CHAPITRE V
L’étoile du Messie.
Voici ce que dit par la bouche de Balaam l’esprit de prophétie : « Je le vois, mais pas encore; je le contemple,
« mais non de près. Voici qu’une étoile sort de Jacob, et a qu’un sceptre s’élève du milieu d’Israël, qui dissipera « les confins de Moab et brisera tous les enfants de Seth.»
( Nombres , ch. xxiv, 17.)
Ces paroles ont toujours été appliquées à la naissance de Jésus-Christ. Sur ce point, la tradition juive et la tradition chrétienne sont parfaitement d’accord : et les Pères de l’Église, Origène, Eusèbe, Cyprien, Jérôme, Augustin, Chrysostome, Théophylacte, donnent la main aux rabbins juifs. Aussi le Targura d’Onkelos interprète déjà les paroles citées plus haut de cette manière : Un roi sortira do Jacob, et le Messie sera oint du milieu d'Israël. Et Aben Esra avoue que beaucoup ont entendu ces paroles du Messie. A cette époque, le inonde obéissait en silence au sceptre romain , -
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et attendait les grands événements qui devaient s’accomplir. C'était un calme plein de pressentiments, comme celui qui précède et annonce ordinairement les grandes choses; c’était comme le sabbat de tous les peuples du monde. Un événement tel que celui qui allait s’accomplir ne devait-il pas en effet être annoncé de cette manière?
Dès les temps les plus reculés, les peuples de l’ancien inonde, conformément à certaines promesses, avaient rattaché leur attente d’un rédempteur divin au cours de certains cycles et à la fin de la grande année de Dieu , qui se composait pour eux de quatre mille trois cent vingt années lunaires. Cette révélation avait déjà été faite aux patriarches avant le déluge , et plus tard à Moïse : car la période sacrée du sabbat, ou du jubilé établi chez les Juifs, n’était qu'une image en petit de cette grande période. Chacun des autres peuples attribuait cette prophétie à ses propres prophètes : les Perses à Zoroastre, et les Chinois à Confucius, etc. De plus, l’Orient possédait des traditions merveilleuses, qui annonçaient l’apparition d’une étoile extraordinaire et de certaines constellations pour la fin de cette grande époque, et comme signes précurseurs de la venue du Sauveur du monde. Et ces traditions se sont conservées avec soin parmi les Juifs jusqu’à ces derniers temps. Et, loin de s’affaiblir en vieillissant, il semble, au contraire , que chaque siècle leur ait donné plus de vie et plus d’éclat, comme on peut s’en convaincre par les livres des rabbins.
A ces traditions s’en joignaient d’autres fournies par l’astronomie, qui annonçaient qu’on verrait apparaître, lors de la venue du Messie, les signes célestes qui avaient paru déjà à l’époque du grand déluge et à celle où le peuple
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hébreu fut tiré de l’Égypte sous la conduite de Moïse. De plus, les peuples de l’Orient et leurs prêtres, après la captivité des Juifs à Babylone et en Perse, avaient certainement connu la prophétie de Daniel, que Nabuchodonosor avait établi chef des mages de Babylone à cause de son habileté à interpréter les songes, et qui avait sous Darius le Mède gouverné pendant longtemps, comme premier ministre, les cent vingt satrapies du royaume, jusqu’à Cyrus le Perse. Nous ne devons donc pas être étonnés si ces mages rattachaient à la naissance du Sauveur l’apparition d’une étoile qui devait le précéder et l’annoncer.
11 paraît que Zoroastre avait prédit cette étoile. Jules l’Africain, saint Justin ( Apol. , 2, p. 82), Clément d’Alexandrie ( Strom ., 6, p. 636), Abulfaradsch ( Dynast ., 1.54), Scharistani et Salomon , évêque de Bassora, nous assurent qu’il avait prédit la naissance du Messie. Si la forme ici est apocryphe, le fond ne l’est pas pour cela.
