‹ La vie de mon pere (volume 3)Chapitre 5 sur 7 · Lepauure Garfon a efcrit, Ieq| 93 dis-ie · texte numérisé non relu

Lepauure Garfon a efcrit, Ieq| 93 dis-ie

w —Il a efctit! dit mon Efpoufe.

a> — Ouy ; mais il y a trois mois defi^' ^ f ^ue Ï2à fa Lettre* le n'ai pas voulu \(^

t66 LaPlc

» montrer pluftoft » â tous, uy âmes Em »» fans,^. Helas! qaUaeuàfou&ir, & M que fa conduite a efté belle ! • • . Vou»

•1 allez le plaindre & Tadmir^-.

»9 Ces mots ont produit :comme vne 9> fufpeniiôti dans les facultés de ces cfois 9» chères Fenmies : Vne a tendu les bras 9» vers niôS. le n'ai rien refpondu. le i> me. fuis, affis ; i*ai commencé k lire ta s> relation» .mon Ami» depoiston arrivée «» aAuxerré» inrquau moment oà eu a$ 19 mis la main à la plume pour- m'efcrire.

s* 11 eft inutile de te peindre l'ef&â: de SI cette leâure. il n'y a qu'Eugénie qui » teblaTme» encore dl*ce par amiâé*....

> 9> Bon Fils I . bon Garfonh Ha ! que » n'ai-ie pu Élire conbon-heurL... Mzis^ •» mon cher Ami, malgré tout» ie n eti » fuis^ pas moins dans l'admiration des 9» excellentes qualités de ton E{poufe ; »> quelle aimablcr candeur! quelle nd>Ie #> franchife! Il me femble fans ce/le |r ( & Voe de mes Filfesn'ia pas iaUTé e£»

ienionP\re^ ÎÔ7

«► chapper ce niôt-, eîïe a dît , qu'elle Te» %y aimait) il me femUe fans cefle éntetiw j» dre à ihes orèiUes: Edmond^ Vaymé )• toutceqjdm^eJlcomniunavccvouSymefme^ » les larmes ! - Bonne & tendre Crea^^ » mre! qu'elle foie bénie! car elle n^eft » la caufe de rien ^ & elle peut Tedre,?

» mon cher Reftif , de voftre felicit?é.

3» Vous voyez que ie prens voftre ma* » niere & vos expreflîons : Ceft que ». voftre manière eft la bonne, & que » vosexpreffionsfont celles du cœurr Ce* » pendant , mon cher Fils , ie croy qu'il » eft neceflaire quenoftrecorrefpondance w foitrare, & par rapport à vous , &; t> par rapport à noos^mefines. Eugénie »> eft vnegeneteufe Enfant, & medo«he » beaucoup de confolation : Quelque » iour peut-eftre, -ie vous entretien&ay il de tout cela. Quant à-prefeht , moa » cher Fils de ccwir & d amitié , ie vous t% exhorte à vous conduire comme voiw » auez commencé, 8c à (ioûtboer 4t

)x6S . -LaPTâ

» prendre les auis & les confêik da trè^ p cherÂduocac. M. Mole le falae. Ce to cher Ami n eft pas heureux en Gendre, w II ny avait qu vn Edmond. Adieu»

p adieu, cher Homme, quonaymeoù 9^ Ton haïroic les Aultres , & qu'on a |7 toufiours raifon d'aymer* le fuys, 9» auecque TafFe^on la plus tendre, ^ ^ une eftime fans reftriâion aucune ,

»> Toat à toy, Antoine Pokbelins.

p P. «S.MaFemmetefalue, ^d'Aultres » s'y ioignent.... le ne voulois pas 9> efcrire ^ mais ma main le veut , Se 93 mon cœur le commande en defpir de 3» la jraifon»

Reprenons Tordre des faits. Edmond testa chés sa Mère , avec sa nouvelle Épousç pendant huit jours. Le troisième au matin , on vit arriver m. l'Avocat Respf» Il entra en silence ^ & portanp les

yeiuç

de mm Père. x6^

yeux à Tendroît où son Amî avait cou- ^ume de se mettre , il poussa un profond soupir :

