PURIFICATION DE MARIE, ETC
temps d’achever le recensement de la tribu de Bethléhem, et de pouvoir mieux trouver ensuite, d’après les registres, les victimes qu’il voulait frapper, en faisant égorger tous les enfants de Bethléhem inscrits jusqu’à Page de deux ans, de sorte qu’aucun ne put échapper. En un mot, la Providence fit ici ce qu’elle fait toujours. Toujours, en effet, elle aveugle l’esprit et confond la sagesse de ceux qui veulent mettre obstacle à l’exécution de ses desseins : et son action se manifeste précisément en ce qu’elle fait de grandes choses avec de petits commencements et de faibles moyens; tandis que c’est le sort et le signe en même temps de toute action purement humaine , de n’abootir à rien avec de grands efforts. Ainsi les yeux d’Hérode forent frappés d'aveuglement, et trente jours après le départ des mages sa colère ne s’était pas fait jour encore. et l’arrêt de mort n’était pas porté. Cependant on trouve çà et là dans de vieux livres une tradition d’après laquelle Marie avec Jésus, pour échapper à Hérode, aurait quitté sa première retraite , et cherché un refuge dans la grotte d’un rocher comme il y en a beaucoup aux environs de Bethléhem, afin d’y vivre plus en sûreté sous la protection des bergers : et ce lieu s’appelle la Grotte de lait .
CHAPITBE X
Purification de Marie, et Présentation de Jésus au temple.
Quarante jours s’étaient écoulés, et le temps était venu où Marie devait être purifiée , où le Messie devait paraître pour la première fois dans le temple sur les bras de sa
mère, pour être présenté au Seigneur et être racheté, moyennant cinq sicles d’argent, du service sacerdotal auquel il était tenu; car, d’après la loi des Juifs, tout premierné appartenait à Jéhovah, comme d’après la coutume des anciens patriarches il était le prêtre -né de la famille. Marie se tenant à l’entrée orientale du temple, devant la la porte de Nicanor, fut aspergée de sang par le prêtre, et purifiée de cette manière selon le rit mosaïque. Et comme elle était trop pauvre pour offrir un agneau, elle présenta l’offrande des pauvres, qui se composait de deux tourterelles, dont l’une était destinée au sacrifice d’expiation, tandis que l’autre servait d’holocauste pour la mère. 11 n’y avait que ceux qui étaient tout à fait indigents qui pouvaient ne donner que la dixième partie d’un êpha , c’est-à-dire une poignée de blé. La purification de la mère avait lieu le quarantième jour lorsqu’elle avait mis au monde un fils, et le quatre-vingtième jour si c’était une fille. La présentation de Jésus au temple se fit donc au jour
où la chrétienté célèbre la purification de Marie ou la
Chandeleur.
Et voici que le vieillard Siméon, homme juste et attendant depuis longtemps le salut d’Israël, averti d’en haut qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu l’oint du Seigneur, vint au temple par une inspiration de l’Esprit -Saint, et, prenant le Sauveur sur ses bras, annonça dans un mouvement prophétique qu’il serait le scandale et la résurrection de plusieurs. Josèphe Antiq., (14,9, 4) appelle aussi ce Siméon ou Saméas le Juste, et rapporte qu'il était devenu fameux par le don de prophétie; que l’an 717, trente années avant cette prophétie qu’il fit dans le temple et qui fut pour lui la dernière, il avait prédit la conquête de
Jérusalem , et annoncé au roi Hvrchan et au sanhédrin que Dieu, pour les châtier, les renverserait par la main d’Hérode. Ce que cet historien nous raconte de Simeon s’accorde si bien avec le personnage dont nous parle l’Évangile, et avec l’histoire de l’enfance de Jésus, que c’est un devoir pour nous de puiser davantage encore à cette source pour en tirer des renseignements plus précis. Simeon , déjà membre du grand conseil, était un vieillard qu’Hérode tenait en grande estime à cause de son sens droit, du don de prophétie qu’il avait reçu, et surtout de la grande considération dont il jouissait auprès de tout le peuple, peut-être aussi parce qu’il lui avait prédit autrefois qu’il monterait sur le trône. Déjà, dans les renseignements et la réponse que donna le grand conseil aux mages qui allaient à Bethléhem, nous croyons entendre la voix de ce vieillard. Aujourd’hui il proclame devant le peuple et dans le temple Jésus comme le Messie. Aussi, lorsque plus tard l’enfant divin, âgé de douze ans, enseignait dans la synagogue, et confondait tous les docteurs et les anciens, ceux-ci durent faire de sérieuses réflexions en se rappelant le témoignage que le vieux prophète, mort depuis peu , avait rendu de lui. Siméon est le premier personnage considérable qui ait protégé le Sauveur nouvellement né, et pris hautement son parti par une inspiration divine. L’Évangile apocryphe de saint Jacques (ch. XXIV) et l’Évangile de Nicodème (ch. XVI) l’appellent, à cause de cela, le grand docteur , et il méritait bien ce titre.
Les rabbins, de leur côté, semblent confondre ce Sa- Qieasou Siméon avec Siméon, fils d’Hillel, qui fut plus * tard président du grand conseil; ce dernier était père de Gamaliel, que saint Paul eut pour maître, et qui défendit
LA VIE DE N.-S. JÉSUS-CHfUST.
Pierre et les apôtres devant le grand conseil, et obtint leur acquittement. Gamaliel, loin d’être un ennemi du Christ, était au contraire en secret son partisan; et Tabitha, la première femme qui se fit chrétienne à Joppé, était une servante de la maison de Gamaliel. De plus, Hiliel , I du côté des femmes, descendait de David, ce qui plus tard, longtemps après la destruction de Jérusalem , fournit au rabbin Juda, petit-fils de Gamaliel, l'occasion de se donner aux yeux des rabbins pour le Messie. Il est vrai encore que l’école de Hiliel semble avoir en plusieurs poiuts préparé les voies au christianisme, en cherchant à interpréter d’une manière plus spirituelle la loi mosaïque, à écarter les préjugés nationaux des Juifs et le formalisme des pharisiens, ou du moins à diminuer le poids si lourd des cérémonies qu’avaient accumulées ceux-ci. Et quand on compare cette école au schammaïsme , dur , austère , esclave delà lettre, on ne peut s’empêcher de la considérer comme un prélude et une sorte de transition insensible au christianisme. Hiliel, en effet, de même que Jésus, pour parler ici comme les Juifs, rejeta le Talmud ou les traditions et les préceptes légaux des pharisiens , ou du moins les modifia. Et les Juifs lui attribuaient cette question faite à Jésus ; Quel est V abrégé de la loi ? C’est un fait aussi que l’école de cet homme exerça par l’apôtre Paul , disciple de son petit-fils Gamaliel, une grande influence sur les commencements du christianisme, et forma tout d’abord dans le sanhédrin un parti favorable au Messie, qui, peu de temps après la mort de Jésus, •fournit à l’Église primitive un grand nombre de fidèles. Tous ces faits, je les avoue volontiers; et quoiqu’aux yeux d’un esprit superficiel iis puissent suffire au premier abord
pour faii*e dériver le christianisme d’une école de rabbins, je ne puis cependant, après un examen sérieux, admettre qu'il y ait quelques relations entre le fils de Hillel et Jésus enfant, et que le rabbin Simeon soit le même que le Simeon dont parle l’Évangile. Et d’abord saint Luc ne fait point mention de son origine , quoiqu’il nomme ie père de la prophétesse. Puis, nous ne verrons que trop clairement dans la suite que, déjà du temps de Gamaliel, son parti manifesta des intentions très -hostiles au christianisme , et qu’aucun de ses chefs ne se convertit.
Siméon parut donc plein du Saint-Esprit dans le temple. La naissance du Messie n’était plus un mystère pour lui. Il prit l’enfant dans ses bras, et dit en louant Dieu : a Maintenant, Seigneur, laissez mourir en paix votre sera viteur, car mes yeux ont vu le salut que vous avez pré- « paré en présence de tous les peuples, la lumière qui « doit éclairer les gentils. » C’était une allusion à l’étoile du Messie et à l’arrivée des mages. Puis il les bénit et dit : « Celui-ci sera la perte et la résurrection de plu- « sieurs en Israël. » Il avait ainsi prédit en même temps sa mort prochaine et les destinées qui attendaient dans peu le Sauveur par suite de la fureur d’Hérode. Et Anne la prophétesse comme l’antiquité en avait tant, Anne la fille de Phanuel, de la tribu d’Aser, déjà âgée de quatrevingt-quatre ans, et connue de tout le peuple, parut dans le temple à la même heure, connut le Seigneur, et l’annonça à tous ceux qui attendaient à Jérusalem la délivrance d’Israël.
Les gentils, à la naissance du Sauveur, étaient représentés par les mages, le peuple juif par les bergers de
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Bethléhem, le grand conseil par le vieillard Siméon, et les dix tribus d’Israël par Anne la prophétesse. « Et elle « parlait de lui à tous ceux qui attendaient à Jérusalem la « délivrance d’Israël. » En effet, à la nouvelle de la venue du Messie et des signes merveilleux qui l’annonçaient, particulièrement de l’étoile qui avait apparu au firmament, un grand nombre de Juifs s’étaient rendus à Jérusalem, de toutes les contrées de la Palestine, afin d’y attendre le Messie, de s’attacher aussitôt à lui, et de secouer sous sa conduite le joug d’Hérode et des Romains. Ce recensement fait par des maîtres étrangers les jetait dans une grande angoisse; et cette nouveauté faisait croire à plusieurs que c’était là la fin. C’étaient ces mêmes Juifs que la naissance de Jean-Baptiste avait réjouis et remplis d’espoir, comme on le voit dans le message de l’ange (S. Luc, i, 14). A partir de ce moment s’établit chez les Juifs la tradition dont nous avons parlé plus haut, que le Messie devait être né sous la grande conjonction des deux planètes supérieures Jupiter et Saturne, dans le signe des Poissons, comme cela a eu lieu en effet. Et l’on ne pourrait guère autrement expliquer cette tradition des rabbins.
Celui qui a suivi bien exactement le cours des événements, depuis l’origine jusqu’au point où nous sommes arrivés, ne peut plus s’étonner du reste. En effet, c’est un phénomène remarquable que les Juifs parlent dans les livres du Talmud d’un Messie fils de Joseph, et d’un Messie fils de David ; d’un Messie qui est déjà venu, mais qui s’est retiré dans le silence et le mystère, et d’un autre qui doit encore venir; d’un Messie fils de Joseph, surnommé le Juste, qui vient de Galilée, et est soumis à de grandes épreuves, et d’un Messie fils de David qui doit pa-
railre à Rome, et remporter sur l’autre. Ce sont là des échos du temps dont nous parlons maintenant, et de ceux qui l’ont immédiatement suivi, alors que les Juifs qui penchaient pour le parti de Jésus-Christ, ne pouvant se faire à l’idée d’un Messie souffrant, en imaginèrent un second, qui viendrait dans tout l’éclat de sa majesté. Les anciens Juifs, de meme que plus tard les mahométans, ont considéré Jésus comme un grand prophète que devait suivre un autre Messie plus grand encore et qui serait le dernier. L’auteur du Coran a, comme on le sait, emprunté aux Juifs la plus grande partie de ses idées. Les Juifs, ou plutôt les Judaïsans, différaient des mahométans en ce qu’ils prétendaient que le Christ reviendrait sur la terre dans tout l’éclat de sa gloire, pour fonder le royaume de mille ans. Le Messie fils de Joseph, né en Galilée, ayant ainsi passé dans les traditions juives, les Juifs proprement dits, qui ne voulaient pas reconnaître Jésus comme le Messie précurseur, transportèrent cette tradition à Joseph l’Égyptien, fils de Jacob, ou à Éphraïm, et le reconnurent comme le père d’un Messie particulier.