Cette étoile était aussi annoncée dans un vieux livre inti-
tulé : Livre de Seth , qui se trouvait chez un peuple de l’Orient situé au delà de l’Océan , et qui contenait les révélations astronomiques des patriarches, dont Josèphe luimême fait mention (Antiq., 1). Elle devait avoir la forme d’un enfant portant une croix dans sa main. Et selon l’auteur du livre intitulé : Opus imperfection in Matthœum , homil. 2 , qui se trouve parmi les œuvres de saint Chrysostome , cette étoile apparut aux mages sous la forme d’un petit enfant qui avait au-dessus de lui quelque chose de ressemblant à une croix.
. Nous lisons dans le testament des douze patriarches , comme une prophétie de Lévi , ces paroles : a La lumière « du nouveau grand prêtre et la lumière de la science
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* luira au ciel. » Et saint Jérôme, expliquant le ch. n de saint Matthieu, dit : « En Orient brillera l’étoile dont « Balaam a connu la future apparition par des calculs « astronomiques; Balaam, dont ces mages n’élaient que « les successeurs. » Nous verrons bientôt quelle sensation ‘ profonde produisit dans tout l’univers l’apparition de cette étoile merveilleuse.
Les Chinois remarquent dans leurs tables astronomiques qu une nouvelle étoile était apparue à une époque qui , d’après Fouquet, coïnciderait avec la quatrième année (ou plutôt avec la cinquième ou sixième) avant notre ère, et que cette étoile est restée dans le ciel pendant plus de soixante-dix jours. Les Indiens parlent aussi d’une étoile qui avait paru à la fin de leur période sacrée , qui comprenait 4320 années lunaires. Or cette époque coïncide parfaitement avec celle de la naissance de Jésus-Christ.
Une étoile annonça aussi aux peuples de l’Occident la fin des temps anciens et le commencement d’un nouveau siècle , avec la naissance d’un grand roi vainqueur de l’univers. Malheureusement la partie de l’ouvrage de Dion Cassius qui comprenait l’époque depuis le consulat d’Antistius et deBalbus, en 748, jusqu’à celui de Messala et de Cinna, en 758, n’existe plus, ou n’est arrivée jusqu’à nous que très-incomplète. MaisCelse, cet ennemi acharné des chrétiens , avait appris de la bouche de son Juif la tradition défigurée de la visite des mages , comme Origène nous le rapporte dans ses livres contre lui (1. 1, ch. 58.)
Chalcidius , platonicien , qui vivait au commencement du ive siècle , et était païen , comme le prouvent ses écrits , nous a laissé dans son commentaire sur le Timée de Platon un passage remarquable. « Il y a, dit-il, une autre his-
« toire, plus sainte et plus digne d’attention, qui annonce <( qu’une étoile apparut pour annoncer à l’humanité non « la maladie et la mort, mais la venue d’une divinité vête nérable, qui devait sauver les hommes. Les Chaldéens, « hommes vraiment savants et exercés dans l’étude des « astres, ayant observé cette étoile pendant qu’ils voyait geaient la nuit, doivent s’être mis aussitôt en marche « pour chercher le Dieu nouvellement né , et l’ayant « trouvé, ils lui ont présenté leurs hommages et leurs « sacrifices comme il convenait à un tel Dieu. » (Part. 2, eh. 7, § 12H, p. 219.) Un philosophe anonyme de la même école, dont il existe dans les bibliothèques un dialogue intitulé : Hermippus, de Astrologia, parle d’une étoile qui avait annoncé aux mages la naissance du Dieu Verbe. Et les chants des Sibylles, composés dès les premiers siècles de notre ère, contiennent ces paroles à la fin du huitième livre : « Le ciel et la terre se réjouirent à la « naissance de l’enfant, le trône sourit et le monde fut « dans la joie , et les sages de l’Orient s’inclinèrent devant « la nouvelle étoile présage de ce bonheur. »
Les traditions juives annonçaient aussi que le Seigneur des armées enverrait devant son Christ une étoile qui ferait pâlir tous les astres du firmament, et absorberait les soixante -dix planètes qui président aux diverses nations de l’univers; une étoile devant laquelle le soleil et la lune s’inclineraient, comme .Joseph les vit en songe s’incliner devant lui. Ces traditions se trouvent confirmées dans l’Évangile apocryphe de saint Jacques, dans les écrits de saint Justin martyr, et dans la lettre de saint Ignace aux Éphésiens. Quoique le peuple de Dieu n'ait pas rendu un témoignage public de l’accomplissement de cette ancienne
