JÉSUS EST EMMENÉ POUR ÊTRE CRUCIFIÉ
Vie de Trajan. Ou peut-être Simon était -il cet Africain, noir de couleur et prosélyte, que nous retrouvons dans les Actes des apôtres sous le nom de Simon le Noir, à côté de Lucius de Cyrène. Car les trois parties du monde, les trois grandes races du genre humain devaient être représentées dans ce grand sacrifice qui réconcilia le ciel avec la terre.
Il ne faut pas s’étonner que les soldats romains aient mis si peu de façon à requérir ce pauvre plébéien qui revenait des champs. Arrien (iv, i ) nous donne une idée de l’audace de ces gens lorsqu’il écrit : « Si un soldat t’impose « une corvée, ne résiste pas, ni ne murmure; sinon tu « recevras des coups, et perdras encore ton âne parti dessus le marché. » Quelques-uns confondent ce Simon avec le lépreux que Jésus avait guéri, et croient qu’il avait quitté sa patrie, et était venu s’établir à Jérusalem pour y mourir , comme le font encore beaucoup de Juifs aujourd’hui. Les soldats le prirent sans doute pour
un homme de rien, avec lequel il n’y avait point à se
gêner; car il revenait des champs portant du bois pour la fête qui était proche. 11 devait encore être jeune à cette époque, puisque sa femme et Rufus, son fils, vivaient encore lorsque saint Paul écrivit son Épître aux Romains, c’est-à-dire vingt-six ans après la mort du Sauveur. Au reste, ce que les Juifs et les soldats romains regardaient comme un opprobre fut pour lui, au contraire, dans les desseins de la Providence, un insigne honneur et le chemin de sa conversion. Il est devenu de cette manière le premier modèle de l’imitation de Jésus-Christ; car tout dans la vie et surtout dans la Passion du Sauveur est à la fois réel et symbolique, et fécond en enseignements, non-
seulement pour la vie de chacun de nous en particulier , mais encore pour toute T histoire.
Jésus marchait donc devant lui ou à côté de lui, comu» pour montrer à tous que ce n’était pas son crime qu'il allait expier , mais ceux des autres, a Or une grande fouie « de peuple le suivait, entre autres des femmes qui le a plaignaient et pleuraient. » L'une d'elles, nommée Bérénice ou Véronique , comme le rapporte une tradition très -ancienne, s’avança vers lui d'un air compatissant, et lui essuya avec son mouchoir le visage , ruisselant de sueur, de sorte que l'empreinte de sa face adorable y resta imprimée en traits sanglants. D'apres une prescription du Talmud, pas une larme de compassion ne devait être donnée au condamné qui marchait au supplice. Mais ces femmes courageuses ne se laissent arrêter ni par cette défense ni parla coutume, et elles forment, au milieu de cette foule impie et furieuse, le seul cortège qui prenne part aux douleurs de l’ Homme-Dieu, a Jésus alors se tourna
« vers elles, et leur dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez
a pas sur moi, mais pleurez sur vous et vos enfants. Car a voici qu'il va venir des joursoù l'on criera: Heureuses les a femmes stériles, et celles qui n’ont point enfanté ! heutt reux le sein qui n'a point allaité! 11$ crieront alors aux « montagnes : Tombez sur nous ; et aux collines ; Êcra- « sez-nous. Car si l’on fait ceci au bois vert, que sera-ce o du bois sec? »
Dans celte marche douloureuse, Jésus, oubliant ses propres souffrances, ne pense qu'à la ruine de sa patrie. Jérusalem était située sur plusieurs collines dont les enfoncements souterrains servirent de refuge aux habitants dans les derniers temps du siège. Les montagnes sont tombées