—Le cKer Homme ! le terrible Homme tant aimé ! il s'est caché de moi'pour marier son Fils, &pour empêcher, •.. Le cruel & cher Homme! O mon Cousin!

repondit Anne-Marguerite, qui était seule alors au logis , votre venue est celle d'un bon Ange , chés de pauvres malheureux Affligés !•.. l^fctis nesoyez pas fâché contré mon Fils : pour le Cher...r ( un sanglot fut son nom) il n'est pas possible que vous lui en vouliez ; il ne saurait plus se défendre, ni vous répondre. — Hôî non ! non ! je ne lui en veux pas ! Die* lui fasse paix, le cher Hommeî... Mais . contez^moi'donc , ma Cousine, les choses étranges qui me sont revenues ; & ce ma^* riage si prompt & si secret,' fait sut U tombe ouverte d'un Père-? - *

Anne-NÎarguerite conta , autant que* sa douleur le lui permit ^ de point-en-point l Partie. H

jja La Fie

comment toutes les choses s^étaient passées : Et quand elle eut fini^ le digne Paieac hors de lui-même , s*ccria: —Je reconnais bien-U le cher Pierre ! maisf pour Edmond ^ pour votre Fils, il a passé mes espérances : Qu'il soit béni ! ce sera la couiolation de votre vieillesse y & l'honneur de notre nom!... Où est-il que je Teinr brasseur? ^•

Comme il achevait de prononcer ces paroles, Maric«-Dondaine^ntra , en laborieuse ménagère : Elle fit une modeste i:éverence à l'Etranger, & vint a sa Belleinère, pour l'embrasser & essuyer ses larmes \ mais sans parler ; car elle éuit d'un pays où Ton est fort silencieux !

•^-Quelle est cette bonne & obligeante Créature? (dit m. Restifj? — C'est ma Bru. — ^Hâ! Madame, pardonnez !•••• àiaCousiue, pardonnez! — Jevouspardonnerai donc. Monsieur, d'avoir dira mon sujet une chose obligeante. —Où ^t votre Mari ^ ma Fille? l^i dit Anne-

demonFkre. vyt

Aï arguante; -^H est à son devoir. (Elle voulàitdire, qu'il irait aie, après ses âfBiires, comme il fêsak troU^fois le jour, plearer sur le tombeau de ^n Père ). —Estil loin-? ( dit r Avocat Restif ). Marie- Oondaine , qui ne voulait pas s'expliquer plus clairement devant $a Bellemère , ôffiric a a bon Parent de le conduire, il la suivit.

- En chemin , elle lui expliqua où était tfon MarL «—Demeurez , lui dit-il , ma Couine , auprès de votre Mère ; je court ttctiver Edmond y par besoin , & de vo*^ lonré. ' «^ '

. Ihtrouva le plus tendre des Filsf ^ piros" terne sur la pierre froide cjài couvrait son ''véner2d)lePère. Il se mira genoux, saMf en être aperçu , & après qu'il eut fait ses prières, il éleva la voix, en pleurant:

— O Pierre ! l'ami de mon enfance l

le compagnon de ma jeUnesse-^ ^lé p!us

. a,imé de mes Pàrens, qtii m*àuràtt-dit ,'

lorsque je te trouvai pensif & rêveur avec

moi y il 7 a quinze jours ^ que jevo^aisf

Hij

pour la <l^mère*foIs mon Ami , & I< Cooipagnon de ma jeunesse ! Hélas ! hc^ las) informnéfi que nous sommes, nous mourons en détail, en perdant nos chers Âmis^ & le plus malheureux, n*est pas celui qui, de même que toi, meure le premier , à la fleur de son âge-!

