale». • •
San^ Rose , qu'Edmond aurait été heu« î'çux , de retrouverenfin dans le plus rude des Maîtres^ le plus tendre des Pères/ ' Ils continuèrent à rriarcfaer à pied , tenant -leurs chevaux par la bride , tandis que Touflesjours les devançait , pour aler annoncer leur arrivée i la bonne Anne- Marguerite.
—Que serais tu devenu àla Ville ? Urt
boncitoyeni je le veux: mais tes Enfans,
r loin de ce pays , notre berceau, cônfon-*
dus avec la foule àcs Citadins , auraient;
J44 2:« Fié
bientôt perdu le souvenir de notre origine!
Tu la connais : m. l'Avocat Restif m'a dit» qu il t'en avait touché quelque chose.
Tous les Hommes sont Fils d'Adam» je le' sais ; mais il n'en est pas moins glorieux dç sortir d'où nous sortons : le nom de Restif n'est qu'un sobriquet, mais il est si ancien , qu'il a fait oublier le vrai nom, sur*tout à présent, que depuis les malheureuses guerres de religion, nous sommes dépouillés. Mais ce m'est une consolation , & c'en sera un jouj une pour toi, de revoir ces pays, où notçe Famille est encore si chérie & si respectée : Villèrs, Aigremont, Courtenai, je ne vous revois jamais sans attendrissement. Ne quittons point ce siège natal : ne nous éta^ blissons point dans les grandes Villes :
jouissons à perpétuité, & renouvelions sans -cesse rattachement & la. considération qu'on a eue pour nos j(^ncçtres. Ducoté de ta Mère,, tu tiens à ce qu il y a de pieux dans la Province ; )e lai préférée
^dc mon Fére. t^^
|iar cette raison : «Ile m*a préfère , elle; i cause de mon noni, que mon Père, mon digne «f respectable Père, avait r|gnd« vénérable. Tu sais comme on l'appelait : V Homme juste ! <juel nom ! un de nos Pai35ns y a succédé à ce nom \ il n'est pas sorti de la Famille..,. Ces titres de noblesse yalen.t mieux gue ceux qui sont perdus, mon Fikj ils valent cent fois mieux ! Et;s'il faut reparler vrai, je méprise tous ces vieux parchemins, souvent plutôt l'ouvrage de llncrigue, que la récompense de la vertu des Aacêcres. Que de Nobles, dont les Pères ne furent que d avides oppresseurs! Je parle de l'an-, cîenne Noblesse. Quant à la nouvelle; quant à ces Publiçains <jui achètent. . . s'ils sont utiles à rEcat par la finance qulls 4onnent, à la, bonne heure: mais c'est acheter à bon marché , ce qui ne devrait cgr^ quji la récompense de l'héroïsme en tputgenrelo. Mon Fils, nous sommes aujourd'hui roturiers, & je m'en félicita?
t. Partit. G
^4^ La Fie
tmcèrertent. le Roturîet est l'Homme pir excelleftce : c'est lui qui paye les impôts; qui travaille , ensemence, récolte, commerce, bâtit, fabrique. Le droit d'être inutile est un pauvre droit ! né le regrettons pas. Tu as vu ces Gentils* hommes-chasseurs de la Puisaie , en guê* très 9 en souliers ferres , portant sous le bras une vieille épée rouillée , mourant de f iim , &: rougissant de travailler : voii^ drais-tu ètte a leur place !
—Non, mon Père: la classe du milieu , la classe précieuse , si chérie des bons Roisj voila celle ou je désire de vivre & de mourir. Mon cher Père^ TOUS, & le respectable m, PombèlinSjJ vous avez tous-deux les mêmes idées.
-—Ouï: mais il voulait të fixer à la Ville! dis-moi, notre Postérité , bientôt confondue dans la populace des Villes ; que serait-elle devenue? Restons ici, |e le repète j tout y est ptd'n de nous j tout t'y rappelera notre honneur j cela
dk mon Pcre. Î47
f!^st quelquefois pas inutile. . . • M. Pombelins , cet Homme si bon y était ton plu$ cruel ennemi.
