CHAPITRE LI
Le Tribunal de Gahbtiha.
« Pilate, entendant ces discours, conduisit Jésus de- « hors, et s’assit sur son tribunal, sur la place qui s’ap- « pelait en grec Lithostroton, et en hébreu (c’est-à-dire u en syriaque) Gabbatha; et il dit aux Juifs ; Voici votre u roi, » Il y avait dans ces paroles de Pilate de l’ironie, et en même temps de l’indignation contre la mauvaise foi des Juifs, qui voulaient présenter comme un concurrent dangereux pour l'empereur un homme aussi misérable et aussi abandonné que celui qu’ils avaient sous les yeux. Mais il savait, d'un autre coté, jusqu’à quel point Tibère était soupçonneux quand il s’agissait de ses droits, et qu’être accusé devant lui du crime de ièse-majesté c’était être condamné. Il savait que cet empereur n’entendait pas raison sur ce point, et qu’il avait partout des espions du plus bas étage , chargés de lui faire connaître tous les attentats contre sa dignité. Si, comme le dit Tacite, le crime de lèse -majesté était le complément de toutes les accusations, on peut voir combien les Juifs avaient raison de compter sur leurs menaces pour amener Pilate à con-
damner Jésus. Pilate, de son côté, connaissait trop bien les Juifs, leur haine contre Jésus, leur constance et leur opiniâtreté, pour mépriser leurs cris et leur demande; d’autant plus qu’ils étaient venus de toutes les parties de la Judée pour les fêtes de Pâques, et que c’était là précisément l’époque où, de tout temps, les mécontents avaient soulevé le peuple. La position devenait pour le gouverneur délicate et difficile.
Il leur amène donc une autre fois encore le Christ ; car il fallait que ce jugement fut public, et se fit en plein air devant tout le peuple, afin que chaque passant pût voir s’il y eut jamais une injustice plus grande que celle-ci. Or il y avait à Jérusalem, sur la place nommée plus haut, un tribunal en plein air, construit de pierres taillées , sur lequel, d’après un ancien usage, on prononçait haut et publiquement la peine capitale. Les préteurs avaient aussi élevé un tribunal de ce genre dans l’hippodrome à Césarée , leur résidence ordinaire. Celui de Jérusalem s’appelait chez les Juifs Gabbatha , ou la Haute Place. C’était comme les rostres de Jérusalem ; car la loi romaine voulait, d’après Suétone (Cæs., c. xlvi), que dans les procès criminels la sentence fut toujours portée d’un lieu élevé. On voit par tout cela que, si nous avions noté minute par minute toutes les circonstances de cette journée mémorable, nous n’en connaîtrions pas le détail plus exactement que par le récit des évangélistes.