DU DEVOIR DE SE RÉCONCILIER
« lai devait dix mille talents. Mais comme il ne pouvait a le payer, le maître ordonna qu'on le vendit, lui, sa « femme, ses enfants et tout ce qu’il’ possédait pour « se payer ainsi. Alors le serviteur tomba à ses pieds, « et le supplia en disant : Maître, ayez patience avec a moi, je vous paierai tout. Et le maître, ayant pitié « de ce serviteur, le relâcha et lui remit toute sa dette. « Mais le serviteur étant sorti trouva un de ses cornet pagnons qui lui devait cent deniers ; et le saisis- « sant , il l’étranglait et lui disait : Paie -moi ce que tu « me dois. Son compagnon, tombant à ses pieds, le <e conjurait en lui disant : Aie patience avec moi, je te <t paierai tout. Mais lui ne le voulut pas, et s’en allant, ee il le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il eût payé sa et dette. Or les autres serviteurs, voyant ce qui était <e arrivé, s’indignèrent, et allèrent raconter à leur maître « tout ce qui s’était passé. Celui-ci le fit appeler, et lui « dit : Méchant serviteur ! sur ta demande je t’ai remis « toute ta dette; ne devais -tu donc pas aussi, toi, avoir « pitié de ton compagnon comme j’ai eu pitié de toi ! « Et son maître, irrité , le livra à ses agents jusqu’à ce « qu’il eût payé toute sa dette. Ainsi agira mon Père « céleste à votre égard si chacun de vous ne pardonne « pas du fond de son cœur à son frère. Car si vous avez « quelque chose contre quelqu'un , et si vous pardonnez « aux hommes leurs fautes, votre Père qui est au ciel « vous pardonnera aussi vos péchés; mais si vous ne « pardonnez pas aux hommes, votre Père céleste ne vous « pardonnera pas non plus vos péchés. »
Quel est ce roi qui veut régler ses comptes ? Et quel est le serviteur qui doit à son maître la somme énorme de
dix mille talents? Nous avons vu jusqu’ici que les paraboles dont se servait Notre -Seigucur n’étaient pas seulement un jeu de l’imagination, mais qu’elles avaient toutes un fondement ou dans les objets matériels qu’il avait sous les yeux, ou dans les faits, les usages et les institutions au milieu desquels il vivait. Une dette aussi considérable à l’égard d’un supérieur, et d’un autre côté tant de dureté et de rigueur à l’égard des inférieure, pour les contraindre à payer ce qu’ils doivent, ne peuvent s’expliquer que par le système de fermage en vigueur à cette époque. Ainsi nous savons que, déjà au temps de Ptoiémée Évergète, un certain Joseph, neveu du grand prêtre Onias , tenait à ferme du roi d’Égypte les tributs de la Syrie , de la Phénicie et de la Palestine pour la somme de 16 mille talents, le double de celle qu’avait donnée son prédécesseur, et que malgré cela il fit un profit considérable, il est vrai qu’il se présentait escorté de deux mille soldats, et qu’à Ascalon , la première ville importante qu’il rencontra, et qui lui refusa le tribut , il fit exécuter vingt magistrats et confisquer leurs biens jusqu’à concurrence de mille talents. Puis il plaça dans la banque d’Alexandrie les sommes qu’il avait ainsi extorquées; car les banques et les chambres de commerce existaient déjà à cette époque , et nous voyons que, dans la parabole du serviteur négligent, le maître reproche à celui-ci de n’avoir pas placé dans une banque le talent qu’il avait reçu, plutôt que de l’enfouir et de le rendre inutile. Sylla frappa la province d’Asie d’une contribution de 20 mille talents, que les chevalière romains se chargèrent de lui fournir ; mais cette opération leur rapporta plus de 120 mille talents.