-^.-Mon cher Père, je vous obéis j ne Jices rien contre cet Homme que vous chéririez, s'il vous était connu ^^ ne dites rien , je vous en conjure par votre titre de Père , contre une Fille. . . . Que n est^ elle en cet instant ma quatrième Sœur}--.., 'Liès larmes^ coulèrent à ces mots: Et comme si Pierre eût déposé , depuis son dernier discours , toute sa fierté naturelle ^ il die à- son Fils :
' -—La sensibilité honore les belles âmes:
tu pleures , mais tu m'obéis.; je ne suis point un tyran; je nai q^â te louer j Se je te loue. Mon Fils, ton bonheur futur, pour cemonde> &c pour l'autre; dépend de cette circonstance importante.
Ton obéissance te donnei:a de bons £tv /ans-.
£t prenant un air inspiré, comme si •ce cher Hommte eût senti qu'il était prgt
Gi;
La Vie
de sa fin, il dit avec force : — -Edmc J maudit soit le Fils ou la Fille qui n'honore pas son Père ! Bénis soient le Fils & la Fille qui obéissent , aux dépens* de leur cœur ! le Ciel les bénira j & toutes les peines du mariage leur paraîtront un jour légères > quand ils sediront dans leur conscience , J'ai obéi : mon Dieu! je vous ai obéi dansvotre noble Image, dans mon Père!... Mon cher Fils, reçois ma bénédiction j elle est l'effusion de ma joie & de ma satisfaction j je te la donne , & te recommande, aprè* moi, ta bonne Mère & tes Sœurs : Anne est difficile ; supporte-la: Madelonestlabontémcme ; chéri-la: Marion est étourdie, légère ; je crains son caractère; reprîme-la. Je te confie nion autorité comme à mon Lieutenant de mon vivant, & mon Successeur après ma mort. Pour ta Mère , Vette digne Femme, dont j'ai exercé la pa-^ tience, je te charge de tous mes torts i son é^ard \ paye mes dettes , & ren$^
^deifionFcrei 145?
îttî en respects ^ en tendresse , ce que je lui ai fait souffrir en duretés & en impatiences. Je n'ai pas été bon , ô mon Dieu !
mais voila mon Fils, acceptez ce qu'il fera pour moi-.
— Il est impossible d exprimer ( nous a dit souvent mon Père) , ce qui se passa dans mon âme à ce discours d'un Père si haut & si fier , & devenu si tendre. J'étais enivré. J'aurais épousé le plus hideux des Monstres j je l'aurais adoré , si mon Père me l'avait commandé en ce moment-.
Ce fut dans cette situation d'esprit qu'ils arrivèrent , & qu'Edmond fut reçu dans les bras de sa Mère. La plume me tombe ici des mains. O vénérable Femme ?
Son cœur palpitant volait au-devant d,e son Fils; ^ mais ses membres sans énergie la forcèrent â se laisser aller sur une chais^; ses bras étaient tendus^ sabouche maternelle^ pleine des plus tendres noms , était ent;:'ouvertei^ mais l'expression ne pouvait trpuyer de passage :^ mille & mille
* G iii
t^o La Fie
voulaient sortir ensemble, & il n'ensor-»
latt |>as Une seule!... heureusement ses larmes coulèrent j elles inondèrent le FiU méritant qu elle pressait contre son sein.« Enfin elle parla.
— Pierre, dit-elle à son Mari, excuse^:
si je suis si émue : c'est mon Fils, c'est un second vous-même. — Et un digne
Fils, s'écria Pierre Bonne Mère,
épanchez votre coeur maternel sur ce digne Fils; il me remplacera dignement, quand je ne serai plus-,
La surprise d'Anne-Marguerite foc extrême à ce langage inattendu: elle benic son Fils, puis, se levant précipitamment, elle courut à son Mari , pour Faider â se mettre à son aise ^ suivant son usage , en lui disant: — Je ne dois pas tant m occuper de ce cher Fils, que j'oublie le Père.... Alons, mes Filles,' servez un-peu votre Frère : pour moi ,- voici mon lot, que je ne céderai jamais a personne» pas même â m^i^ Ëiifans-.
