CHAPITRE VII
Suite du môme sujet.
Les temps étaient accomplis; et comme les mages étaient à peu près au même degré de civilisation que les Juifs, selon cette sentence de l’oracle de Delphes :
« Les Chaldéens seuls et les Hébreux ont acquis la sagesse, » ils rattachèrent aussitôt l’apparition de l’étoile à la venue du Rédempteur. La conjonction prophétique s’était faite sous leurs yeux, et ils savaient par la tradition que c’était la même sous laquelle Moïse, quinze cents ans auparavant, avait tiré d’Égvpte le peuple d’Israël. Ils virent donc là un messager de la venue du Sauveur des peuples, et ils se préparèrent à suivre la lumière merveilleuse qui brillait aux cieux, comme autrefois Israël avait suivi la colonne de feu, qui, marchant devant eux, leur montrait le chemin de la terre promise. L’étoile leur montrait la Ju-
l’étoile du messie.
dée : mais , pour aller de la Perse en ce pays, une caravane a toujours besoin de cinq à six mois. (Chrysost., in Matth ., homil. 7.)
A peine s’étaient-ils mis en route, que la seconde conjonction s’accomplit. Ils suivirent ce signe céleste pendant la nuit, comme les marins suivent la petite Ourse ; et dans les commencements ils étaient forcés sans doute par la chaleur à voyager pendant la nuit. Iis partirent ainsi d’Iran ou d’Ur en Chaldée, au delà de l’Euphrate , patrie d’ Abraham, et suivirent ainsi à travers les déserts la même route que ce patriarche avait faite longtemps auparavant. Ils arrivèrent au pied du mont des Oliviers, où Ion bâtit plus tard une chapelle en leur honneur; puis ils entrèrent à Jérusalem. En effet, l’étoile tout en guidant leurs pas, ne leur apprenait rien de certain sur le lieu précis où était né le Messie : autrement ils n’auraient pas eu besoin de prendre à Jérusalem des informations plus positives sur ce sujet. Une fois arrivés en cette ville, ils demandèrent, non s’il était né, car ils le savaient d’une manière certaine, mais où il était né. Ils espéraient sans doute trouver dans la ville royale le nouveau roi qu’ils cherchaient. Venus de si loin , ils ne connaissaient rien de la cruauté d’Hérode. Ils ignoraient que le nouveau dominateur devait naître pauvre dans la petite ville de Bethléhem. Au reste, ils devaient en tout cas traverser Jérusalem. Ils se présentèrent donc au palais. Leur présence inquiéta grandement le tyran, et la ville entière fut consternée avec lui, ne sachant encore sur qui se déchargerait sa colère. Cependant, pour mieux cacher son jeu, Hérode fit semblant de n’attacher aucune importance aux prophéties des mages; il leur accorda, à eux et à leur suite seulement, la faculté
de continuer leur voyage, en leur recommandant toutefois le plus grand secret. Il avait dû être blessé de leur question : Ou est né le roi des Juifs ? Car il était lui-même un usurpateur. Mais celte question nous montre en même temps combien ils étaient étrangers aux événements de ce pays.
« Et voilà que l’étoile qu’on avait vue dans l’Orient les « précédait, jusqu’à ce qu’elle s’arrêta sur le lieu où était « l’enfant. Et lorsqu’ils revirent l’étoile, ils furent remet plis d'une grande joie. » Au moment où ils quittaient Jérusalem, les deux planètes nommées plus haut entrèrent pour la troisième fois vers le soir en conjonction dans la partie du ciel située vers le sud. L* étoile se leva dans la partie située vers l’Orient; et, avançant dans la direction de Bethléhem, elle leur montra le chemin qu’ils devaient suivre.
