VOCATION DE SAINT MATTHIEU
les vaisseaux ; et tout ce qui était apporté au marché devait payer un impôt. C’est là qu’était assis Matthieu, le publicain. Quiconque avait payé l’impôt exigé recevait une
marque qui portait deux notes. Probablement on exigeait une carte semblable de ceux qui embarquaient ou qui dél>arquaient les marchandises. Or les publicains ou les douaniers étaient alors ce qu’ils sont encore aujourd’hui. On les trouvait partout sur les ports, sur les ponts : partout il fallait payer. Toutes ces tracasseries, introduites par les Romains, étaient extrêmement à charge au peuple.
Outre cela, il y avait encore les percepteurs d’impôts, et même les maîtres du trésor, qui déterminaient la valeur des biens de chaque individu, et établissaient sur cette base là côte des impôts qu’il devait payer. Ces fonctionnairesétaient très-accessibles à la corruption. Aussi avaientils une mauvaise réputation non -seulement auprès du peuple, mais encore dans toutes les classes de la société ; de sorte qu’on les comparait aux voleurs et aux bandits, et qu’on les tenait pour incapables de rendre témoignage en justice ou de donner une garantie. Emprunter d’eux de 1 argent, c’était, disait-on, emprunter à un voleur. On fuyait tout commerce avec eux; on évitait de se marier dans leurs familles; et ces sortes de mariages, quand ils avaient lieu, fournissaient plus tard un motif suffisant pour une séparation. Ce mépris vint d’abord de ce que ce métier n’était exercé que par de petites gens. Mais lorsque plus tard les pharisiens eux-mêmes s’abaissèrent jusqu’à cette profession, ils furent rejetés et décriés par ceux qui tenaient à la religion , et on ne les recevait comme des gens honorables qu’après qu’ils avaient renoncé à leur état. Matthieu était peut-être l'un de ces hommes; et dans ce
seul exemple nous retrouvons le caractère de toute une époque, où la soif du gain était devenue comme universelle.
Matthieu, arraché à la perdition par le divin Maître, voulut célébrer le miracle de sa conversion et sa vocation comme onzième apôtre du Seigneur par une fêle solennelle. «. 11 fit donc dans sa maison un grand festin, où « assistèrent, avec Jésus et ses disciples, beaucoup de pu- « blicains et de pécheurs, car il y en eut un grand « nombre qui le suivirent. » C'était comme le prélude du grand festin céleste que doivent célébrer un jour les élus. a Les pharisiens et les docteurs de la loi , qui épiaient « toutes ses actions, murmuraient en voyant ces choses , u et disaient : Il accueille les pécheurs, et mange avec eux u à la même table. Et ils dirent à ses disciples : Comment « votre maître peut -il boire et manger avec des publi- « cains et des pécheurs? Jésus, entendant cela, leur répon- « dit: Ce sont les malades, et non ceux qui se portent (i bien, qui ont besoin du médecin. Je suis venu pour « appeler h la pénitence non les justes, mais les pé- « cheurs. »