ât mon P'kre,
Quand les deux Hommes se furent rafraîchis , Pierre continua d'expliquer à son Fils la suite de ses projets : savoir ; Qu'il demeurerait â Saci , avec son Beaupère j parceque cela était nécessaire pour leur entreprise : Il lui parla des fonds que Thomas Dondaine devait fournir : il s'exprimait avec tant de bontc , (Ju'Anne-Marguérite, respectueusement assise à quelque distance, écoutait le Père & le Fils avec admiration , en pleurant de joie.
— Ma Femme, dit Pierre, dans trois Jours , c'est un Homme que mon Fils j & vous, & moi, nous devons déjà commencer à lui parler avec la considération quedemande cette qualité-.
Il faut être mère, pour imaginer comme le cœur d'Anne-Marguerite bondit à cette expression familière de son Mari ; la Mère d'un Homme peut seule en sentir la force & la valeur. Aussi Anne-Marguerite ne repondit-elle que par un cri de joie inarticulé: & il sembla ensuite, durant le souper^
G iv
1^2 ^'Lap^ic
que cette digne Femme servît son Fils Se lui parlât avec respect. Ce qui lui attira de son Mari un compliment nouveau, il l'appela Sara , vertueuse Sara : ce qui est la plus grande louange qu'on puisse donner à une Femme,
Pierre dit ensuite à son Fils. — L'art le plus digne de l'Homme , c'est l'agriculture : tous les autres sont appuyés sur lui i les richesses ne sont richesses qu'alitant qu'il les realise : Restons à la source y elle est plus pure que le ruisseau. Il est noble d'exercer l'art duquel dépendent tous les autres. Qu'est-ce que le Marchand? c*est notre facteur: l'Artiste & F Artisan n'existeraient pas sans nous : Sentons notre importance, mon Fils, & soyons-en fiers-.
Edmond , pendant cène soirée > étaîc comme enivré j il fut tenu hors de lui-»
même par des scènes si nouvelles dans sa Famille. Mais la nuit, retombé dans le calme de son propre cœur, s^s réflexions furent cruelles. L'amour , ce maître im-
^dcmonFère^ ij'3
per îeux y plus puissant encore sur les belles âmes , parcequ'il y est une vertu, l'amour lui fit sentir tour ce qu il a de rigoureux & de déchirant : Uimage de la belle Rose Pombeiinsj l'idée de son digne & vertueux Pèrej le souvenir des bontés de toute cette adorable Famille , amoncela • sur son cœur navré mille & mille regrets.
Placé entre deux précipices j lapertede Ce qu'il adorait , celle du bonheur de la vie, d'unsortdoux, agréable, glorieux même, d'une fortune enfin, & la desobéissance aux volontés paternelles , il ne s'y envisagea qu'un instant \ la desobéissance lui fit horreur , elle n'était pas même possible avec Pierre, d'après son caractère, & l'éducation qu'il avait donnée (*j. Ed'»
( * ) L'éducation que donnait Pierre , & sa manière d'élever, ressemblaient assés à celles des anciens Romains , & des Français d'il y a deux cents ans ; elle était rigoureuse & ferme : Je ne loue ni ne blâme; mes Lecteurs prononceront d'a£rè$ les £iîts.
mond, se Jeta de Tautre coté, en fresnissant: mais quel cruel effort! Quarante ans de regrets , n'avaient point encore efEicé leur cause , lorsque ces fsdts m'ont été racontés par la bouche vénérable de mon Père!-.
Plus fatigue de ses peines intérieures, que du voyage ,• Edmond qui n'avait pas fermé l'oeil durant la nuit, s'endormit aa point du jour , & se leva un-peu plus tard que de coutume. A son réveil, il trouva toute la maison en agitation. Ils'informc.
