CHAPITRE XVI
Du devoir de sc réconcilier. Parabole du débiteur impitoyable.
Nous avons vu dans le chapitre précédent deux frères désunis au sujet d’un héritage; nous avons entendu Notre- Seigneur recommander à l’un d’eux de se bâtir une maison dans le ciel plutôt que de se préoccuper des soins de ce monde en s'abandonnant à l’avarice. Il continua d’enseigner aux siens la céleste doctrine qu’il avait apportée du ciel, et leur dit : « Si ton frère t’offense, va « le trouver, et lui en fais un reproche seul à seul avec lui-
DU DEVOIR DE SE RECOrSULlER. 07
« S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi deux ou trois « témoins, afin que toute l’affaire repose sur le témoignage « de deux ou trois témoins. Que s’il ne les l’écoute u pas non plus, dis-le à l’Eglise; mais s’il n’écoute pas « l'Église, qu’il soit pour toi comme un païen et un « publicain. »
Lorsque chez les Juifs on avait à se reprocher quelque chose à l’égard d’un autre, on devait aller lui demander pardon, ou seul à seul avec lui, ou en présence de témoins. Et si celui qu’on avait offensé était mort avant qu’on eût fait cette démarche, on devait aller lui faire ses excuses à son tombeau. Mais lorsqu’un homme persistait dans sa vie criminelle ou dans une entreprise injuste après avoir reçu les avertissements prescrits; si, par exemple, il retenait criminellement l’héritage de ses pupilles, il était dénoncé publiquement dans la synagogue, et du haut de la chaire, comme un homme scandaleux.
Jésus continua en ces termes : « Lorsque tu portes ton « offrande à l’autel, si, au moment où tues là debout et « priant , tu te souviens que ton frère a quelque chose « contre toi , laisse là ton offrande devant l’autel , et va « te réconcilier d’abord avec ton frère, puis reviens offrir « Ion présent. Mais si ton frère pèche contre toi , parti donne -lui : et même s’il t’offensait sept fois le jour, « et que sept fois le jour il vint à toi , et te dit : Je me « repens? pardonne -lui. Pierre, s’adressant alors à lui , « lui dit : Sept fois. Seigneur? — Oui, répondit Jésus,
« et même 70 fois 7 fois; et vous n’avez d’autre sujet « de joie que lorsque vous voyez vos frères marcher * dans la charité. » Ces dernières paroles sont tirées
de l’Évangile des Hébreux, qui les donne comme avant été prononcées par Notre -Seigneur, et elles sont rapportées par saint Jérôme dans son livre contre Pélagc (ni, 1) et dans son Commentaire sur PÉpitre aux Éphésiens (cap. v). C’est dans l’Évangile des Nazaréens que nous trouvons ce récit , et tout porte à croire qu’il est exact. Pierre, en effet, n’aurait pas eu de lui-même l’idée qu’il fallait pardonner sept fois dans un jour, puisque, au contraire, il exprime son étonnement à ce sujet. Cette pensée avait donc du lui être suggérée par ce que Jésus-Christ avait dit. Les Juifs croyaient, et nous lisons encore dans le Talmud, qu’on peut bien à la vérité pardonner trois fois à son prochain, mais qu’on ne le doit pas faire plus souvent. (Babyl. Yoma, fol. Lxixvi, 2.) 11 en devait être autrement dans le christianisme. S’il avait été dit dans fancienne loi : Caïn doit être vengé 7 fois, et Lamech 70 fois, le pardon et la réconciliation devaient dans la nouvelle alliance remplacer la vengeance. Aussi Dieu promet- il aux hommes de leuD pardonner toutes les fois qu’ils reviendront à lui. N’avait- il pas déjà donné à l’égard du peuple juif une figure et une preuve à la fois de son immense miséricorde en l’attendant à la pénitence 7 fois 70 ans après le châtiment, si terrible déjà, de la captivité de Babylone.
Il ne faut pas oublier, au reste, que le nombre 7 chez les Juifs exprimait le superlatif en général , de même que chez nous le nombre mille ; ce qui donne à cette expression un sens bien plus étendu.
« Le royaume du ciel est semblable à un roi qui vou- « lut régler ses comptes avec ses serviteurs. Comme il « commençait cette entreprise, on lui en amena un qui ,