C’est un fait incontestable que les mages suivirent la nouvelle étoile, et que le Christ naquit à l’époque où les deux planètes étaient encore dans le signe des Poissons, et si proches l’une de l’autre que leur lumière se réunissait, pour ainsi dire, dans un seul rayon; ce qui eut lieu à la fin de l’an 747. Kepler a reculé cette époque d’un an, la plaçant en 748, probablement afin de s'écarter moins de l’usage commun alors, qui plaçait en 749 l’année de la naissance de Jésus-Christ. Mais un an plus tard, en 74 8* la constellation n'était plus la même; et d’ailleurs l’opinion de Kepler contredit l’ancienne tradition Juive. Mars, qui, dans les premiers moisdel’an 748, se trouvait voisin des deux planètes, n’était plus à la fin de cette même année que comme un astre insignifiant, déjà enfoncé dans les profondeurs du ciel à l’occident. 11 en était ainsi
l’étoile du messie.
de Jupiter et de Saturne à cette époque; et lorsqu’en avril 749 ils reparurent à l'horizon, de l’autre côté du soleil, ils étaient déjà à une distance considérable l’un de l’autre.
Or l’étoile marchait devant eux. Pendant qu’ils marchaient, ils la virent continuellement dans la même direction au-dessus du lieu oü était V enfant. Cette expression de l’évangéliste est confirmée par la position des lieux. En effet, le chemin qui va de Jérusalem à Bethléhem traverse une vailée profonde nommée Gihon ou l’Enfer, qui forme en même temps la limite entre les deux tribus de Jada et de Benjamin. Bethléhem elle-même n’est qu’à dix kilomètres à peu près de distance au sud de Jérusalem. Elle est située sur une haute montagne, et par conséquent l'horizon au sud derrière la petite ville devait paraître très-borné à l’observateur. Les mages trouvèrent enfin le divin enfant, et le saluèrent comme roi. En Orient, et particulièrement en Perse, on fait des présents au roi qu’on visite : ils offrirent donc au nouveau roi leurs présents. Melchior, le vieillard, fils de Sem, offrit l’encens, symbole du prêtre ; Balthasar, le Parse, couvert de la cuirasse, offrit l’or, ce roi des métaux; Gaspard, le noir Éthiopien des bouches de l'Euphrate, offrit la myrrhe, symbole de La vie et de la mort. De là cette vieille sentence d’un poète : « Gaspar fert myrrham, thus Melchior, Balthasar * auruui. » Les dons des mages répondaient aussi à la triple dignité du Messie. Ils lui offraient l’encens de la prière, parce qu’il était Dieu : l’or de la foi comme à un roi, et la myrrhe, symbole des bonnes œuvres, comme au Rédempteur du monde. Ils ôtèrent de leurs têtes leurs couronnes d’or, et les mirent humblement à ses pieds. La myrrhe réparait plus tard au crucifiement de Jésus-
Christ. D’après une ancienne tradition ecclésiastique,
chacun des mages offrit au divin enfant les trois substances
nommées ici. Longtemps auparavant, des mages avaient offert aussi des dons au tombeau de Platon dans la ville de Minerve, parce qu’ils le regardaient comme un être supérieur. C’est Sénèque qui nous a transmis ce fait.
Les mages reçurent un avertissement en songe ; et ils comprirent que ce songe était une inspiration d’en haut, parce que tous les trois avaient eu le même. Ils ne retournèrent donc point à Jérusalem; mais, pour échapper à Hérode, ils prirent le chemin de l’Arabie et de l’idumée, qui s’étendait alors jusque vers Hébron; et en quelques heures ils eurent franchi la frontière, et regagnèrent leur pays en suivant la lisière du désert de l’Arabie. L’étoile continua de les éclairer pendant tout ce second voyage jusqu’au mois de mai 748 : ils la virent donc pendant une année entière. Les paroles de l'évangéliste font présumer que la nouvelle étoile ne fut visible qu’à l’époque des trois conjonctions dont nous avons parlé, et dont la dernière dura pendant longtemps; car nous lisons dans saint Luc que l’étoile reparut lorsque les mages quittèrent Jérusalem. La nouvelle de ce voyage se répandit parmi les peuples des environs. La sensation qu’elle dut produire , et le résultat du voyage lui-même, contribuèrent a répandre plus rapidement encore la nouvelle de la naissance du Messie. Nous trouvons un écho de ces voix dans les traditions des différents peuples.
