CHAPITRE V
Nicodèmc.
« Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fêle de Pâques, u plusieurs crurent en son nom à la vue des miracles qu’il « faisait. Mais Jésus ne se fiait pas à eux, parce qu’il les « connaissait tous, et qu’il n’avait pas besoin qu’on lui « découvrit le cœur de chacun : il savait lui -même ce « qui s’v passait. » (Jean, n, 23.) 11 connaissait les pensées les plus secrètes; et c’était pour les Juifs un des caractères du vrai Messie, caractère qui manqua plus tard îi Barcocheba. « Or il y avait parmi les pharisiens un « homme qui s’appelait Nicodème. C’était un des princes « des Juifs, c’est-à-dire un des membres du grand con- « seil. 11 vint la nuit trouver Jésus et lui dit : Maître , « nous savons que vous êtes un docteur envoyé de Dieu ; « car personne ne fait des miracles comme vous si Dieu « n’est avec lui. »
Jésus lui parla de la nécessité de renaître spirituellement. Les Juifs croyaient que le royaume des cieux leur était assuré en vertu des anciennes promesses; et que les gentils devaient recevoir la circoncision , renoncer àx
MCODKME.
leurs parents et à toutes leurs anciennes relations, pour redevenir enfants. Jésus cherche à les guérir de ce préjugé en leur disant : a En vérité, en vérité je vous le dis, si • vous ne naissez de nouveau, vous n’entrerez point « dans le royaume de Dieu.» Les pharisiens, préoccupés des idées grossières de leur nation , ne pouvaient se persuader qu’eux aussi devaient naître de nouveau, et qu’ils n’avaient sous ce rapport aucun privilège sur les païens. C’est contre ce préjugé que Jésus -Christ et avant lui son précurseur combattirent pendant toute leur vie. Nicodèmc répondit à Jésus : « Comment un homme déjà « vieux peut-il renaître? Peut-il retourner dans le sein de « sa mère pour venir une fois de plus au monde? » C’est alors que Jésus l’introduit dans les profondeurs de l’Écriture et de l’histoire , et lui en découvre les merveilleux *ecrets. Il répondit à Nicodème : « En vérité, je te le dis,
« si quelqu’un n’est de nouveau né de l’eau et du Saint- ■ Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. ». Jusque-là les prosélytes qui revenaient du paganisme •levaient se soumettre au baptême de l’eau et à celui du ^ng, c’est-à-dire à la circoncision : mais les prosélytes tenant du judaïsme devaient désormais recevoir le baptême de l’eau et de l’esprit, et entrer ainsi dans le sein maternel de l’Église chrétienne.
« Ce qui est né de la chair, » c’est-à-dire de la circoncision,» est chair; et ce qui est né de l’esprit est esprit. « Ne félonne donc point si je t’ai dit qu’il faut naître de * nouveau. Car le vent souffle où il veut. Tu entends le « bruit qu'il fait, mais tu ne sais d’où il vient ni où il va. « Il en est ainsi de quiconque est né de l’esprit. » Ainsi au baptême de Jésus, et lors de son entrée à Jérusalem ,
le souffle et la voix d’en haut ne furent entendus que par ceux qui étaient nés de l’esprit. « Nicodème répondit à Jésus : « Comment cela peut -il se faire? Et Jésus lui ré- « pondit : Comment, tu es un docteur en Israël, et tu ne « sais pas cela? En vérité, en vérité, je te le dis, nous ne « disons que ce que nous savons, et nous rendons témoi- « gnage de ce que nous avons vu ; et cependant vous « n’acceptez pas notre témoignage. » 11 parlait en son nom et au nom de son précurseur. « Si vous ne me croyez pas « quand je parle de choses terrestres, comment me croi- « rez-vous quand je vous parle de choses célestes? car « personne n'est monté au ciel, si ce n’est le Fils de « l’homme, qui est descendu du ciel sans cesser d’y être « pour cela. » Dans ces paroles, le Messie révélait tout le mystère du Verbe, sa nature divine et sa nature humaine, et le miracle des abaissements de la divinité, venant chercher sur la terre l’àme du docteur pharisien, pour l’aider à trouver la vérité.
« De même que Moïse éleva le serpent dans le désert, « ainsi le Fils de l’homme doit être élevé, afin que qui- « conque croit en lui ne s’en aille pas à sa perte, mais « qu’il ait la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde « qu’il lui a envoyé son Fils unique, afin que tous ceux
« qui croient en lui ne soient pas perdus, mais qu’ils
« aient la vie éternelle, Dieu n’a pas envoyé son Fils dans « le monde pour qu’il juge le monde, mais pour que le « monde soit sauvé par lui. Celui qui croit en lui n'est « pas jugé; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, « parce qu’il ne croit pas au nom du Fils de Dieu. Or la « cause du jugement, c’est que les hommes, quoique la « lumière soit venue dans le monde , ont mieux aimé les