CHAPITRE VI
Suite du môme sujet.
Sans rien pressentir encore des traditions sur lesquelles Münter, après Sommer et Schottgen, appela l’attention des savants, Kepler, le premier, saisit le véritable sens de l’étoile des mages, et, mesurant d'après des lois astronomiques le point du temps où ce signe apparut au ciel, s’en servit aussitôt pour établir l’année précise de la naissance du Sauveur. Il publia à ce sujet un écrit : de Jcsu Christi servatoris nostri vero anno natalitio (Francof., i 606), où il se décide pour l’année 748 depuis la fondation de Rome. Le savant chronologisteSéthusCalvisius, ayant attaqué scs calculs dans un livre qu’il publia à Leipzig, 1613 , sous le titre de : de Vero nativitatis Christi anno . Epistola ad J . Keplerum , Kepler lui répondit par un second ouvrage : de Vero anno quo æternus Dei Filius humanam naturam in utero benedictæVirginis Mariœ assumpsit (Francof. , 1614), où il traita ce sujet avec encore plus de développement. Prenant pour guide cet illustre savant, nous exposerons ici avec une pleine confiance les calculs qui établissent l’apparition de cette grande constellation et du corps lumineux qui l’accompagna dans les jours du roi Hérode, afin de voir si nous pourrons y reconnaître l’étoile des mages, qui précéda et annonça la naissance du Sauveur.
Les tables astronomiques pruténiennes, dont se servaient Kepler, démontrent , d’après les lois du mouvement céleste, qu’une triple conjonction des deux planètes Saturne
l’étoile du messie.
et Jupiter eut lieu Tan de Rome 747, aux mois de juin, août et décembre. D’après ces tables, dans l’année julienne 39, c’est-à-dire en 747, vers le 22 juin, Saturne et Jupiter entrèrent d’abord en conjonction dans le 23e degré des Poissons. Ces deux planètes restèrent stationnaires , de sorte que Jupiter ne précéda que très-peu de temps Saturne. Elles rétrogradèrent dans le mois d’août, et Jupiter revint vers Saturne dans le 21e degré des Poissons; puis il l'atteignit une troisième fois, le 3 décembre, dans le 17e degré des Poissons. L’année suivante. Mars vint à son tour, atteignit Jupiter entre le 20e et le 30e degré des Poissons, puis Saturne dans le commencement du Bélier, par conséquent déjà dans le trigone de feu. Après Mars vint le Soleil, qui avait été le 22 juin dans le 3° degré avant le commencement de l’Écrevisse, par conséquent dans le 27e degré des Jumeaux; et avec le Soleil vinrent Mercure et Vénus. Cette conjonction dura de cette manière pendant les mois de mars, avril et mai de l’année julienne 40, ou 748 de Rome.
Kepler dit à ce sujet : « Cette conjonction si rare des « trois planètes, Saturne, Jupiter et Mars, dans une con- « trée du zodiaque si féconde en signification, éveilla « l’attention des mages , d’autant plus que ce phénomène « paraît avoir été accompagné de l’apparition d’une étoile « extraordinaire. Or, en admettant que cette nouvelle
* étoile fût venue d’abord , non-seulement dans le temps « ou Saturne et Jupiter étaient près l’un de l’autre, c’est- « à-dire au mois de juin 747, mais encore dans le même
* lieu où étaient ces planètes, comme ce fait est arrivé e d’une manière merveilleuse à notre époque (1603, 4 « et 5), les Chaldéens ne devaient- ils pas, d’après les
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« règles de leur art, encore en vigueur alors, conclure « qu’un grand événement s’était accompli? »
Si nous prenons avec Ideler (vol. Il, p. 406) les tables de Jupiter et de Saturne par Delambre , bien plus exactes que les précédentes, et si nous les appliquons à notre calcul, elles nous donnent les résultats suivants. Ces deux planètes vinrent l’an 747 pour la première fois en conjonction, le 22 mai dans le 20° degré des Poissons. Elles étaient alors à l’orient avant le lever du soleil , et n’étaient éloignées l’une de l’autre que d’un degré. Jupiter passa devant Saturne un peu au nord. Vers le milieu de septembre, elles vinrent en opposition avec le soleil au sud, vers minuit, Saturne le 13, et Jupiter le 15 de ce mois. Elles étaient alors à un degré et demi de longitude de distance. Toutes les deux rétrogradèrent et seraprochèrent de nouveau. Au 27 octobre une seconde conjonction eut lieu dans le 16e degré des Poissons, et une troisième dans le 15e degré du même signe eut lieu le 12 novembre, où Jupiter se dirigea de nouveau vers l’est. Dans les deux dernières conjonctions, les planètes étaient à peine éloignées l’une de l’autre d’un degré de latitude; de sorte que, pour un œil faible, l’une des deux planètes était presque entrée dans l’orbe de l’autre, et que les deux par conséquent pouvaient sembler n’ètre qu’une seule étoile.
