‹ La vie de mon pèreChapitre 17 sur 33 · L APPARITION · texte numérisé non relu

L APPARITION

Mou fils, si VOUS ave^ perdu un père, voici le meilleur de tous. (Page 163.)

« et je le sens se fondre : si elle venait, je me trouverais « mal, je crois; mettez-moi à même de faire une visite à « notre digne ami : j'ai besoin d'épancher là mon cœur... « — Je ne vous entends pas. — En quelle église repose-t-il, « et à quelle marque pourrais-je reconnaître sa tombe? — « Ho! que me dites-vous là, Edmond! — Cher, très cher « Monsieur, je vous en conjure! — Remettons cela, re- « mettons cela. — Non, non, sil est possible, obligez- « moi. — Nous allons revenir, Madame, » dit M. Mole à Eugénie ; v< pendant notre absence, prévenez Madame « votre sœur; et s il est à propos que nous revenions, « envoyez-nous chercher à Saint-Roch ; nous serons tout « prés de la grille... v

Ils partirent. En chemin, Edme Restif fit une observation : — « Nos femmes de la campagne sont, pour la plu- « part, bonnes et vertueuses ; mais, je crois, mon très « digne Monsieur, que la femme par excellence n'est « qu'à Paris. Voyez ce langage, cette bonté, cette aisance. « jointe à une si aimable figure, a cette parure modeste « et seyante tout à la fois! Ha! que j'ai perdu!... Mais je s< ne méritais pas un si grand bonheur... Et puis, j ai « obéi à mon Dieu visible, à mon père : mais je révère à <\ l'égal celui que nous allons visiter... Cher et digne « homme! excellent cœur! vertueux et indulgent, il était y< parfait... O vénérable Pombelins! y

L'église était proche ; ils y entraient. ct)mme Edmond achevait ces mots. M. Mole le conduisit sur la tombe de leur vertueux ami, proche la grille d'une chapelle. Elle était sans inscription; il la lui montra. Edmond se pros-' terna aussitôt le cœur navré et colla son visage sur cette pierre; mais il s etîbrçait, à cause de son ami. de réprimer ses sanglots. Enfin, ne pouvant s'arracher de cet endroit, il supplia M. Mole de vouloir bien retourner chez Eugénie

et de l'envoyer avertir dans le cas où on ne jugerait pas à propos qu'il vit Rose.

Dès qu'il fut libre, il ne commanda plus à ses larmes ; et comme le temple était désert, il y joignit quelquefois de touchantes apostrophes au digne homme qu'il pleurait : — « Ame sainte et pure, » s'écriait-il, « du sein de « Dieu où tu es, jette sur ton ami un regard paternel! je « t'implore ; verse sur un pauvre cœur le baume salu « taire de la consolation! Ho! si tu étais vivant, ton seul « regard rendrait le repos à ton ami désolé !... »

Un vieillard respectable, ancien et digne ministre des autels, à ce qu'il parut par son discours, priait dans un coin obscur. 11 entendit Edmond. Il se lève, et vient auprès de lui. Au bruit de sa marche, Edmond se retourne ; frappé de son air et de sa chevelure vénérables, il s'incline devant lui. — « Mon fils, » lui dit le saint prêtre, « venez. « suivez-moi... J'approuve vos regrets, ils marquent la « droiture et bonté de votre âme, venez. »

Et il le conduisit au pied de maitre-autel. — « Mon fils. « si vous avez perdu un père, voici le meilleur de tous, « jetez-vous dans son sein; car je vous en crois digne et « sa divine miséricorde vous consolera. »

Edmond se prosterna, et le saint prêtre se tint debout. à côté de lui, en disant : Lcetatus siiin in bis quœ dicta sunt niibi; in domum Doniini ibimiis, etc. Après avoir récité le psaume entier, le vénérable vieillard se leva, embrassa Edmond, et se retira. Edme Restif se trouva tout consolé; mais voulant chercher des yeux son consolateur, il ne le vit plus ni ne l'entendit. Emu au delà de ce qu'on peut imaginer, il retourna sur la tombe de M. de Pombelins ; il bénit le Seigneur, et invoqua le digne homme qui v reposait, au lieu de s'affliger.

On vint l'avertir de la part d'Eugénie de revenir à la

maison. Il y avait environ une heure que Rose y était avec ses enfants; le mari d'Eugénie était revenu. C'était un aimable homme. Dès qu'on aperçut Edmond, M. Bourgeois alla au devant de lui, et le prenant par la main, comme s'ils se fussent connus, il lui dit : — « Je me féli- « cite, Monsieur, d'être de retour assez heureusement « pour vous faire les honneurs d'une maison, où j'entends « que vous soyez aussi maître que moi. » Et il présenta Edme à Rose, en lui disant : — « Ma sœur, voici un « homme que j'estimais longtemps avant que de l'avoir « vu. »

jYjme jg Varipon se leva, fit une profonde révérence à Edmond, et lui marqua elle-même sa place à côté d'elle. Ensuite, avant de lui dire un seul mot, elle lui montra ses deux enfants : — s\ Embrassez-les, » lui dit-elle... « Vous « voyez qu'ils sont aimables. — Chers enfants!... dit « Edmond, très chers enfants!...» Et il répéta cela plusieurs fois, sans rien ajouter. — « On m'a dit que vous en « aviez sept? — Oui,... Madame. — On dit que vous en « êtes content. — Oui, Madame, très content; c'est ma \< consolation. — Comme voilà la mienne » (montrant ses deux fils).

Durant ce commencement d'entretien, tout le monde s'était levé, de sorte que Rose et Edme se trouvèrent seuls avec les deux enfants.

— s< 'Vous étiez à l'église, à ce quOn ma dit. quand je « suis entrée? — Oui, Madame. — Cela est bien, Mon- « sieur? je vous reconnais là; vous ne l'avez pas oublié! « — L'oublier!... »

Ace mot, ses larmes coulèrent malgré lui. Rose porta son mouchoir à ses yeux, pour cacher les siennes.

— « Il y a douze ans que vous l'avez quitté. Il a parle >s de vous tous les jours. " {Edme, avec un tioiilouretix saii-

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