A cette tendre & douloureuse complainte, Edmond s*était relevé : il Knçer^ompit , en , jettant $es deux, bras au cou du digne Parent ; . ic ainsi enlacés, ils xpêlèrent Içurs larmes , & confondirent; Jeur sanglots. Ensuite, ils revinrent lente?» ment à la maison j c^r dans ce courttra(|ec, ]f dmond racpnFî^ à^on digne second Père , çouç ce qu Ann0-M^fguerite ignorait, II par Ifi de M, Mole; deM^^^Ponibelins, de $es senûmpus , du sytifi^ qu'il çn avaiç

kA^ \'i\j l'Ci.i -h it ..>1 ! ■• . ' • • , Çn a dan&nptre F^tmille une sorte d*ençhoysii^w^f;; pojir Jej^bellés ^choses, qui ffanjportç quçtq^éfois hors des bornes; gt\ ^ vit \m^ exçinple ea cette pcça^ion :

'àe hionPlre. ty^

^ean l^estif, ce digne Parent (que Dieu bénisse ^ & qu il a béni dans sa Postérité ) s'arrêta » muet d etonnement i

^— Toi, à plaindre, dit-il vivemeht!

Non j non , non ! je te porte envie j tu es trop heureux! Hâ! Edmond , je suis )aldax de toi , & de ton Père y tout more qu'il est.,.. Je vous envie tous, & né vous plains plus... Je savais bien que nous avions, & de 1 ame, & dufeu , &de cet honneiu: digne de la source de notre sang : ihais je n'ai vu la plénitude de notre vertu qu en toi, à vingt-&-deuxansJ. Ne dégénère ' pas , ^mond^ sois pauvre»' sois riche, qu'importe? ton sort est fait; il est audessus de la fortune.... O nos Ayeux ! si * vbus voyez en ce moment votr-ef digne Petitfils, quelle joie doit inonder, dans le céleste sèjo^ , vos Ames vertueuses ! .' . . Et vous , belle Ro$e , . qwtf vous avez perdu!... *

Mais, mon Ami, j'ai vii ta Femme ; «st elle qui m'a enseigné où tu étais j

Hiij

174 La Fie

elle a l'air d'un digne Sujet : le Ciel la hènissejcar, ou |e me trompe fort» oacae wra mie autr^ Aime*Maigoerice-SiiiKxi-»

Le ton cf enthoaûasme arec feqiMl il avait parlé » suspendit pour quelles irntans la douleur d'Edmond , & Téieva audessus de lui-même : il fut bien -aise»

pour la première ù>v^^ du noble sacrifice qu'il avait fait.

JjE ne pretens pas ici tenir redore àù toutes les actions de mon Père : il en esc qui rentrent dans le cours ordinaire de la vie. Je dirai seulement qu il alademeu-* rer à Saci: qu'il y servit son Beaupère sept années ^ durant I^queiks ^ il eut sept Enfans de Marie-Dondaine : Qu'il tut beaucoup à souffrir de l'humeur dure de Thomas : mai^ qu'il le supporta tou-* \o\\ts .avec u;ie héroïque patience y â-f cause de son Epouse , qui était ^éfitable^ ment une excellente femme: Que son esclavage ^ ( car c'en était un véritable ,[>

'de monP%re. tff

I*envie qti*avait Edrtie Restif d'ctfe Utile

i. sa bonne Mère & a ses trois Sœurs , fe^

sant qu'il se crevait de travail) que soif

esclavage finit à la mort de la respectable

Marie ^ Qu*il resta, néanmoins, sept

ans veuf. Mais il est quelques détails,

^\it lesqueU il faut revenir.

Je ne dirai qu'un mot de quelques un^ i%s Enfkns d'Edme Restif, surtout deè ¥illes , au nombre de rinq : mais on mô permettra , en temps & lieu , de m'arrêt^r avec^omplâisançesutlesGarsons. L*Aîné ( à Fâge de 7 5 ans ) i aujourd'hui l'un ies plus respectables Pasteurs du second-ordre qu'ait l'Eglise, peut être regardé comme ia recompenise des vertus d*Edm<5nd Si de sa soumission aux ordres de son Père , dans le choix d'une Epouse. Quoique vivant , ;e ne craindrai pasdelouer ce digne Ministre-des-autels , persuadé que jamais cet Ouvrage ne pénétrera dans sa retraité profonde , & qu'il ne coûtera rien à si mgdestie ni à son humilité,*

ILaVle

Parmi les cinq Filles du premier-Ut \ Quelques-unes avaient de la figure , Se écaienc assés bien , sur-cout la Seconde »

qui esc le portrait de son Frère - aîné ^ comme celui-ci Test de son Père. Le second Fils de la Première femme , tiommé Thomas, comme son Ayeul maternel »

ressemble à sa Mère, & en a la bonté , unie à la candeur d'Edme Rescif. Je ne pourrai parler du Frère aîné , sans dire un mot du Cadet \ ils vivent ensemble ^ A: Ton verra dans ce que j'en rapporterai, un exemple des vertus les plus sublimes ôc les plus douces de la morale évangelique.