Le T&lmud de Jérusalem (Tract. Beracoth , fol. 5, 1) nous raconte un dialogue entre un Juif et un Arabe, qui a évidemment rapport à ce fait. Un Juif étant occupé à labourer, sa vache se mit à mugir. Un Arabe qui passait
l’étoile du messie.
par là, lui dit : « Qui es -tu? — Je suis un Juif. — Dételle ta vache, et cesse de labourer; car voilà que votre temple est détruit. » La vache mugit pour la seconde fois. L'Arabe dit au Juif : « Attelle de nouveau tes bœufs, car voici que le roi Messie est né. — Quel est son nom? — Menahen (c’est-à-dire consolateur). — Et le nom de son père? — Hiskias (force de Dieu). — D’où vient-il? où demeure-t-il? — A Bethléhem de Juda, dans la maison d’an Arabe. » Le Juif s’en alla, vendit ses bœufs et sa charrue, et partit pour Bethléhem, etc.
Malgré l’obscurité qui enveloppe cette histoire , il est impossible de ne pas en reconnaître la signification profonde. On croit, en la lisant, entendre un Arabe de la caravane des mages, qui, retournant dans son pays, raconte à un berger dans les champs la joyeuse nouvelle. En effet, toute la Judée, bien plus, tout l’univers, avait les oreilles et les yeux attentifs sur les moindres phénomènes qui apparaissaient à l’époque de la naissance du Messie. De là vient cette vieille tradition , qui se trouve dans le Talmud et dans les autres écrits des rabbins, que le Messie, à l’époque de la ruine du royaume de Judée, était né déjà depuis longtemps à Bethléhem de Juda; mais qu’il se tenait toujours caché à cause des péchés de son peuple, et qu’il ne reparaîtrait que lorsqu’ Israël aurait fait pénitence. Jésus leur paraissait trop pauvre pour qu'ils pussent reconnaître en sa personne le Messie; c'est pour cela qu'ils prétendaient que celui-ci s’était retiré, et devait rester caché pendant un temps indéterminé. C’est pour cela aussi que les pharisiens adressaient insidieusement à Jésus- Christ cette question : « Nous donnerez-vous un signe? » ou, h Quel signe nous donnerez-vous au ciel? » Ils vou-
laient voir s’il s’appliquerait à lui-même ce signe céleste et prophétique qui avait paru dans la région des Poissons. Mais le Seigneur se contenta de leur reprocher leur incrédulité; et, sans vouloir entrer en discussion avec eux sur les événements merveilleux qui s’étaient accomplis déjà, il leur dit : « A cette race incrédule il ne sera pas « donné d’autre signe que celui du prophète Jonas avec le « poisson. » Je ne serais pas étonné que plus tard on trouvât dans TOrient quelque monument qui rappelât le souvenir du voyage des mages au berceau du Sauveur. Cette patrie des émirs, où l’apôtre saint Thomas prêcha l’Évangile , ce royaume mystérieux du prêtre - roi Jean , ou du Dalaïlama, comme on l’a cru jusqu’à Abel Rémusat, est plein de traditions et de souvenirs. Au moyen âge, on en racontait des choses merveilleuses ; on faisait remonter ce royaume jusqu’aux trois rois, et l'on croyait que l’étoile qui ornait les étendards des peuples de l’Orient était un souvenir et une image de l'étoile de Bethléhem. Plus loin encore dans l’Orient, les nestoriens de la Chine ne se donnent-ils pas comme les prosélytes des trois rois mages, sur ce monument fameux de Si-an-fu découvert par les jésuites?