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prophétie, les astronomes juifs n’ignoraient pas cependant ces calculs astronomiques dont parle saint Jérôme, et ils savaient qu’ils convergeaient tous vers la naissance du Christ comme vers leur terme. C’est pour cela qu’Hérode trembla, et toute la ville de Jérusalem avec lui, quand il apprit des mages l’époque précise où leur avait apparu l’étoile qui avait guidé leur marche. Car il ne pouvait s’en dissimuler la signification mystérieuse, d’autant plus que les pharisiens, à qui l’on attribuait le don de prophétie, lui avaient prédit la chute de son trône, comme nous le rapporte Josèphe. ( Antiq ., 17, 2.) Et lorsque plus tard ces mêmes pharisiens demandaient à Jésus un signe dans le ciel comme témoignage de sa mission divine, ils avaient évidemment dans l’esprit l’étoile du Messie, cette étoile qui doit annoncer au monde le second avènement de Jésus -Christ au jugement dernier, comme l’Évangile nous l’apprend par ces paroles : « Alors paraîtra dans le « firmament le signe du Fils de l’homme. » (Matth., ch. xxiv, v. 30.)
Philon , contemporain de Jésus-Christ, nous montre jus-
qu a quel point cette attente de l’étoile qui devait annoncer le Messie était générale et profonde. En effet, frappé d’un phénomène céleste qui apparut de son temps, il prédit que les Juifs, s’ils faisaient pénitence, se réuniraient de toutes les parties du monde en un seul lieu : prédiction qui s’était en partie réalisée déjà, lorsqu’à l’apparition de rétoile mystérieuse les Juifs se rassemblèrent à Jérusalem de toutes les contrées de la Palestine, comme nous le verrons plus bas. Lorsque plus tard, sous Adrien, les Juifs, tentant un dernier effort, sc révoltèrent contre l’empire , ils saluèrent du nom de Fils de l'Étoile Barco-
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c hé bas, le chef qu’ils s'étaient donné et qu’ils regardaient comme le Messie. Le prophète de la Mecque, pour répondre aux exigences des prophéties et en montrer en lui raccomplissement, donna comme signe et présage de sa mission la comète de Halle, qui s’était rapprochée de la terre en 612, peu de temps avant l'apparition de Mahomet.
L’étoile de Jacob avait lui : c’était le Christ, cette brillante étoile de l’Orient, comme l’appelle l’Apocalypse, ch. xxii, v. 16. Mais une grande partie du peuple juif ne reconnut point son vrai Messie, et n’obtint point par conséquent sa délivrance. Ils se consolèrent dans l'attente d’un accomplissement plus tardif des prophéties; et dans leur dispersion ils emportèrent avec eux celle qui annonçait qu’ils seraient délivrés du joug d’Édom lorsque la constellation d’Israël se lèverait dans le signe des Poissons. L’astrologie des rabbins s’empara de cette prédiction , et en fit l’objet continuel de ses spéculations, fournissant ainsi, quoique d’une manière indirecte, un témoignage remarquable de l’apparition réelle, au jour de la naissance du Christ, de cette étoile mystérieuse promise depuis si longtemps.
Le Sohar, un des livres juifs les plus anciens et les plus remarquables au point de vue métaphysique , où l’on trouve tant de choses frappantes sur le Messie, le Sohar, qui dans la théosophie juive occupe le même rang que les écrits de Jacob Bohme chez les Allemands; qui, soit pour le contenu , soit pour le langage, remonte jusqu'aux temps qui ont suivi immédiatement celui des apôtres, et qui par conséquent se trouve contemporain des écrits d’Hermas et de Barnabé ; le Sohar, que la tradition juive attribue à
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Simon ben Jocbai, disciple du rabbin Akiba , qui avait été *e porte-épée et le vizir de Barcochébas , et lui avait donné le titre de Messie; le Sohar nous offre un grand nombre de passages remarquables sur le sujet qui nous occupe.
