CHAPITRE XXXIV
Jésus va au mont des Oliviers
c< Après que Jésus eut achevé ces paroles , et récité le a chant de louange, il sortit, selon sa coutume, pour aller « au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent. Et il a traversa le ruisseau de Cédron, oii il y avait un jardin , « dans lequel il entra avec ses disciples. » Cédron signifie fleuve noir. Peut-être ce ruisseau devait- il son nom au sang des victimes qu’il recevait dans son lit. C’est là qu’avait été jetée, sous les pieux rois de Juda, la cendre des bosquets consacrés aux dieux et la poussière des idoles et des autels de Baal et de Priape; et c’est pour cela que le ravin de Cédron s’appelait aussi la vallée des Cendres. Ce ravin formait l’entrée de la vallée spacieuse qui s’étendait autour de Jérusalem depuis le midi jusqu’au couchant. Nommée d’abord Tophet, ou Ben-Hinnon, et plus tard Josaphat, elle servait de limite aux deux tribus de Juda et
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de Benjamin. Elle avait été témoin autrefois des horribles sacrifices offerts à Moloch , puis plus tard du martyre du prophète Isaïe, scié parle milieu du corps d’après l’ordre du roi Manassès. Et elle gardait sous un chêne les restes de cet ami de Dieu, dans un endroit où s’élève aujourd’hui un mûrier qui indique encore aux pèlerins le lieu de sa sépulture.
C’est ici, dans ce cimetière de Jérusalem, que nous trouvons concentrées toutes les légendes de l’antiquité sur le jugement dernier et la résurrection; et il semble que chaque peuple ait emporté dans sa pairie l’image de cette contrée sauvage. L'aspect de la vallée tout entière porte encore aujourd’hui comme les traces de la désolation et de la mort. C’était là, au milieu de deux palmiers, entre lesquels montait sans cesse une épaisse fumée, c’était là, d’après la tradition, que s’ouvraient les portes de l’enfer. Le Cédron lui -même était comme le Stvx de la Palestine, tandis que le Jourdain en était comme l’Achéron. Vers l’ouest, le ravin au fond duquel est Haceldama, s’étend et s’ouvre dans les vallées de Gihon et de Rephaïm, c’est-à-dire dans la vallée de l’Enfer et dans celle des Géants, où autrefois 180,000 hommes de l’armée de Sennachérib périrent par la main du Seigneur. C’est ici que, d’après la tradition, les géants avaient été vaincus et précipités dans les sombres demeures. Cette gorge profonde semblait tellement horrible qu’on avait peine à croire qu’elle fût l’ouvrage de la nature; et le peuple, croyait que c’étaient les géants, avec leurs rois Og et Sihon, qui l’avaient creusée. Une autre légende rapportait que c’était Satan lui-même.
C’est au-dessus du ravin de cette vallée, à l’est, que la
vache rouge passait pour aller de la montagne du temple à celle des Oliviers. On dressait à cet effet un chemin de planches, long de cinq stades, pour qu’elle ne pût être souillée pendant la route par la poussière de cette vallée des tombeaux. C’était de là aussi que chaque année on lançait le bouc émissaire, qui devait, en se précipitant des roches de Zuk, à douze milles de Jérusalem, expier les péchés du peuple, comme on jetait chez les Romains du haut de la roche Tarpéienne les malfaiteurs , ou bien encore comme chez les Indiens les fakirs se jettent dans un précipice par esprit de pénitence. Ce genre de sacrifice était généralement en usage à une certaine époque de l’antiquité. Ainsi, à Hiérapoîis on jetait des propylées du temple de Saturne, des enfants, dont le corps se brisait contre les rochers du précipice situé à ses pieds : et l’on immolait à l’Artémise de Tauride les malheureux naufragés, en les précipitant du haut des écueils sur lesquels
était bâti son temple. A Athènes même, à la fête des
Tauropoles, on conduisait en procession hors de la ville un homme et une femme, après les avoir nourris aux j frais de l'État, et on les jetait du haut d’un rocher. La ville de Marseille, dans les temps de peste, nourrissait pendant un an un homme pauvre, que l’on précipitait ensuite du haut d’un rocher, orné de couronnes et d’habits de fête, et chargé des malédictions du peuple. Nous trouvons chez les Juifs eux-mêmes cette coutume barbare, comme lorsque, par exemple, le roi Amasias fit précipiter un jour 10,000 prisonniers de Seir dans la vallée du Sel. Nous avons vu plus haut que les Nazaréens avaient voulu faire périr le Sauveur de cette manière, en le précipitant du haut de leur montagne; Mais comme il était
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le véritable agneau pascal, aucun de ses os ne pouvait être brisé, et il devait mourir d’une autre manière et expier nos péchés sur une croix.
Le Fils de Dieu s’en allait donc silencieux, pendant la nuit, vers le mont des Oliviers. 11 allait bientôt accomplir en sa personne sacrée tous les symboles des temps anciens, celui de la vache rouge comme celui du bouc émissaire. 11 pouvait sortir sans obstacle de la ville, quoique toutes ses démarches fussent épiées; car chez les Juifs, de même que chez les autres peuples de l’antiquité, les portes des villes restaient ouvertes la nuit en temps de paix. Lalune brillait au firmament, lesombress’étendaient dans la vallée. Mais Judas le traître attendait, $vec la troupe qui lui avait été donnée , le moment où il pourrait exécuter son crime.