Nous trouvons un souvenir du voyage des mages dans les livres saints des Indous. Voici en effet ce que nous lisons dans les anciens Puranas : « Dans les temps anciens , « lorsque Vikramaditva régnait encore comme empereur « sur les Indes, son attention fut éveillée par certaines « prophéties qui annonçaient la naissance d’un enfant « merveileux. Il envoya donc des députés pour s’informer « si cet enfant divin était vraiment né. Ceci arriva l’an a 3101 du Caliyug, ou 4181 après la création. Or, selon
L ÉTOILE DU MESSIE
» la chronologie indienne, c'est exactement le temps qui u s’est écoulé depuis la création du monde jusqu’à la naist sance de Jésus-Christ. » Vikramaditya, d’après l’histoire, régnait dans les pays qu’arrose le Gange, l’an 56 avant Jésus-Christ. 11 étendit sa puissance jusqu’à Kasmir; il chassa du Penjab ou du pays des cinq fleuves les Scythes du nord ou les Sakas. Son attachement au buddhisme, dont les formes se rapprochent en beaucoup de points du christianisme, souleva contre lui les partisans du brahmanisme commandés par Salivahanas, et il fut tué dans un combat.
Noos ne pouvons nous empêcher non plus d'attribuer aux mêmes motifs qui pdussèrent les mages cette ambassade de Porus, monarque indien très-puissant, à l'empereur Auguste, que Strabon raconte d’après Nicolas Bamascène, ami d’Hérode et précurseur de l’historien Josèpbe. 11 en est de même de celle dont parle Pline, et qui partit de Pile de Ceylan pour venir trouver l’empereur Claude ; tandis qu’au contraire Marc-Aurèle Antooin. ou Gan-tun, nom qu’il porte dans les annales chinoises, comme de Guignes l’a démontré, fit partir de l'Occident avec des présents une ambassade pour la Chine. Les sages de tous les peuples, depuis la Chine et l’Inde jusqu'à ntalie et le pays des Celtes, et même jusqu’aux extrémités du monde, attendaient avec ardeur, comme tes mages, la venue du Sauveur du monde : c’est un fait que bien d’autres ont démontré avant nous.
Nous avons prouvé, d’après les traditions des Juifs, que le Messie était né au temps de cette grande constellation de Jupiter et de Saturne dans le signe des Poissons : et la preuve de ce fait se trouve jusque dans le nom même du
I oc
La VIE DE K. -S. J ÉSLS- CHRIST.
Messie. Les anciens attachaient beaucoup d’importance aux signes des planètes, à l'heure même de la naissance : et l’on trouve dans les écrits des rabbins une multitude de passages remarquables à ce sujet. Le Messie était né sous le signe des Poissons : le nom de son étoile devait en quelque sorte, d’après le langage mystique de l’antiquité, servir à le désigner lui-même. Aussi comme Juda, dans les bénédictions d’Israël, reçoit le nom et le symbole du lion, ainsi les Pères de l’Église et les chrétiens des premiers siècles désignent le Christ sous le nom de tyôv;. Ce n’est certainement ni par hasard, ni sans motif, que ce nom a été donné à Jésus-Christ : il n’est pas seulement un acrostiche composé des premières lèttres des cinq mots grecs bjffovç, Xptoroç, ©s où, Ttoç, Swrip, qui signifient Jésus - Christ , Fils de Dieu, Sauveur; mais il exprime aussi un rapport entre le signe du Poisson et la naissance du Messie : et la preuve, c’est que celui-ci porte en hébreu le même nom dans les écrits du Talmud. En général, c’est autour de ce signe des Poissons que se groupe, pour ainsi dire, dans le paganisme toute l’histoire du déluge; de sorte que nous pouvons considérer comme des allégories prophétiques du Christ les mythes d’Atergatis-Dercéto et Camasène, de Dagon-Odacon ou Oannès, de Vischnu et de Neptune, de la baleine d’Hercule, du dauphin qui délivre un homme et qui a pris place parmi les signes du zodiaque. De même que le Christ a converti le monde par des pêcheurs, ainsi les premiers chrétiens prenaient d’après leur maître le nom de poissons ou de petits poissons, comme on le voit dans cette hymne ancienne que Clément d’Alexandrie nous donne à la fin de son Pédagogue, et dans laquelle le Christ est invoqué de cette manière :
l’étoile du messie.