Nous ne voulons point ici défendre l’astrologie et la signification qu elle prétend donner à l’étoile du Messie : nous voulons seulement faire remarquer l’importance historique de ces témoignages, comparés avec le fait de l'apparition des mages sous la conduite d’une étoile miraculeuse. Tout le monde sait que le culte du sabéisme attachait un élément prophétique aux astres, de meme que le culte de la nature l’attachait aux oracles. Pour l’antiquité, l’astronomie et l’astrologie étaient une seule et même chose. Les anciens, quoique la terre ne soit qu’une planète , savaient cependant reconnaître en elle cette importance et cette position centrale en quelque sorte que Dieu lui a donnée. Ils se représentaient les corps célestes du système solaire tout entier comme mis par la main de Dieu lui-même dans un accord harmonique et dans un rapport intime avec notre terre. De même que, dans la nature physique, le jour et la nuit, les années et leurs raisons sont réglés dans les cieux par les astres, et que, selon l’expression d’Aristote, tout ce monde sublunaire se trouve entraîné uniformément par les mouvements du ciel; ainsi, aux yeux des anciens, chaque événement moral et important qui s’accomplit sur notre planète est <enti, pour ainsi dire, et présagé par les autres mondes, et il se réfléchit comme en un miroir dans ces sphères situées à des distances incalculables au-dessus de nous : car la terre était pour eux le centre moral de l’univers tout entier. Le plus grand de tous les événements, je veux
dire la rédemption de l'humanité déchue, devait donc s'accorder aussi avec la période du plus grand développement des sphères célestes. Non que les constellations soient la cause des événements qui s'accomplissent sur la terre , comme on l'a cru plus tard, mais parce que la Providence divine, cause souveraine des événements dont se compose l’histoire, manifestant sa gloire dans les astres qu'elle a suspendus au firmament, a voulu y tracer en caractères lisibles pour nous ses plans divins, envoyant les comètes comme des présages de mort , ou annonçant par d’autres signes célestes les grands événements de ce monde, tels que la destruction de Jérusalem, par exemple. Et ces astronomes des temps anciens s'étaient élevés dans leur science à un point de vue bien plus haut que la plupart de nos astronomes modernes, qui croient cependant surpasser de beaucoup les premiers, mais qui, ayant perdu toute idée sublime, ne voient plus la terre que comme un point insignifiant dans l'espace, qui ne vaut pas la peine que Dieu s'en occupe.
Lorsqu'en 1604 les astronomes observèrent la conjonction des trois planètes, Saturne, Jupiter et Mars, une nouvelle étoile apparut tout à coup entre Mars et Saturne, au pied du Serpentaire. Cette étoile avait la grandeur des étoiles fixes, presque celle de Jupiter, ou de Saturne, ou de Mars ; elle brillait avec cela d'un éclat extraordinaire , et semblait inonder le ciel d'une lumière colorée. Cette conjonction présentait un magnifique spectacle; aucun astre ne donnait un éclat comparable à celui des deux premières planètes , si proches l'une de l’autre que leur lumière semblait n’en faire qu'une. Leur conjonction s'était faite l'an 1603 dans le signe des Poissons, et par con-
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séquent dans le trigone de l’eau. Puis, lorsqu’elle passa dans le trigone de feu du Bélier, au printemps suivant , Mars approcha à son tour, puis le Soleil, Mercure et Vénus; et au mois de septembre ce nouveau corps lumineux avait acquis un éclat vraiment extraordinaire : il brillait comme une étoile de première classe, avec les trois planètes Saturne, Jupiter et Mars. Puis, s’éloignant peu à peu pendant une année entière, son éclat diminua tous les jours, de sorte qu’au mois d’octobre 1605 il était à peine visible, et qu’au mois de mars 1606 toute trace de son passage avait disparu. Kepler écrivit alors un livre sous le litre de : de nova Stella in pede Serpentarii , et qui $ub ejus eæortum de novo iniit, trigono igneo. (Pragæ 1606.)