Ces observations sont confirmées par le professeur Schuhmacher de Copenhague. « L’an 6 avant notre ère, « dit-il, ou l’an 7 d’après le calcul ordinaire, vers la fin « du mois d’août, une conjonction héliocentrique de Ju- « piter et de Saturne eut lieu; mais les mages n’avaient « pu l’observer. Dans la même année 747, trois conjonc- « lions de Jupiter et de Saturne furent observées sur la
l’étoile du messie.
« terre : la première vers la fin de mai ; la seconde vers « la fin d’août, très -près de la conjonction héliocentri- § que; la troisième vers Noël, et toutes les trois dans le « signe des Poissons. Ces planètes n’étaient pas même « distantes d’un degré l’une de l’autre dans les trois con- 5 jonctions : elles étaient, comme l’on voit, très-rappro- 0 chées. La conjonction de ces deux planètes, et leur
* opposition à l’égard du soleil, avait déjà paru si remar- « quable à l’antiquité que les astronomes et les astrologues
* anciens, particulièrement les orientaux, l’avaient ap- « pelée du nom de grande constellation ou de grande «étoile, comme l’astronome Th. Schubert de Saint- « Pétersbourg le remarque; et il pense que c’est de cette
* manière que l’on doit se représenter l’étoile des mages. « Au reste, Pierre d’Ailly et Jérôme Cardan, grands ma- « thématiciens l’un et l’autre, sont les premiers, que je 8 sache, qui aient vu dans cette étoile des mages un corps
* céleste et distinct. » On peut encore consultera ce sujet un écrit très-remarquable du professeur PfafT d’Erlangen , imprimé à Bamberg en 1821, sous le titre de : La lumière
fa diverses contrées de V univers, avec une dissertation sur b conjonction des planètes et sur V étoile des trois mages.
la chronologie n’est dans sa partie essentielle que l’astronomie appliquée : c’est pour cela que nous avons confié celle-ci , et cherché par des calculs astronomiques à i'ien connaître l’étoile du Messie et l’époque de son apparition. Ces recherches nous ont conduit à cette conclura : que l’étoile des mages n’était ni une comète ni un météore égaré dans les cieux , mais qu’elle était la grande constellation, la grande étoile des Orientaux, la triple conjonction dans le signe des Poissons des deux plus
grandes planètes, Jupiter et Saturne; que ces trois conjonctions ont eu lieu l’an de Rome 747, la première dans le mois de mai, la seconde dans le mois d’août, et la troisième dans le mois de décembre vers Noël et l’Épiphanie ; que cette triple conjonction a été accompagnée de l’apparition d’un corps lumineux extraordinaire, ayant un éclat semblable à celui des étoiles fixes, et que ce corps lumineux était le résultat de cette constellation si remarquable. Puis Mars, déjà près du signe du Bélier, et après lui le Soleil, Mercure et Vénus étant venus à leur tour dans le trigone de feu, il en résulta dans le mois de mai 748 une combinaison de presque toutes les planètes au ciel, formant en quelque sorte un seul corps composé de sept corps lumineux et une pléiade brillant d’un éclat extraordinaire et mystérieux.
C’est là le mystère des sept étoiles que le Fils de l’homme tient dans sa main droite, au milieu des sept chandeliers d’or, comme il est écrit dans l’Apocalypse (ch. i, vers. 16; ch. ii, vers. i). C’est à cette constellation des mages que se rattachait l’attente du second sauveur de la nation et du Messie des peuples. Cette première conjonction dans l’Orient attira l’attention des mages et les remplit de joie ; car ils étaient préparés à son apparition. Ils connaissaient depuis longtemps ces prophéties répandues dans tout l’Orient, comme Tacite et Suétone nous l’apprennent, et qui annonçaient qu’un sauveur sortirait de la Judée , et qu’une étoile précéderait sa venue.
Mais quels sont ces mages? Quelle est leur patrie et leur origine? Mog, Mage est un mot pehlvi qui signifie prêtre , serviteur du feu , prêtre de la lumière ou cabire. C’est l’interprétation que lui donnent tous les anciens
l’étoile du messie.