a Oh! pêcheur des mortels, des héritiers du salut, toi « qui par ta douce vie pêche les poissons purs du milieu « des flots ennemis. » Et encore aujourd’hui Ton retrouve ça et là gravé sur les anciens fonts baptismaux , particulièrement dans le Nord, le signe des Poissons.
Au reste, ce qui démontre que l’étoile du Christ est vraiment cette grande constellation dans le signe des Poissons dont nous avons parlé plus haut, et que cette opinion n’est point un rêve desavant, comme tant d’autres
spéculations de notre époque, c’est que déjà l’antiquité
chrétienne semble avoir remarqué ce fait, et avoir considéré l’étoile du Messie comme le résultat de cette grande conjonction des deux planètes : et ce n’est que plus tard que cette interprétation a été oubliée et négligée. C’est ce dont on peut se convaincre par un passage de Tertullien , de Idololatria, chap. 9, où ce grand homme, tout en improuvant ce fait, témoigne de son existence : « Les mages 4 et les astrologues, dit-il, vinrent d’Orient. Nous savons « qu’il y a un rapport intime entre la magie et l’astro- « logie. Ce furent donc les interprètes des astres qui les « premiers annoncèrentla naissance du Christ. La religion « de ces mages peut-elle servir de justification aux astro-
* logues? Car aujourd'hui l’astrologie a pris le Christ « pour objet de ses spéculations. Elle parle de l’étoile (on
* lit, dans certains manuscrits, des étoiles) du Christ.
* Mais Dieu a permis l’usage de cette science jusqu’à l’é- « poque de l’Évangile seulement, et depuis que le Christ « est né, il n’est plus permis d’interpréter la naissance de
* qui que ce soit par des signes du ciel. »
C’est du même point de vue que saint Chrysoslome considère le récit des évangélistes et reconnaît dans le voyage
des mages un présage de la conversion des païens. Et dans sa huitième homélie, il s’exprime ainsi : « Comme « c’étaient des mages, et qu’ils étaient occupés à consi- « dérer les astres, Dieu fit brillera leurs yeux une étoile,
« afin d’élever plus haut leurs pensées. Une étoile les at- « tire pour les détourner désormais de ce qui avait fait a jusque-là leur occupation habituelle, et pour déu truire ainsi la tyrannie de l’astrologie. » Telle est donc la véritable manière d’expliquer l’étoile de Jésus-Christ , et la plus propre à résoudre toutes les objections que pourrait soulever le récit de l’Évangile. Mais, à côté de cette explication, il en est une autre toute mythologique, et voici ce qu’elle nous raconte.
Au moment où sonna la dernière heure des temps anciens, une étoile, sous la forme d’un enfant portant à la main droite une croix, apparut au firmament, et annonça aux mages l’accomplissement des anciennes prophéties. Cette interprétation se trouve dans le livre de Seth, et dans un commentaire sur saint*Matthieu connu sous le nom d 'Opus imper fectum. Elle est passée dans la légende du mont
Vaus, dont nous avons parlé plus haut. C’est à elle quese rattache encore ce récit apocryphe d'après lequel, à l’époque de la naissance du Christ sous Auguste, les païens auraient vu à Rome dans le ciel une étoile sous la forme d’une vierge portant dans ses bras un enfant lumineux. 11 faut reconnaître simplement ici un mélange de mythologie, d’astronomie et d’astrologie, et dans cette vierge qui parait au ciel, Astréeavec son fils, ou la Vierge, un des signes du zodiaque.