Dès qu Edme Restif fut veuf, la pra^ dence , & ce qu'il devait à sa Jeune-famille , ne lui permirent pas de demeurer ^davantage avec soaBeaupère. Il i^n sépara , & se mit à travailler pour luimême; ce qui! n*avatt pas encore fait; contre sa conscience , Thomas Dondaine étant riche, & un Père se devant 2i%t% Ënfans ; mais la complaisance pour soa

'àe mon Fera tjy

Epouse avait dirigé sa conduite : exemple rare » que celui d'un Homme qui se sacrifie i la tranquilicé & â la satisfaction d'une Femme, qu'il n'a prise que par obéissance! • « •

. Avant de parler des travaux de .mon Père , & de mettre Thonorable Lecteuc si portée de les apprécier, il faut donnée une Idée de Técat où était la Paroisse de Saci, lorsqu'il vint y demeurer.

On disait autrefois les Besaciers de Sacî^ parceque ses Habitans mendiaient presque tous \ ce qui n'était pas étonnant avec un ^ussi mauvais territoire : celui de Nirri , aucontraire , est fort bon , & tous les Habitans étaient à leur aise. Les choses 5ont bien changées aujourd'hui ! c'est Nir iri , avec son bon territoire , qui demande l'aumône à Saci.

On peut dire de la prospérité d'une J^aroisse , la n^ême chose que des victoires .d/uije Armée : ,\\i\y fai^t qu'un bon Chef:

Jes bras soçt par-tout les^ mêmes. Ce fut

Hv

l'fS

La Vie

la faculté de les bien employer qa^Edmé Restif a portée à Saci , 6c qui subsiste depuis^ dans ce Village, par l'honneur où il ymit le travail. Lorsqu'il vivait encore avec son Beaupère, & qull ne fesait qu'exécuter ses ordres ^ Edme commençait à ^aire des remarque sur les moyens d'améliorer un finage, qui n'en parais* sait guère susceptible : son nom même en indique la nature; il se nomme en latin Saxiacus , de Saxo ( pierre ) : c^est en effet un pays hérissé de grandes & larges pierres, qui pourraient erre une sorte -de produit, si ce Village était àportée de quelque grande Ville : mais il est isolé, & ses carrières i fleur de terre , Xie font, en se dilatant , qu^av^menter chaque année l'aridité du sol.

Le premier essai que fit Edme Restif de la manière qu il avait imaginée » fut dans un champ de son Beaupère : on y découvrait sous la pierre une terre noire aissez fertile; Edmond ^acriiia le hautda

demortFtre. tf^

thamppresqu'absolumentnon-labolirable"^ pour y amonceler les pierres : c'est le plus rude de tous les travaux rustiques : cependant , il s*y employa avec un infatigable courage , & se fit aider des Domestiques:

il eut soin de massonner lui-même , avec les pierres les plus larges, le bas du mcrger, ( c'est le nom qu on donne à ces tas de pierres ) & de mêler dans les entredeiîx ; un peu de terre , avec les toufïès de laume Se d'autres herbes dû genre des graminées , jusqu'à la hauteur d'un homme , tant pour consolider par-là le bas du merger , )qUe pour fournir une pâture aux bestiaux ^ presqu'égale en étendue , au terreia qu'il était forcé de couvrir. Il avait eu soin aussi de pratiquer un chemin en limaçon , pour monter jusqu'au sommet : & chaque année , avant le labourage, on y portait les pierres quelles pluies avaient découvertes»

Il n'est pas de meilleur engrais que l'é-j pietr âge. La récolte de ce champ ala plus*

qu'au double de celle dés années ordir;