Une fièvre .violente a saisi son Père, Edmond vole â lui. Les premières paroles de Pierre à son Fils , furent i
—Mon Ami, si j*en meurs, promettez-moi d'accomplir mes projets, dans le même délai. fixé. J'y tiens y je le veux.
—Je le jure , mon Père,
—Béni sois-tu ! car ta porte la joie dans l'âme de ton Père mourant.
—Mourant!^ vous, mon Père! Dieu ne le peimettra pas !
dcmonPhe^ t^^
^— Je me sens frappé-é,; Et Tempechanc de lui repondre : — Tran<juillisemoi j vaque aux afEiires \ ta Mère & tet Sœurs ne sont que trop suffisantes pour me bien soigner ^ tu le sais : vaque aux afiFaireSg^ mon Fils, assois homme.^ il n'y en aura bientôt plus qu'un ici-.
Edmond , qu'un geste vif de son Père
pressait encore plus que son discours ,
se retira suffoqué de douleur. Il pbéit
exactement , & suivit un agenda que sa
Mère lui remit , pour les affaires de la
maison. Il ne revit son Père qu'à l'heure
du dîner : la violence de la fièvre parais*
^aic un peu diminuée^ mais le Malade
était oppressé , & comme sa repughancç
extrême pour la saignée ne pern^ettait
pas d'employer ce remède, on était au
desespoir (^). Edmond lui rendit comptai
X*) D'où- vient cette répugnance însunnoflh table f Elle fut la même dans mon Père , dans
jGv|
lytf
La vie
Maïs à-peine Pierre pouvait- il loi re^ pondre. li approuvait d'un signe. lîeac ^oif.
—Mon Fils, donnez-moi à boirer.^ Anne-Marguerite accourut.,
—Non , je veux «ion Fils. EKeu t« bénisse , Edme ,. comme fe te bénis , & sois le père de ces Filles, & le soutien de cette bonne & honorable Femme y, après moi-.
Et il but avec une sorte d'avidité; Ed^mond pleura. Anne-Marguerite poussa mn douloureux sanglot :
—Une saignée, dit-elle f...
—Non, non! interrompit-il j Diea Me sauvera , sHt lui plaît.
— Mon Père î. . ^ dît Edmond.
—Mon Fils!.... Je t'entensf non^ la Nature est ma mère j je ne veux de secours qtted'elle^ Pour toi > vaque aux j^f&iresN.
Edmond le quitta. Le soir , ri jr avait «n-pêu de mieux ^ mais beaucoup d'abb»^
"demonFère. t^^
lement. le lendemain, redoublemens sur redoublemens : la tête s'embarrassa : tôîrt Etranger était vigoureusement repoussé j mais Pierre fut toujours doux envers sa Femme & son Fils : dans le délire même , il les reconnaissait. Le troisième jour, il revint à lui quelques momens. Il se rapela que le mariage aurait dû se faire ce jour-là : il en parla au Curé, & se plaignit de ne pas avoir cette satisfaction»
. — Prendra-t-il Femme en mettant son Père au tombeau ? dit le Pasteur.
-—Oui , oui , Monsieur-. . . .
On se disposait à obéir , & à partit pour Saci : mais il survint une crise terrible, dans laquelle Pierre Restif expira , sur les une heure après-midi, âgé de quarante-, deux ans.
Edmond ne sentît d*abord que la dou?^ leur d*une si grande perte. C'était un sentiment bien différent de ceux qu'ont les Enfans ordinaires ! Le Père d'Emond ijtait jpour lai un Dieu vii^ble, & il Ift
La Vie
perdait! jamais douleur ne fut si vive:
Son desespoir aurait arraché des larmes aux plus Indififerens.
Thomas-Dondaine arriva^ on lai avait envoyé annoncer la mort. Edmond en l'apercevant , se Icre & court à lui :
•—Je n'ai plus que vous pour Père^ lui dit-il , je vous ai été donné parle mien ; vous êtes son choix : je vous promets & vous jure le même respect & la même sou^ mission que j'avais pour lui-.
