LA PUDEUR
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souffrit le moindre retard de la part de ses parents. Il se trompait : aussi est-ce dans la conduite qui va suivre, qu'Edmond a été un modèle parfait de piété filiale.
Pierre Restif, son père, n'était jamais sorti de sa province : il avait de la capitale, surtout, les idées les plus étranges; et malheureusement, il y avait été confirmé par la lettre que Mademoiselle Mole lui avait fait écrire, pour qu'il refusât son consentement au mariage projeté avec elle. 11 se cacha dans cette circonstance de M. l'avocat Restif, ami de M'= Mole.
Dès qu'on eut reçu à Nitry la lettre d'Edmond, accompagnée d'une autre de son procureur, on le crut perdu, trompé, victime de quelque arrangement honteux et déshonorant. Pierre, qui croyait son fils moins obéissant, et déjà corrompu, prit, pour le faire revenir sur-le-champ, un moyen qu'il regarda cependant comme immanquable : ce moyen l'était; maison n'en avait pas besoin, et peu s'en fallut que cet excès de précaution ne nuisit à son plan. Edmond, en apprenant quon le mandait pour recevoir les derniers soupirs de son père, s'évanouit, et son départ fut retardé d'un coche. On ne voulait pas même le laisser partir, qu'on n'eût écrit, et reçu réponse de M. l'avocat Restif. Le procureur, à qui sa fille avait avoué la lettre, depuis son mariage, avait quelques soupçons. Mais Edmond ne connaissait pas de retard en pareil cas. 11 partit mourant, mais comblé des amitiés de M. Pombelins, et regretté de Rose, à laquelle on lui permit d'écrire, en commandant à cette jeune personne de lui faire réponse.
Je m'arrête un instant : un nouvel ordre de choses va commencer.