‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 402 sur 589 · CHAPITRE LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV

Le Vin de myrrhe.

« Or ils arrivèrent au lieu appelé Golgotha ou Cal* « vaire. » C’était une colline avancée et nue du mont Gihon; et elle s’appelait Calvaire non-seulement à cause de son aspect, mais aussi parce que les exécutions par le tranchant du glaive s’y faisaient aussi. Les Juifs néanmoins ne laissaient point les crânes ni les os sur le lieu du

supplice. Les anciens faisaient toujours leurs exécutions

sur des collines ou dans les routes les plus fréquentées , afin de donner à la foule une plus grande horreur pour le crime par le spectacle du châtiment qu'il attire. « Ils lui « présentèrent à boire du vin de myrrhe , qui avait le goût « de vinaigre et de fiel. Il en goûta, mais le refusa. » Ce n'était donc ni par curiosité ni même par une stérile compassion que ces femmes généreuses marchaient à la suite du Sauveur. Elles portaient avec elles un breuvage amer, il est vrai, mais qui devait, en assoupissant les sens du Sauveur, adoucir ses dernières souffrances. C’était une ancienne coutume du sanhédrin de faire donner au pauvre pécheur qui allait être lapidé ou crucifié , après toutefois qu’il avait fait sa confession, une potion narcotique, qui , en liant les sens, diminuait la souffrance. Cette potion était composée d’un vin généreux et de plusieurs ingrédients qui agissaient sur le cerveau à la manière de l'opium. Le sanhédrin prescrivait ordinairement dans ce but un grain d’encens avec un verre de vin. Mais le médecin Dioscoride, tout en attribuant à ce breuvage un eiTet trèsmarqué, propose aussi d'y ajouter de la myrrhe. Et nous voyons dans Apulée qu'on s’en servait souvent pour cet usage. Cette mixture, qu’on employait aussi comme remède, s’appelait chez les Romains sopor. Les daines de la noblesse se chargeaient ordinairement, par un sentiment très-louable, de la préparer; c’était même en quelque sorte un privilège qu’elles s’étaient réservé. Cependant, lorsqu’il s’agissait d’exécuter quelque grand criminel indigne de toute compassion, ce breuvage n’était point administré par elles, mais fourni par la ville elle -même.

Ce n’était donc pas sans une signification profonde que les mages apportèrent à Jésus, dans la crèche, de la

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