LE JEUNE HOMME BICHE
« donc difficile que ceux qui ont beaucoup d’argent entrent « dans le royaume de Dieu ! Oui, je vous le dis encore une « fois : il est plus facile à un chameau de passer par le « chas d’une aiguille qu’à uu riche d’entrer dans le a royaume du ciel. » Le dieu de l’argent, Plutus, était en même temps pour les anciens, Pluton, l’esprit des ténèbres. Faire passer un éléphant par le trou d’une aiguille était, chez les Juifs, une expression proverbiale, pour exprimer une chose impossible. Mais celte image devait d’ailleurs se présenter d’autant plus facilement ici, que Jésus et ses disciples se trouvaient sur la grande route, que prenaient les caravanes pour aller en Arabie, et que traversaient continuellement des chameaux chargés de marchandises. Les disciples cependant étaient presque scandalisés de cette assertion de leur maître, répétée par trois fois, qu’il n’y a point de salut pour les riches. Ils ne comprenaient pas que, dans le langage de l’Ancien comme du Nouveau Testament, riche et impie signifient la même chose, comme on peut le voir au Psaume lii, au chapitre lui d’Isaïe, v. 9; au chapitre vi d’Amos, v. i ; au chapitre vi de saint Luc, v. 24 ; au chapitre vi de la première Épître à Timothée, v. 17; au chapitre i de saint Jacques, v. 10. Le Christ avait pourtant déjà crié malheur sur les riches dans le sermon de la montagne. Ils ne comprenaient pas que le Sauveur avait voulu dire qu’un chameau entrerait plus facilement a^ec sa charge par le chas d’une aiguille qu’un riche avec ses richesses par la porte du ciel, lorsque ses richesses sont pour lui une occasion de scandale. Bienheureux celui qui jexine, afin de pouvoir nourrir un pauvre , c’est-à-dire celui qui renonce à sou superflu, et se borne au strict nécessaire. Cette
sentence de Notre -Seigneur nous est venue par une tradition apostolique, et nous a été conservée par Origène dans ses sermons latins sur le troisième livre de Moïse; et elle est bien propre à ébranler la conscience des riches et des grands du siècle, qui consument dans de folies dépenses le fruit des sueurs du pauvre et de l’artisan. Les paroles de Notre -Seigneur renferment encore un autre sens plus large et plus profond , qui nous est indiqué aussi par la tradition. Nous lisons, en effet, dans les livres des rabbins: «Ouvrez-moi, dit Dieu le Sei- « gneur, ouvez-moi la porte du repentir pas plus large « seulement que le trou d’une aiguille, et je vous ouvrirai « les portes de la miséricorde si larges que vous pourrez « y entrer sur un char attelé de quatre chevaux. » {Midrasch schtr haschirim , in c. v cantic.) Mais les siens ne l’ont point reçu, et les enfants des hommes n’ont point fait pénitence ; c’est pour cela que la porte du ciel est devenue étroite comme le chas d’une aiguille.
« Ses disciples s’étonnèrent encore davantage lorsqu’ils « entendirent ceci , et ils dirent : Qui peut donc encore « être sauvé? Mais Jésus, les regardant, répondit : Pour « les hommes, c’est impossible, mais tout est possible « pour Dieu. Efforcez-vous donc d’entrer par la porte « étroite : car étroite est la porte qui va au ciel , mais « large est la porte qui mène à l’abîme. Et je vous le dis : « beaucoup essaieront d’entrer, et ne le pourront pas. « Personne ne peut donc être mon disciple s’il ne renonce « à tout ce qu’il possède. » Puis il continua : « Si ton œil « droit te scandalise, arrache-le et jette-le loin de toi;
« car il vaut mieux pour toi entrer dans la vie avec un « seul œil que d’avoir deux yeux et de tomber dans l’en-