CHAPITRE IX
Suite du môme sujet.
A peine les bergers de la montagne eurent-ils entendu le message de l’ange et le chant des chœurs célestes, qu’ils coururent vers la sainte grotte, et y trouvèrent l’enfant dans une crèche. Aidés par eux , les parents de Jésus le placèrent plus commodément dans l'étable. C’est là que l’enfant fut circoncis le huitième jour, c’est-à-dire le premier jour de l’an 648, par les mains du patriarche Joseph, et qu’il reçut le nom de Jésus. C’est là aussi que le trouvèrent les mages, ces pasteurs des peuples, prémices des païens. Une légende orientale nous représente le lieu de
la naissance de Jésus comme un caravansérail en ruine, avec un toit à l’entrée pour abriter les troupeaux et les bêtes de somme. D’après une autre légende, c’était une grotte ouverte au flanc de la montagne, qui servait de parc pour les troupeaux. Nous examinerons plus tard la première de ces légendes : la dernière a quelque chose de plausible; mais elle a rapport à une époque postérieure, et au second asile où s’abrita Marie. La Palestine tout entière était pleine de grottes et de cavités qui , après avoir servi autrefois de demeure aux Troglodytes cananéens, servirent plus tard de refuge aux solitaires comme Ëlie et Jean-Baptiste, ou aux guerriers, comme aux jours de Josué, des Machabées et des Romains. Mais sous Hérode et dans les derniers jours du peuple juif, elles devinrent des repaires de voleurs. On représente ordinairement le lieu ouest né le Sauveur comme une grotte en ruines. D’après les indications de l’Évangile, ce pourrait être tout aussi bien une grange adossée à une maison, et en formant le fond, d’après la coutume alors en vigueur dans le pays.
Le Messie vivait ainsi au milieu des familles de bergers de Bethléhem, inaperçu du monde, protégé par le silence de ces lieux et par sa pauvreté ; et lorsque ces bergers , après le départ des mages, connurent le danger qui menaçait Jésus, il ne se trouva pas un seul espion ni un seul traître parmi eux; mais ils le cachèrent avec soin, et le préservèrent ainsi de la fureur d’Hérode, dont la défiance jalouse avait atteint avec l’àge une nouvelle activité, comme nous le raconte l’historien Josèphe (Antiq., 16 , 3, 8, 2, 5). Ce tyran, occupé alors du recensement, et entouré des populations qui se pressaient pour lui rendre hommage à lui et aux Romains, ne pouvait, dans
son orgueilleux dédain , et d’après les croyances populaires qui régnaient alors en Judée, soupçonner que le Maître de la terre, le rejeton de David, fût né dans un tel abaissement. Aussi congédia-t-il les mages avec indifférence et dérision , pour les laisser aller vers les grottes de Bethléhem, leur disant que, s’ils pouvaient trouver le roi des Juifs, il irait aussi lui rendre ses hommages, et qu’après tout il arrivait quelquefois que de grands personnages naissaient avec des signes célestes dans une condition obscure. Puis, irrité et inquiet de leur prompt départ, il ne sut pourtant jamais fixer ses incertitudes à l’égard du nouveau-né. N’avait-il donc rien vu qui annonçât la venue du Messie et sa gloire? N’est- ce pas par lui que le sceptre avait été arraché de Juda? Et la prophétie de Jacob à cet égard (Gênés., xlix , 4 2) avait une grande valeur alors auprès des Juifs, comme nous le voyons dans les livres qui contiennent leurs traditions. L’époque où le sceptre avait quitté la tribu de Juda ne coïncidait-elle pas avec la fin des soixante-dix semaines de Daniel? Lui-même, fier de sa puissance, ne voulait-il pas se faire reconnaître comme le roi légitime et le Messie des Juifs, qui leur avait bâti un nouveau temple sur le mont Moria? Illusion facile à comprendre dans un tyran de cette sorte , au milieu d’une cour brillante et de flatteurs esprits forts (les Hérodiens) qui , semblables aux francs-maçons de nos jours, voyaient dans le pouvoir royal la plus haute manifestation de la Providence divine, et l’accomplissement des bénédictions promises à l’humanité.
Peut-être pensait-il que les mages n’avaient rien trouvé, et n’osaient revenir à Jérusalem. Peut-être aussi tarda-t-il de lancer l’arrêt de mort qu’il méditait, afin d’avoir le