Thomas ^ qui n'ignorait pas les dispo* sitions du cœur d'Edmond , avait cru le mariage rompu; il était venu avec l'intention de rendre les paroles, sous pre* texte que les associations proposées ne pouvaient plus se faire. Mais il fut si surpris & si ému de l'action d'Edmond, quil l'embrassa en lui disant:
—Et tu ne seras pas mon gendre j ta seras mon fils* Je vais dire à ma Fille qu'elle compte sur le bonheur ; car le Fils respecmeux est bon mari. Tu lui as plu:
'demonFÏTc. Ij'p
Benîs soyîez-vous tous-deux ! vous serez la consolation de ma vieillesse, & nous pleurerons ensemble la perte de mon ami.
Je pars : demain , je ramènerai ma Fille :
|e veux qu'elle assiste en deuil aux funérailles de l'honorable Pierre, comme si elle était déjà sa bru^ & qu'elle partage ta douleur & tes larmes.
-—Mon Père, dit Edmond, le digne Homme.... voulait que ce fût aujourd'hui.
—Que ce soit demain, dit Thomas:
l'obéissance vaut mieux que la décence : je veux , si c'est l'avis de nos deux Pasteurs, que le corps de l'honorable Pierre soit encore notre premier & plus respectable Témoin-.
C'est ainsi que se fit ce mariage : car les deux Pasteurs , prenant plutôt l'esprit iquelalettre, y consentirent. Edmond ala tête baissée à son devoir : Il épousa Marie-Dondaine devant le corps vénérable de «on Père, & offrit au Seigneur soii obéis-»
La Fie
sance, avec les ardentes pières tcmel repos de rAuteur de ses JQurSr* tS
Le Pasteur qui ne mariait pas» fit '' petit discours à ses Paroissien j: —1 Enfans , . disait-il , c'est un Fils qui à son Père mon-. U leur expliqua ». ^ÔÎm c'était par respect pour Je Défunt ^ flfeJ par ses ordres, qu'Edmond accôtiiptîs^] sait son mariage d'une mamère-si.extraor<i^ dinaite.... Hâl s'il avait pu tout ciirelJ mais il le savait , & les deux vénérables Pasteurs, lesagePandevant, GurédéNitrî»
ic le bon Pinard, Curé de Saci, étaient pénétrés d'admiration , & sanglotaient d« compassion & de douleur.
Après la cérémonie , on acheva les funérailles, Edmond suivit son Père , voile de larmes , anéanti , ne sachant où il était : cependant, il tenait son Epouse par la main, & semblait la présenter à son Père, & lui dire, — JeVousaiobéij bénissez-, moi encore-!
Xprsque le corps fut descendu dans la
C^e^ft un FiLf am ûbtit /7 j'ûh Père mort
'de mon Pire. ï6t
fosse , le Cnré de Nitri , comme hors de luinictoe , s'écria en français : Pierre !mon ami , mon compagnon , vous êtes obéi ! que votre âme bénie jouisse de Véumel repos ^ ^meriï Et tout le Peuple s'écria plusieurs fois. Amen 'y carPierre était aimé, ayant "toujours été intègre, innaccessibleàla recommandation , ennemi des presens , & accommodant bien plus de procès qu'il n'en jugeait. Son Fils la bien imité.
Le Pasteur, suivant l'usage, jeta la première pelleterée de terré sur le corps. Aa bruit quelle fit en tombant sur le cei> cueil-, Edmond s'éva^ibuît. Son 6eau<« père &sa Femme remportèrent, suivis det Soeurs d'Edmond : Car pour Anne-Margueritô, die était à genoux auprès delà fosse, immobile, lesyeuxnoyésde larmes & fixés v^s le Ciel , au point d'ekciter ia compassion de tout le moiidè. Les deux Pasteurs, là remenèrent eux-mcmes, long tempsàprès que tout fut fini. En revenant i^Ue-snèfm<onvne d'un long anéanct$s>*^
X62 La Vïc
ment, son premier mot fut, — Où ea mon Fils-? . Il s'approcha d'elle 3 soucena parsofiBeaupère; taiulisqueMarie-Door daine vint rendre %ts services k sa nouvelle Bellemère, & la desbabiller pour la mettre âulit.