Les astrologues , qui ont toujours regardé ces sortes de constellations comme très - importantes , ont, à cause d’elles, divisé les signes du zodiaque en quatre trigones ou triangles, dont chacun contient trois de ces signes sous des noms arbitraires. Ainsi le Bélier, le Lion et le Sagittaire occupent le trigone de feu ; le Taureau , la Vierge et le Capricorne occupent le trigone terrestre; celui de l’air renferme les Jumeaux, la Balance et le Verseau; enfin le trigone de l’eau est occupé par l’Écrevisse, le Scorpion et les Poissons. De plus, ils ont partagé les deux hémisphères en deçà et au delà de la zone en vingt -quatre constellations, de sorte que toute la voûte céleste fut divisée en trente-six constellations, répondant aux degrés de la terre , qui sont au nombre de dix fois trente-six.
Saturne et Jupiter entrent en conjonction tous les vingt ans, passent dans une autre trigone tous les deux cenls ans; mais ils mettent sept cent quatre-vingt-quatorze ans quatre mois et douze jours à parcourir le zodiaque entier,
pour revenir au même trigone dans l’ordre primitif. Les conjonctions qui ont lieu dans le trigone de feu, après chaque période de près de huit cents ans, ont toujours eu pour les astrologues une importance particulière. Kepler* qui vivait l’an du monde 5600, comme on comptait alors , partagea le temps en sept grandes périodes de huit cents ans, après chacune desquelles Je retour du trigone de feu commençait un nouveau cycle et une nouvelle période; et chacune de ces périodes est comme une année climatérique de la terre et de la vie de l’humanité.
Avec Adam, quatre mille ans avant Jésus -Christ, le premier âge commence, et finit avec Enoch, trois mille deux cents ans avant Jésus-Christ. Enoch commence le second âge , qui finit au déluge, environ deux mille quatre cents ans avant Jésus-Christ. En effet, les annales astronomiques les plus anciennes des Chinois font mention de cette conjonction remarquable des planètes deux mille quatre cent quarante-neuf ans avant Jésus-Christ, vers le temps où a commencé le grand déluge. Avec Noé commence la troisième période, qui va jusqu’au temps de Moïse, mille six cents avant Jésus -Christ. Le quatrième jour climatérique du monde commence à la sortie d’Égypte , et va jusqu’au temps oii commence l’ère des Grecs, des Babyloniens et des Romains, à l’époque environ où vivait Isaïe, qui ouvre la cinquième période, huit cents ans avant Jésus-Christ. Jésus-Christ enfin apparaît au commencement du sixième jour du monde, comme le second Adam, dans l'histoire de l’humanité. La première période des temps modernes finit à Charlemagne, huit cents ans après Jésus-Christ. La seconde, pendant laquelle Kepler a vécu, finit au siècle de la prétendue réforme, mille six
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cents ans après Jésus-Christ. Et ce grand homme , à la vue des malheurs de son époque, jetant un regard inquiet sur la fin de la troisième période, qui commençait alors et devait finir deux mille quatre cents ans après le Christ , s’écriait avec l’accent d’une profonde tristesse : « Où « serons-nous alors, nous et notre Allemagne, naguère « si florissante? Quels seront nos successeurs? Et garde - « ront-ils de nous un souvenir? »
Lorsque l’Évangile nous raconte qu’une étoile apparut aux mages à l’époque de la naissance de Jésus -Christ, pouvons- nous reconnaître dans ce fait une combinaison astronomique du genre de celle dont il vient d’être parlé? Et cette étoile est- elle un effet de cette combinaison? Ce qu'il y a de certain , c’est que le mot grec employé par saint Matthieu signifie dans la langue grecque aussi bien une étoile qu’une constellation, ou une conjonction de plusieurs planètes. 11 indique aussi quelquefois un météore igné, comme dans V Iliade d’Homère (1. 4, vers 75). Mais le mot dont se sont servis les évangélistes comportet-il vraiment le double sens d’étoile lumineuse et de constellation? Et les anciennes traditions, qui annonçaient une grande constellation aux jours du roi Messie, sontelles dans la bouche des rabbins une parole prophétique , que le passé nous renvoie comme un écho , et qui s’est vraiment accomplie à la naissance de Jésus-Christ? C’est là un problème que doivent éclaircir des calculs astronomiques parfaitement exacts, et dont la solution doit élever à l’état de certitude entière la conjonction planétaire dont fi s'agit ici.