PURIFICATION DU TEMPLE
toutes les espèces d’oiseaux qui pouvaient servir aux sacrifices.
Aux deux côtés de la porte orientale nommée Suzan, il y avait depuis très-longtemps déjà des échoppes et des bureaux, qui allaient jusqu’aux portiques de Salomon. Mais comme l’abus se mêle facilement à l’usage , ces boutiques furent bientôt continuées jusque dans l’intérieur du temple, qui devint ainsi comme un marché perpétuel pour toutes les nations, et où l’on vendait toutes sortes de marchandises. Les changeurs avaient établi leurs bureaux en face des portes du vestibule des Juifs. On reconnaît ici déjà l’influence de la domination romaine et des mœurs étrangères. Chez les Romains, en effet, les orfèvres et vendeurs d’argent s’établissaient près des statues des dieux, aux pieds de Janus, dans les sanctuaires les plus sacrés, dans les portiques des basiliques, près des chapelles et des temples, Pone œdem Castoris; et Horace lui-même s’écrie : O crues, cives, quœrenda pecunia pri mum est : virtus post nummos !
Vingt jours avant la pàque, on commençait régulièrement dans le temple à recueillir l’impôt sacré d’un demisicle, que chaque Israélite devait payer annuellement à la maison de Dieu. Les plus pauvres eux '-mêmes n’étaient pas exempts de cet impôt, et devaient pour le paver vendre, s’il le fallait, leur tunique. Les changeurs se tenaient donc depuis le 25 du mois d’Adar dans le vestibule des païens, devant les portes intérieures du temple, et y établissaient leurs bureaux. Ils retiraient un agio des Juifs qui arrivaient de tous les pays, et qui avaient besoin de changer les monnaies romaines, grecques et autres pour se procurer le demi-sicle exigé par la loi. Pour
LA Vlt£ DE N.-S. JÉSUS-CHRIST.
changer seulement un sicle enlier contre deux demisicles, ils étaient obligés de donner un agio de cinq pour cent; autrement ils recevaient la moitié de la somme en monnaie de cuivre ou d’airain.
Aussi les changeurs étaient-ils décriés partout, et incapables de porter témoignage. Il en était de même des publicains ou collecteurs d'impôts. Ainsi, à la profanation du temple s’étaient joints encore le vol et l’usure; et l’on voyait l’entier accomplissement de ce que les Juifs avaient prédit de l’époque du Messie, à savoir que les synagogues profanées deviendraient des maisons de prostitution , et que les hommes dégénérés deviendraient des bêtes.
« Jésus, voyant l’abomination de la désolation dans le «t sanctuaire, fit un fouet avec des cordes, et chassa du « temple les vendeurs et les acheteurs avec les brebis « et les bœufs, renversa les tables et l’argent des chan- « geurs, et les sièges des vendeurs de colombes, en « criant : Ma maison doit être une maison de prière pour a tous les peuples, et vous en avez fait une caverne de « voleurs. Il dit aussi aux marchands de colombes : Sortez « d’ici, et ne faites pas de la maison de mon Père une « halle de commerce. Il ne permit pas non plus que l’on « traversât le temple en portant des fardeaux ou des « vases. » Tous, convaincus de leur culpabilité, prirent « la fuite, ne sachant ce qui leur était arrivé. Pour ses « disciples, ils se rappelèrent ces paroles de l'Écriture : « Le zèle de votre maison m’a dévoré. » Quelques-uns de ces Juifs reprirent cependant courage, et, s’avançant vers lui, ils lui dirent : « De quel droit agissez-vous ainsi, « et à quel signe vous faites-vous reconnaître? Jésus leur « répondit: Renversez ce temple, et je le rebâtirai en
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« trois jours. Mais les Juifs dirent en branlant la tête : On « a travaillé 46 ans pour bâtir ce temple, et il veut le rele-
* veren trois jours. Mais lui parlait du temple de son corps, a Lors donc qu’il fui ressuscité d’entre les morts, ses « disciples se rappelèrent ce qu’il avait dit alors, et cru- « rent à l’Écriture et au discours qu’il avait tenu. »
De même que nous disons que l’Église se construit avec les fidèles qui entrent en son sein, ainsi les Juifs considéraient le Messie comme le temple vivant de Dieu ; et même la croyance s’établit parmi eux que le Messie était né le même jour où le temple de Jérusalem avait été détruit. Bien plus, un rabbin, d’une époque plus rapprochée de la notre, dit que le Messie est le sanctuaire
des sanctuaires. Mais les pharisiens s’attachèrent à la lettre grossière de ces paroles, pour en faire plus tard un sujet de plainte contre Jésus, et l’accuser d’avoir menacé de détruire réellement le temple de Jérusalem. Ainsi les Juifs montrent dès l’abord leur caractère distinctif, la cupidité et la perfidie; et la première action du Messie dans la ville sainte fut la purification du temple, « Reu- « versez ce temple, dit- il, au lieu de le profaner, et en « peu de temps j’en rebâtirai un nouveau pour tous les
* peuples. Et pour preuve de ce que j’avance, faites- « moi mourir et je ressusciterai. » Cet événement si important dans la vie publique de Jésus-Christ arriva à la fête de l’an 779, ou 26 de notre ère. C’était, comme nous l’apprend saint Marc, le 10 du mois de nisan, ou le 16 avril, c’est-à-dire le jour où, d’après l’Exode (xn, 3), chacun devait choisir et acheter pour sa famille l’agneau pascal. Au reste , à partir du jour où Jésus chassa ainsi les vendeurs du temple, l’abus auquel il avait voulu remédier
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LA VIE DE Pi. -S.' JÉSUS-CHRIST.
cessa tout à fait. Peut-être le sanhédrin, honteux de sa négligence, se montra-t-il plus sévère à l’avenir. Par une concordance vraiment admirable, Jésus-Christ prononça ces mémorables paroles le jour même ou, trois ans plus tard, il ressuscita d’entre les morts.