‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 24 sur 589 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

De Daniel et des soixante-dix semaines.

Voici la parole du Seigneur à Daniel le prophète :

* Soixante et dix semaines sont abrégées sur ton peuple ■ et la ville sainte, jusqu’à ce que le péché soit effacé,

* que la prévarication soit consommée, que l’iniquité soit « détruite, que le crime soit pardonné, que l’éternelle « justice soit rétablie, que la vision et la prophétie soient 1 scellées, et que le Saint des saints soit oint. Sache donc

* et remarque qu’à partir du décret qui ordonnera que

« Jérusalem soit rebâtie, jusqu’au Christ roi, il y a deux « semaines et soixante-deux semaines : et les nies et les « murs seront bâtis de nouveau dans un temps plein u d’angoisses. Et après soixante-deux semaines, le Christ « sera mis à mort, et le peuple qui le reniera ne sera plus « à lui. Un peuple, avec un prince, viendra détruire la « ville et le sanctuaire , et leur fin sera la désolation ; « et après la guerre une ruine qui ne cessera point. « mais dans une semaine il confirmera l’alliance à « plusieurs; et au milieu de la semaine cesseront les a sacrifices et les victimes. L’abomination de la déso- « lation sera dans le temple, et la désolation durera u jusqu’à la fin des jours. »

11 ne s’agit pas ici de soixante et dix semaines ordinaires; car aucun changement n’a lieu dans ce court espace de temps. Soixante et dix semaines s’écoulèrent à peu près, il est vrai, depuis le jour où cette prédiction fut faite jusqu’à le délivrance des Juifs par Cyrus; mais une prophétie aussi élevée, et par son but et par son objet, ne pouvait se rapporter à un présent si proche ni à un événe-

ment si peu important pour le monde. Il ne s’agit point ici non plus des soixante et dix ans qu’a duré la captivité de Babyione : car ces années ne sont point des semaines; et d’ailleurs l’accomplissement de la prophétie de Daniel n’était point encore réalisé après cette époque. Les soixante et dix semaines dont parle Daniel sont des semaines sacrées, telles que les reconnaissait la loi des Juifs, et composées chacune de sept ans, comme nous les voyons établies dans le troisième livre de Moïse (xxv, 8), et chez d’autres peuples, chez les Étrusques, par exemple, et les Romains. Le Taimud fait une mention expresse de

ce genre de semaines. Au reste , les rabbins eux-mêmes, malgré leur aveuglement, n'ont jamais entendu autrement les semaines dont parle Daniel , comme on peut le voir dans les commentaires des rabbins Saadia Gaon et Aben Esra sur ce prophète.

De même que la semaine ordinaire se compose de sept jours, que termine un jour de fête et de repos, ainsi sept années chez les Juifs formaient une semaine, qui finissait par une année sabbatique et sainte, où Ton ne pouvait ni labourer ni ensemencer, et qui était spécialement consacrée au repos et aux fêtes. Par la même analogie, et dans un ordre supérieur, sept semaines d’années ou quarante-neuf ans formaient une autre semaine plus considérable, un wle, une épacie, que terminait une année sabbatique plus solennelle encore. Cette année achevait l’époque de 50 ans, ets’appelaitlegrandsabbat, ou la sainte année jubilaire, dans laquelle toutes les propriétés retournaient à leurs anciens maitres, tous les esclaves obtenaient leur liberté, et la nation tout entière fêtait, pour ainsi dire, son renouvellement. C’était une image de la grande restauration du genre hun*in par Jésus-Christ. Outre cela, tous les sept ans, c'està-dire après six ans de service, l’esclave juif devenait libre, et tous les débiteurs obtenaient la rémission de leurs dettes. Les soixante et dix semaines de Daniel sont donc des semaines d’années, composées chacune de sept ans, et formant un tout de 490 ans, jusqu’au moment où la délivrance devait avoir lieu. Mais ces dix périodes jubilaires ne sont qu’une image en petit de la grande période naturelle et historique de 4320 années lunaires, ou environ quarante-deux siècles d’années solaires. En effet, 490 ans sont à peu près quarante-deux fois 4320 jours, ce qui fait

autant de jours qu’il s’est écoulé d’années depuis la création du monde jusqu’à sa rédemption par Jésus - Christ.

Soixante et dix semaines d’années, ou dix périodes jubilaires, comprenant chacune six cents nouvelles lunes, et formant par conséquent un tout de six mille nouvelles lunes, ne sont elles-mêmes qu’une semaine de la grande année des étoiles fixes, qui se compose de vingt-cinq mille neuf cent vingt années tropiques. Ce nombre, comme l’ont déjà remarqué les rénovateurs de la science chrétienne en ce genre, tels que Frank et G. Schubert, ce nombre a en générai une signification très-importante dans toute l’histoire du peuple de Dieu. Ainsi, depuis la consstruction du tabernacle jusqu'à l’achèvement du temple de Salomon, qui n’était que le tabernacle sur une plus grande échelle, on compte, d’après la chronologie la plus exacte, six mille cours synodiques de la lune, ou 487 ans. Et d'après Clément d’Alexandrie, l’époque des juges en Israël comprend 490 années cycliques ou sacerdotales, composées chacune de deux tiers d’année. De même encore, 493 années solaires se sont écoulées depuis la dédicace du premier temple jusqu'à l’érection de l’autel du second temple, après le premier terme de la captivité de Babylone. Et la durée de ce second temple, après son achèvement sous Esdras, comprend de nouveau 490 ans. Enfin, depuis la reconstruction de Jérusalem et de son temple, ou à partir du décret d’Artaxercès qui mit en liberté le peuple juif, jusqu’à la grande année jubilaire de la grâce que Jésus-Christ vint annoncer au monde entier, il s’était écoulé une espace de temps comprenant six mille nouvelles lunes.

Le même espace de temps s’est écoulé depuis l’établis-

sement de la royauté temporelle en Judée, sous Saül, jusqua la première captivité des Juifs, sous Nabuchodonosor. De plus, la îuue s’est renouvelée douze mille fois depuis le déluge jusqu'au jour où Dieu se choisit entre les peuples une nation qui devait représenter le monde entier, et qu’il voulait conduire d’une manière toute spéciale. Le même intervalle s'est écoulé depuis l’époque où Israël fut délivré de la servitude d’Égypte jusqu a la seconde captivité de Babylone : de sorte qu’il y a eu quatre fois six mille cours de lune depuis le déluge jusqu’à cette seconde captivité. De même encore, depuis Moïse jusqu’à Jésus-Christ, ou depuis l'introduction de la loi symbolique jusqu’à son accomplissement, comme aussi depuis la conquête delà terre promise, sous Josué , jusqu’à la dissolution du royaume tout entier par Titus, il y a eu trois fois six mille cours de lune, ou trois fois soixante et dix semaines d’années.

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