PARABOLE DES DIX VIERGES
coup la plus probable. Quoi qu’il en soit, le Talmud de Babylone, qui date du vie siècle, nous raconte ces mêmes paraboles dans le meme ordre qu’elles sont racontées dans l’Évangile. Élles sont attribuées au rabbin iochanan, fils de Zachée. « Un roi, lisons -nous dans la « première, fit inviter ses serviteurs à un festin sans les « prévenir toutefois du temps de son arrivée. Or les uns, « qui étaient prudents, prirent leurs habits de fête , ornèu rent leurs cheveux , et attendirent le roi à la porte de « son palais, dans la crainte de le manquer. Mais les « autres, insensés qu’ils étaient, continuèrent à vaquer « à leurs affaires, espérant arriver à temps. Or voilà que « le roi parut tout à coup. Ceux qu’il trouva prêts réjoui- « rent son cœur, et il les admit à son festin, et les autres u n’y furent point admis. » Nous lisons dans une autre parabole : « Un roi partagea ses habits entre ses serviu teurs. Ceux qui étaient prudents les plièrent et les gar* « dèrent dans leurs armoires. Les autres, au contraire, « s’en revêtirent et les souillèrent en les portant pendant le travail. Le roi, au bout de quelque temps, ayant « redemandé ses habits, fut très-content de ceux qui les « avaient gardés , et les introduisit dans sa maison ; mais a il entra dans une grande colère contre les derniers, « et les fit jeter dans un cachot. »
11 est possible que les rabbins, dans ces deux paraboles, aient eu plutôt en vue celle des serviteurs vigilants que raconte saint Matthieu (xxiv), et celle de l’homme qui n'avait pas la robe nuptiale; mais il est impossible de méconnaître celle des cinq talents ou des dix livres dans la parabole suivante, que nous raconte le Sohar : « Un « roi partagea ses trésors entre ses trois serviteurs. Le t. i. 14
u premier augmenta la part qu’il avait reçue; le second « la dissipa ; le troisième la remit à un autre pour qu’il « la gardât. Quelque temps après, le roi revint et rede- « manda ses trésors. Le precSier fut récompensé, car il « lui donna l’intendance de son palais. Il punit très-sévè- « rement le second , et défendit que l’on gardât rien de « ce qui pouvait rappeler son souvenir. Il fit mettre en « prison le troisième, jusqu’à ce que l’on silt ce qui était « advenu de la part qu’il avait confiée à la garde d’un « autre, afin de pouvoir plus tard, ou le mettre en « liberté , ou le châtier comme il le méritait. »
Notre -Seigneur, dans ces paraboles des dix vierges et des talents, embrassait de son regard l’avenir et l’histoire de son Église. Les Juifs avaient enfoui ou mal employé le trésor qui leur avait été confié , c’est-à-dire les précieuses lumières de la révélation divine. Aussi Jésus-Christ, irrité contre eux , allait les quitter, et passer chez les païens , pour y trouver un meilleur emploi des dons qu’il était venu apporter aux hommes. Madeleine était le symbole des païens, et Simon le pharisien le représentant du peuple juif. Les Juifs, dans leur orgueil , se regardaient comme les seuls qui dussent être admis au festin du royaume céleste; mais ils se mettaient peu en peine de rendre à Dieu le culte qu’ils lui devaient; ou, pour nous servir des paroles mêmes de Notre- Seigneur, ils ne lui donnèrent point le baiser de bienvenue ; ils n’oignirent point sa tête avec de l'huile parfumée, etc. C’est ce qu’avait prédit Isaïe lorsqu’il avait dit (ch. lxv) : « Cernât qui jusqu’ici ne s’étaient point mis en peine de moi « m’ont cherché, et ceux qui ne m’avaient point cherché » jusqu’ici m’ont trouvé; » voulant désigner par là les
P A H A MOI. K lltS DIX YIKRGtS.
païens ; « et je les placerai à ma table comme mes servi- « leurs, afin qu’ils mangent pendant que vous aurez « faim , et pour qu’ils boivent pendant que vous aurez « soif, et pour qu'ils se réjouissent dans leur cœur pen- « dant que vous hurlerez de désespoir. » Notre-Seigneur fait évidemment allusion à ce passage du prophète dans la parabole des dix vierges. Jusque-là le monde païen avait été esclave de la plus honteuse idolâtrie. Mais l’heure de la réflexion et du repentir avait sonné pour lui ; et, semblable à Madeleine, il va se prosterner aux pieds du Sauveur, jetant vers lui un regard suppliant. 11 va s’asseoir à sa table, et allumer à son autel la lampe de la religion du vrai Dieu. Et pendant ce temps, au contraire , les Juifs, auxquels avait été confiée jusqu’ici la garde du feu sacré et du tabernacle où résidait la Divinité , vont laisser s’éteindre dans le temple la lumière de la vérité et la flamme de la charité divine.
Les dix vierges signifient les dix villes de la Décapote que Jésus vient de parcourir. Plusieurs d’entre elles avaient rejeté la lumière de l’Évangile : c’est pour cela qu’elles sont exclues du royaume de Dieu ; et bientôt Noire-Seigneur va prononcer sur les villes de Capharnaùm, de Bethsaïda, de Chorazin, etc., la malédiction qui les condamne à périr, comme périt autrefois cette pentapole maudite située sur la mer Morte. Ces villes périront pour s’être montrées plus indignes que Ninive, Tyr et Sidon, que Notre-Seigneur avait sanctifiées de sa bienheureuse présence, et qu’il avait trouvées bien disposées à recevoir l’Évangile. Cette parabole est une de celles qui se réalisèrent pendant la vie même de Jésus-Christ.