D’après une autre explication , un ange apparaissant aux mages et aux bergers, enveloppé de lumière, aurait
L ÉTOILE Dü MESSIE.
montré aux premiers le chemin qu’ils devaient suivre. Cefie interprétation semble sourire à saint Augustin , à saint Chrysostorue, à saint Léon, à saint Césaire, à Théophylacte, àEuthvmius, etc. C’est celle qu’admet l’évangile arabe de l’enfance de Jésus. À côté de ces explications , il en est d’autres qu’on peut appeler populaires, comme celle qui reconnaît dans l’étoile des mages cette môme colonne de feu qui guida les enfants d’ Israël vers la terre promise; ou encore comme celle de Sohar, qui parle d’une colonne, d’une flamme paraissant au ciel à la naissance du Messie.
D’autres ont cru voir dans celte étoile une comète, comme ûrigène contre Celse (i, (2). Une comète, en effet, apparut l’année même de la naissance du Christ, ou, d’après les calculs de Lubiniezki, de Hevel et de Caesius, à la fin de l’ère sainte et jubilaire de la Rédemption, composée de quatre mille trois cent vingt années lunaires, ou de quatre mille cent quatre -vingtorne années solaires. Cette comète, d’une dimension trèsgrande, apparut dans le signe du Bélier, et fut visible pendant trente -deux jours. Waser considère l’étoile des mages coin: ne un phénomène céleste particulier , qui a paru de l’an 4175 Ù4177 de l’ère jubilaire de Frank, c’est-à-dire de l’an de Rome 747 à 749, puisque Frank, de même que Gatterer, comptent 4180 ans jusqu’à l’an 752 de Rome.
Enfin, d’après une interprétation plus matérielle encore, et qui a passé dans un grand nombre de traditions populaires, l’étoile de Bethléhem ressemblerait à cette étoile nommée Catherine, qui apparut au xve siècle, et qui excita tellement la curiosité, que plusieurs Allemands T. i. 4
HO I.A VIE DE N. -S. JÉSES-CMUST.
allèrent pour la voir jusqu’au Sinaï, où elle était visible. Elle n’aurait été qu’un météore inaccoutumé, ou, comme pensent Grégoire de Nysse et Pierre Clirysologue, une espèce de feu aérien ou d’aurore boréale, qui apparut au ciel comme signe du Fils de l’homme, et qui, après avoir achevé sa course, s’enfonça dans un puits près de Bethléhem, et là, visible longtemps encore, jetait un éclat si brillant, qu’elle pouvait paraître aux yeux des pieux pèlerins comme une étoile parcourant les cieux en plein jour, précisément parce que le ciel étoilé se réfléchissait vers midi dans la profondeur obscure du puits, par un phénomène analogue à celui du puits astronomique de Krems Munster. Grégoire de Tours , dans l’introduction de ses Histoires merveilleuses , attribue cette conjecture à l’un de ses diacres, qui en o73 avait, en compagnie de quatre autres, visité la terre sainte. Nous laissons au lecteur de décider s’il convient d’accumuler ainsi sans motif les miracles. Il faut aussi remarquer que, dans toutes ces interprétations, il est impossible d’admettre que les mages aient pu reconnaître l’étoile par des calculs faits d’avance. Quant à nous, en trouvant la véritable époque de la naissance de Jésus-Christ par le moyen du corps lumineux qui parut alors, nous n’avons Tait que confirmer cette ancienne opinion, qu’aux grands événements du monde moral correspondent toujours des faits aussi considérables dans le monde physique. Et le résultat de toutes nos recherches, c’est que Jésus-Christ est né vers la fin de l’an de Home 747. Par où l’on voit ce qu’il faut penser deceux qui regardent comme apocryphes et comme un mythe les deux premiers chapitres de saint Matthieu.
-NAISSANCE DE JÉSUS-CHRIST. i i 1