On ne mangea ni ne but , en ce jour de noces & de funérailles : chacun s'ep retourna comme il était venu, sans vouloir rien accepter , & portant le deuil dam •son cœun Mais Marie demeura , pour ^servir son Mari & sa fiellemère, & cou* «>ler ses Bellescnirs. . Elle resta debout crois {oiirs& trois nuits , sans r/eposer , sans se desbabiller. JEnfki Edmond touché de «on bon cceur & de son zèle , prit sur luiihfeme » & sentant bien qu'il se devait â sa femme:
«-«-Miiicbère Epousa, lui dit-il, vous tnéritiezunsort plus heureux & plus riant:
vous fttes venue, généreusement, vousas* socier à notre douleur , & à nos larmes:
Dieu vous bénisse 1 arquant 4 4ûoi, j'^
demonFère^ t6j
feonserveraî une éternelle reconnaissance!
J*aîme mieux pleurer avec vous , que
de rire où vous h*ctes pas, lui dit-elle:
Votre douleur est légitime, & montre votre bon naturel y '6 Edmond j ùéh contraignez pas, & souffrez que /e la pat« tage : car f aime tout ce qui m'est coinmu^ avec vous ,' même les larmes-. ^ ' 'J*aî tiré, tous ces détails d'un brouillon de Lettre que mon Père écrivit à m. Pombelins-, huit jours après son mariage. Cette l^ettre touchante^commençait absolument sans aucun préambule , (& contenait ufi simple récit. Elle finissait conune on va lire:
99 Fay remply mon debooir , digne St m cher Père. le ne vous defguife rien : ié >9 serois indigne dû nom d^komme & de » fils dé Pierre Reftif ( que Dieu a recueilly u ^atisfon^'ciin) si je vottudifoîsquei'^, •) lamprt au coeur: IlfautÊipporterfon «» fort en homme* M^i^ il .m*eft permît
t64 LaFie
y au moins de vous dire , que ie i^ls Ie( » vceux les plus ardens pour le bon-heur »> de Mademoifelle Rofe... & de Madew moifelle Eugénie : PeuilTent- elles ces t> dignçiS Filles du meilleur des Pères & de » 1^ MèTQ la pips refpejftable, treuuer 99 autanç de bon-heur que i*en ay perdu...
» de toutes façqns ! Ce foubshaic eft le » plus apiple qu ame hpnEiaine peuiflè for^ »> mer en leur fkueur. ....
w Mes larnijes moffufquent...f.» Je » cefle, ôcjigne, digne Père,... qui ne •^ fere^paslemien!^
. ,, j ^ Edme Rsstif ».
Trois mois après, Edmond reçut cette Réponse: .^ ;. .. ,^
» Mon cher jReftif :
». Je n'ay.t^oncré que depiHk.deux iouts 19 voftre Lettre à ma Famille: pendant ^ tout ce. temps. ^ i'eftQi» profgi|denien(
"de mon Phe; 16^
H affeâé, & tout en vous beniflânt de » voftre obeiflance , îe regrettoîs vu 33 Gendre félon mon cœur, que le mau- » vais deftin m'enlevait. Oui, mon chef » Fils ; cartalespar Teftime & l'amitié; 9> ie ce loue; tu m'as fait verfer àçîs lar«^ » mes^ mais elles eftoienc accompagnées »> de plaifir & d'admiration. Cepencknc *> Rofe.....; Tarrête ma plume* & ma » penfée, & ie ne commettrai pas le »ï crime de -parler des fentimens dVne 99 autre Femme , au Mary de ton Epoufe; >v Enfin auant hier, fatigué, autant qu^ » touché de compaffîon, l'entrai chés ma 4> Femme ta Lettreà-la main. Elle eftoit 9» affife^ vtie de fes deux Filles fur fes ge% » noux^ Eugénie travailloit en filènce i •> côté d'elle: