CHAPITRE XVI
La Cananéenne.
Dans cette excursion de Naïm au Carmel, etsurla route de Tyr, Jésus, se trouvant un jour poursuivi par les instantes prières d’une femme, entra dans une maison, ne voulant être vu de personne. De même qu'il s'était éloigné de Naïm, comme il s’éloigna plus tard de l’étang de Bethesda , pour se soustraire aux acclamations du peuple , provoquées par ses miracles, ainsi voulait -il en cette
l.A CANANÉENNE.
circonstance se soustraire à la foule qui lui demandait des miracles. « Mais il ne pouvait rester caché; car voici * qu'une femme cananéenne , qui était de cette contrée, « c’est-à-dire de Syrophénicie , ayant entendu parler de « lui, se mit à crier après lui, en lui adressant ces pa- « rôles, » que l’Église lui adresse encore tous les jours par la bouche des lidèles : « Seigneur, fils de David, ayez « pitié de moi; ma fille est tourmentée lamentablement « par un mauvais esprit. » Comment une femme de Canaan pouvait-elle savoir quelque chose du fils de David et du nom de Jésus? Telle est l’objection qu’élèvent ici les incrédules modernes. Mais ce fait confirme bien plutôt, au contraire, celui de la possession de cette jeune fille. Car le démon qui habitait en elle sentait l’approche de Celui qu’il redoutait, et il le révélait comme malgré lui par la bouche de celte pauvre malade. Et c’est pour cela que sa mère courait après Notre -Seigneur.
« Cependant Jésus ne lui répondait pas un seul mot. « Ses disciples, s’approchant donc de lui, intercédèrent « pour elle, en disant : Accordez-iui donc ce qu’elle vous « demande ; car elle ne cesse de crier après nous. Mais « Jésus leur répondit : Je n’ai été envoyé que pour les « brebis égarées de la maison d’Israël. Cette femme, ap- « prochant davantage, entra dans la maison, se jeta à ses o pieds, et lui dit : Seigneur, secourez- moi. Il lui répon- « dit : il faut d’abord que les enfants soient rassasiés; car « il n’est pas juste de prendre le pain aux enfants, et de « le jeter aux chiens. » En Orient, les chiens courent souvent sans maîtres dans les villes, particulièrement à Constantinople, et suivent le premier venu, qui doit alors se débarrasser d’eux comme il peut. Ce que dit ici Notre- T. I. 13
Seigneur fait allusion à cet usage. Les chiens étaient regardés par les païens eux -mêmes comme des animaux moins pure que les autres, parce qu’ils sont moins chastes; et aucun chien ne pouvait entrer dans l’île sainte de Délos. Or, aux yeux des Juifs, toute idolâtrie était considérée comme une impureté et une fornication ; et c’est pour cela qu’ils appelaient chiens tous les Gentils, et qu'ils ont ensuite transporté ce nom aux chrétiens. Ils se considéraient eux- mêmes comme des brebis continuellement poursuivies par ces chiens; mais Jésus se sert ici de ce mot si dur pour éprouver la pauvre Cananéenne.
« Mais elle le supplia de chasser le déinon de sa fille . u et lui dit : Voyez, Seigneur, les petits chiens aussi man- « gent sous la bible des miettes des enfants qui tombent « des tables de leur maître. Jésus lui répondit : O femme! « ta foi est grande. A cause de ce que tu viens de dire, « va , et qu’il t’arrive comme tu désires. Le démon a quitté r ta fille. Et à ce moment même sa fille fut guérie. Car, « lorsqu’elle revint à la maison , elle la trouva délivrée du « diable et couchée tranquillement sur son lit. » Devant la porte orientale de Sidon, on éleva dans la suite une chapelle à l’endroit où l’on croyait qu’avait eu lieu ce miracle. Mais il a dû plutôt avoir lieu devant les portes dcT>r. conformément aux paroles qui suivent dans l’Évangile le récit de ce fait, telles que les a traduites la Vulgate. Nou* trouvons plus tard, dans les Clémentines, la Cananéenne désignée sous le nom de Justa; et on lui donne la ville de Sarepta pour demeure.