Hvj

l8é LaVU

naires, &f)aya, dèslapreniièrc, le temps qu on avait donné au délapidage : toutes les années suivantes furent donc un profit net. Aussi al-je entendu souvent mon Père désirer qu'on employât \^s Malfaiteurs des Prisons , avant leur jugement»

en qualité à^Epicrrcurs j sous la garde des Soldats Invalides, dont on déchargerait ^ THôtel où ils languissent ; il serait même à propos , qu'en certains cas^ la condam-* nation â l'épierrage, fut substituée aux galères : avec l'attention de faire bien exécuter l'ouvrage , sous la direction de lun des Syndics de la Paroisse à épierrër , qui aurait autorité sur les Invalides eux« mêmes. Il pensait encore, qu'on aurait pu employer ces Gens-U au redressement du lit des rivières , qui mangent d'excellentes prairies, pour ne laisser de l'autre côté qu'une grève de sables: {*),Scc.

Edme Restif, malgré sa réussite, es-

(*) S. M. I. l'Empereur a depuis exécuté toutes ces vues d^jEdme Restif,

'demonFhre. i%%

suya des contradictions de la patt de- soa

Beaupère , & il ne put faire un second

merger. Quelques Habitans Fimhèrent :

maïs n'ayant eu ni rattentiondemassonner

le pied » ni de le gazonner y les pierres

jie tardèrent pas à recouvrir tout rhérirage:

tandis que le premier merger d'Edme

Restif subsite encore aubout de plus de

soixante ans y & sert aujourd'hui de mo*

nument à sa mémoire.

Dès qu'Edme Restif fut maître de luimême 3 il déploya les talens qu'il avait reçus de la nature pour le plus noble &le premier des Arts. Il laboura avec une si grande intelligence, en se proportionnant à la nature du terreiq > en creusant avec le soc , ou en ne fesant qu'effleurer le sol, suivant que la terre végétale était profonde ou légère j sur- tout par l'attention à ne pas déraciner les pierres dans cette dernière , ou à ne la pas mêler avec un tuf stérile, qu'on distinguait sçsguétcts

tSi La Vie

àt ceux des Vosins ^ par un demi-pied clé plos dans la haateur des tiges. Les Ha-^ bicans de Saci , témoins de ses succès , ne cardèrent pas à Timicer : le sommet aride des collines fuç couronné de mergers immenses; Se les champs voisins commencèrent à produire.

fiientôt , le Cultivateur encourage par le produit , défricha des terres incultes ,.

qui formaient bien le tiers du finage. Ce fut encore Edme Restif qui en donna l'exemple: ce travail est pénible à la charrue, & deviendrait trop coûteux, si on le fesait à bras d'Homme; outre que dans Un pays aussi peu fertile , il n'y avait pas de bras de reste. Edme Restif , pour né perdre pas un seul labour, mit la charrue dès k 6n de janvier , dans les terreins incultes & abandonnés qu'il voulait défricher ; & avec ce premier labour , il y sema de l'aveine. Ce grain y leva assés biemna \ is les^ mauvaises lierbes y crurent enplusgrande quantité. Que fesait cela ?

dcTTlonPlre. i%^

Edme se rroi^va ^uffisailtment déci<»nmagé de quelques jours de labour , par lex* cellent fourage que ces navales lui pro* dulsîrent. La terre un-peu ameublie par-^ là , recevant ensuite trois larbours con-* sécutifs , se trouvait en état d'être en* semencce en bled Pannée smvante. Si le terrain était couvert d'épines & de ge*»

nièvres , le préalable était de lés arracher : mais ce surcroît de travail n'était pas une perte, puisque^ ces mêmes bois fesaîentun excellent cKaufïàge pour le foui a cuire le pain. , . - >

Avec le caractère laborieux des Habîtans de Saci, ils ne demandaient quâ être instruits d^exemple : Us marchèrenc à Tenvi sur les pas d'Edme Restif , rou^ gîssant qu'un Etranger , à leur égard, eût .j)lus d'industrie qu'eux.