auteurs, comme Ptolémée, Porphyre, Apulée, Hésychius, Dion Chrysostorae et Suidas. Le siège primitif des mages était la Médie, cette contrée sacef dotale de Madaï. C’est là, au rapport d’Hérodote (1,101), qu’ils fondèrent une des six castes du peuple conquérant, semblable aux Chaidéens de Babylone, ou aux Lévites chez les Juifs jusqu’à ce qu’ils fussent transportés en Perse et à Babylone par les rois perses. Les mages sont donc des savants, des sages, des astronomes de la caste sacerdotale des Mèdes et des Perses. Il est certain , d’un côté, que ces mages primitifs n'étaient indigènes que dans le pays d’Iran, comme nous rapprennent Hérodote (126), Platon, Cicéron, Strabon et tous les anciens. D’un autre côté, ceux qui vinrent près de la crèche de Jésus n’étaient ni des magiciens, comme Simon de Samarie ou Êlvmas d’Arabie, ni des Juifs de Babylone, ni des marchands faisant le commerce de l’or, de l'encens et de la myrrhe. Nous pouvons connaître, et leur origine, et le pays qu’ils ont parcouru pour aller à Bethléem par le témoignage des premiers Pères de l’Église. Clément et Cyrille d'Alexandrie, saint Chrvsostome, saint Basile, Théophylacte, Théodore!, le poète Juvencos, etc., qui ont été suivis par la plus grande partie des anciens et des nouveaux interprètes, lesfont venir d’Orient. Celse, cité par Origène, saint Jérôme, saint Augustin, saint Paulin, Chalcidius le platonicien, etc. , suivant la môme idée, les font venir de Chaldée, et d’autres, de Mésopotamie, oii par la suite les rois d’Abiabènc avaient embrassé la religion mosaïque.
Voici ce que la tradition des Perses nous apprend sur les mages. Hom ou Heomo, prophète de la première tribu au temps de Dschemschid, fonda leur sacerdoce.
Celui-ci, par conséquent, remonte avec ses traditions jusqu’à Dschemschid, qui est probablement Sera luimême. C’est lui, le sage dominateur des Poriodekescham , qui a réuni le premier dans une caste particulière les caturians ou les prêtres qui contemplent le ciel sur les montagnes. Zoroastre les réforma et rétablit leur ancienne constitution. A l’orient des régions de la lumière, dans la terre de Balkh , ou dans la Bactriane (Bacther en persan signifie orient), aux limites de la terre de Mugian , le pays des mages, en deçà du Gihon, au centre de la chaîne des montagnes, s’élève le mont sacré Albordi, sur lequel, d’après une tradition des habitants, l’arche se reposa, et d’où la nouvelle race se répandit par toute la terre. Sur le sommet de ce mont, illuminé par le feu tombé du ciel, Zoroastre, apres s’être, à l’âge de trente ans, retiré de la compagnie des hommes pour se livrer à l’étude de la sagesse , Zoroastre reçut d’Ormuzd la parole vivante de la révélation ou l’Avesta. C’est là que celui qui s’appelle Étoile d*or a prédit l’étoile céleste qui doit annoncer la venue du Sauveur, et qu’il a consacré à Mithra une caverne qui, selon Porphyre, était une image abrégée du monde. Là se retirèrent, après sa mort, des membres de la tribu des mages, pour garder en ce saint lieu le feu céleste et scruter le cours des temps en contemplant les astres.
Écoutons maintenant la tradition de l’Orient telle que l’Occident l’a reçue dans les écrits de saint Acon au temps des croisades. Sur le Vaus, en grec Paos, en sanscrit Bhas, la montagne de la lumière, ou, comme on lit au livre de Seth, la montagne de la victoire, un de ces monts symboliques nommés Albors, qui, d’après les traditions des peuples , n’ont point été souillés par les flots du déluge ,
l’étoile 1)U messie.
ou que les eaux ont quittés les premiers , derrière et près de la terre des Indes, habitait une tribu royale de mages, à peu près comme sur le mont Carmel l’école de prophètes fondée par Ëlie. Ces mages, ayant connu les livres saints des Juifs après la captivité de ceux-ci , s’étaient appliqués à la considération des choses divines, et avaient conservé avec soin une ancienne tradition qui annonçait qu’une étoile leur apparaîtrait dans les derniers temps, et les conduirait à la connaissance du Dieu qui est la vraie lumière. Pour cela, tous les ans, dans un certain jour de l’année, ils se rassemblaient sur le sommet de la montagne pour chercher cette étoile merveilleuse dans la contrée du ciel qui avait un rapport particulier à la Judée. Melcbior appartenait à cette tribu royale de la montagne. Lorsque enfin la nouvelle étoile leur apparut sous la forme d'un enfant, et ayant au-dessus d’elle le signe de la croix, une voix céleste retentit à leurs oreilles, leur disant : « Aujourd’hui descend sur la terre le roi des Juifs, « qui est l’attente et le dominateur des païens ; mettez- « vous en route pour le chercher et l’adorer.