Mais ce n'était -là tout au plus que la moitié du travail à faire dans cette «Paroisse.. Edme s'âpetçuc bientôt quU y avait certaines coUises ;ibsolumeut iûr

xS4

La Fie

défriiéiables par leur pente trop raide. Ler Habitaiis fesaienc alors si peu de vin , que les anciens Seigneurs ^ en les chargeant de la dîme exorbitante de douze gerbes Tune» pour un si mauvais terroir , outre une gerbe par arpent , avaient négligé d'établir aucqn droit sur les vignes . (*)• JEdmond 6t i ^os dépens, l'essai de planter une partie de Tun de ces cqteaux non- labourables : sept ans de soifis & de dépenses suffirent i peine pour en faire une vigne ; mais enfin, elle produisit un vin excellent, qui n'avait d'autre défaut que

( * ) Ce sont les Evéque & Chanoines d'Auxcrre qui ont établi cette dîme : les Templiers ( & aujourd'hui TOrdre de Mahhe ) seigneurs en partie, ii*ont imposé d'autre droit sur leur ccnsbrey qu'environ six deniers par journal: Enfin.» la gerbe par arpent est une usurpation ; elle n*était imposée que sur les navales , & à payer une fois : c'était une sorte de prix de rhérîtage ; les Fermiers de TEvê^ue retendirent insensiblement à toutes les* années, comme à toutes I^ terres, ô; on la paiet

de^monFère. ï8y

d être trop tendre, c esc-à-dire piiâblé aubout de six mois , & ne pouvant se garder au-deUde txois ans ^ dans toute sa bonté.

A son imitation, le lâbàrieui Saxiaté

planta des coteaux incultes » & bientôt

le produit des vignes, absolument créé,

puisqu'il n'existait pas auparavant , sur-^

passa celui des terres. : Ce né fût cependant

pas l'ouvrage d'un jour : il falut environ

trente ans , pour donner â cette culture

le degré de perfection & de rapport quelle

P' aujourd'hui.

On reconnut bientôt que la vigne ne

durait guère que vingt ^ trente ans sur ce

terrrein.arid^e , & qu'il fàlait la renouveler

souvent. Edme Restiffut le premier à re-»

marquer. cet inconvétiient, &ilydiërdba

un remède. En diminuant les frirhes, on

avait augmenté les Bestiaux nécessaires à

la culture j devenus plus aisés , les Ha-

bitans s'étaient donné les utiles Animaux

qui adoucissent la vie y la^Yache, dou^

t26 La Vie

bkr ?nt productive, la Brèbîs-i-coîson ; U Cbèvre laitière': on avait besoin d'une assés gcande quantité de fourrage , &* par un retour profitable à l'Agriculture , cette consommation produisait une plus grande quantité d*engrais« Il y avait bien une excellente prairie dans le même valon où , estsitué le Village : mais alors une moitié ^eulenaent édstit d*un bon rapport. Edme songea au moyen de faire dans les vignes arraches, des prairies artificielles, qui devant durer sept à huit ans , reposeraient suffisamment la terre , pour la mettre ett état d'être replantée en vigne. La nature sneme du terrein lui indiqua la plante qu'il devait semer : il vit du sainfoin sur lé sonunet des collines , dans les endroits pà les 'pluies avaient laissé un peu de tenp* U sema donc cette plante montagnarde , en- ari^chant sa vigne , &: il eut la satisfaction de se procurer un exceU knt fourrage, sans perdre une seule anfl^e de produit.. L'usage s'en établit aussi*

de^jhon Pire. t&j^

t&t dans lepàys^ de injout^thrâ^ lonfu'in»

Honïme abaodonfie un&^eille vigne^ cm

ctît qa'il ÏA ^nîsô en. da uixéoitim La

pnomièce- aimée da prodoit de- ceiee

plante écatic Faible, on laisse aibsisuir les

tieax seps , qoi dédommagclnt par quel^

^uesraisiiM^ TBiver saivancon les coupé

pat le pied y ^ les tendres rejetons s«

mêlent avec 4e foin; de Tannée suivante j

donc ils a^gnientk qaand^. Lafauk

achève de les faire périn ^

Qnoiqu'ËdmeRescif ait' employé au^

moins trente ^ns i toutes les opérations

que |e décris ,^ |e les raporce de*suire ; 8c

patcéqa'eltes ont^une liaison emr'elles y Se

poiir n y plus reVenif* J'ai dit qu'il n'y

avait qu'une partie de l'excellente prairie de

Saci y qui fik d'ua bon ^appok. Cetti;'

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