La sainte Écriture ne détermine ni le nombre de ces prêtres rois* ni le pays d’où ils venaient. Une tradition apocryphe de la plus haute antiquité, dont saint Augustin et saint Chrysostome font mention, en compte douze. Cependant l’Église, suivant en cela saint Léon le Grand et le Vénérable Bède, n’en reconnaît que trois comme chefs et conducteurs de la troupe entière. Ce nombre a tout à la fois rapport, et aux trois présents qu’ils apportaient au Messie, et aux trois branches de l’humanité qu’ils représentaient au pied de la crèche du Sauveur. Les descendants de Sem y étaient représentés par Melchior, ceux de
Cham par Gaspard, et ceux de Japhet par Balthazar.
Les prêtres égyptiens étaient primitivement partagés en trois classes. Dans l’Inde également les brachmanes étaient, dès les temps les plus reculés, divisés en trois degrés hiérarchiques, dont chacun avait à sa tête un grand prêtre. Les prêtres seuls du premier rang pouvaient lire et interpréter les Védas; ceux du second rang avaient l’intendance des vases sacrés, et portaient dans les processions solennelles les pagodes avec les images des dieux , comme ils portaient en Égypte les offrandes et les pains qui devaient être exposés. Ceux du troisième rang étaient occupés dans les temples aux fonctions inférieures, et ils avaient des bâtons comme signe extérieur de la classe à laquelle ils appartenaient. Nous trouvons une division analogue chez les Juifs dans les docteurs, les prêtres et les pharisiens ou gardiens des saintes traditions, et plus encore dans les évêques, les prêtres et les diacres de l’Église chrétienne. Zoroastre avait aussi partagé l’ordre des mages en trois classes, et prescrit la manière de vivre, les connaissances, les droits et les occupations de chacune d’elles. La première classe comprenait les plus sages, qui ne vivraient que de fruits et de légumes : ils s’appelaient les docteurs parfaits (Destur-Mobed). Puis venaient les docteurs ou muftis (Mobed); enfin les disciples (Herbed). Eubulus, cité par Porphyre et par saint Jérôme , fait déjà mention de ces trois degrés du sacerdoce parse. Les livres du Zend en font une mention expresse; et cette classification dure encore aujourd’hui parmi les Guèbrcs et les Parses, dans les pays de Kirman et de Surate.
Les mages étaient donc avant tout prêtres, puis docteurs, astrologues, observateurs de la nature et médecins
l’étoile du messie.
da royaume; et par suite ils étaient aussi les conseillers habituels des rois, les instituteurs des princes, et exerçaient en cette qualité une grande influence dans les affaires de l’État. Pythagore avait été leur disciple, comme Je reconnaissait toute l’antiquité; Démocrite d’Abdère avait aussi reçu leur enseignement. Ce n’était donc pas sans raison que l’antiquité plaçait en Orient la source de la sagesse qui avait illustré ses grands hommes. Ce sont aussi ces mêmes sages qui sont les premiers témoins du Verbe manifesté dans la chair, qui les premiers arrivent du fond de l’Orient avec leur troupe pour adorer le Dieu qui s’est révélé d’abord dans la création, et duquel Zoroastre rend des témoignages prophétiques si nombreux dans tous les écrits qui nous sont restés de lui. Les mages ont été appelés rots par la tradition , parce qu’on leur a appliqué littéralement la prophétie d’Isaïe ch. lx, v. 3, et du psaume lxii, v. 10, qui annonçait qu’un jour les rois de tous les peuples tomberaient aux pieds de l’oint du Seigneur pour l’adorer; et parce que, d’un autre côté, ils vinrent à Bethléem au nom et comme envoyés du roi. C’est l’opinion de Hyde, et une tradition des livres sacrés des indiens. Nous ne devons donc pas être étonnés lorsque Cicéron (liv 3, de Natura Deorum) et Philon, contemporain de Jésus-Christ (de Spécial, leg ., p. 792), nous disent, à propos des mages, que la vraie magie, cette science spéculative qui nous permet de plonger nos regards dans les œuvres de la natuie, est quelque chose de si noble et de si digne de tous nos efforts, que non-seulement des particuliers, mais même des rois, et les plus grands de tous les rois, ceux des Perses, se font un honneur de l’étudier, et que chez ce peuple aucun ne par-
vient à la dignité royale s’il n’est devenu mage d’abord.
Dès les temps les plus anciens du royaume de Chine , l’empereur, au temps de la nouvelle lune, montait dans l’observatoire et fêtait religieusement l’accomplissement du petit cycle qui venait de s’écouler, et qui était la figure et comme le prélude de cette grande période sacrée de l’année prophétique de Dieu que les peuples attendaient. Nous lisons aussi que Darius Hvstaspe, sous le gouvernement duquel vivait Zoroastre le jeune, s’occupait de l’astrologie, et se glorifiait d’enseigner lui -même les mages.