‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 410 sur 589 · CHAPITRE LIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIX

Les sept Paroles de Notre-Seigncur.

« Le peuple se tenait à distance et regardait. Mais les a passants le maudissaient , branlant la tête et disant : Eh « bien î toi qui détruis le temple de Dieu et le rebâtis « en trois jours, sauve-toi donc toi-même! Si tu es le a Fils de Dieu , descends de la croix. Les grands prêtres « en faisaient autant ; la noblesse et les anciens le rail- « laient également, et disaient : Il a sauvé les autres, et « il ne peut se sauver lui-même. S’il est le Messie, le « roi d’Israël , l’élu de Dieu, qu’il descende de la croix, « et dès que nous l’aurons vu nous croirons en lui. Et « les docteurs de la loi se disaient les uns aux autres : Il a se confie en Dieu; qu’il le délivre donc maintenant.

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a s’il l’aime. N’a-t-il pas dit : Je suis le Fils de Dieu. » C’est ainsi que tous, les uns après les autres, viennent blasphémer le Fils de Dieu mourant. Pendant que cette procession criminelle défile au pied de la croix, sous les yeux du Sauveur, il s’écrie : « Père, pardonnez-leur, car « ils ne savent ce qu’ils font. » Quel homme, en effet, même le plus méchant, sait tout ce qu’il fait quand il pèche ? 11 y a de l’ignorance jusque dans les péchés délibérés. a Les soldats aussi le raillaient, et même un des a malfaiteurs, des meurtriers qui étaient crucifiés avec a lui, le blasphémait et l’outrageait, lui disant : Si tu es u le Christ, sauve-toi , et sauve-nous avec toi. Mais l’autre « le reprenait, disant : Ne crains-tu pas Dieu, toi non « plus, qui subis la même condamnation? Pour nous, « c est justice; car nous recevons la récompense de nos u actions; mais celui-ci n’a rien fait de mal. Puis il dit à a Jésus: Seigneur, souvenez-vous de moi quand vous a viendrez en votre royaume. Et Jésus lui répondit : En « vérité, je te le dis, aujourd’hui même tu seras avec a moi dans le paradis. »

Joseph, ligure de Jésus-Christ, pendant qu’il était en prison prophétisa k l’un de ceux qui étaient prisonniers avec lui sa délivrance et son exaltation, et à l’autre sa mort. 11 en fut de même ici du Sauveur à l’égard des deux larrons crucifiés avec lui. L’un des deux fut pris sur la croix même , et l’autre réprouvé. D'après la tradition , la croix du Christ était un pas en avant sur les autres ; de sorte que les deux larrons pouvaient le voir sans qu’il pût les voir lui-même. Souvent on mettait un cadenas à la bouche des malfaiteurs pour les empêcher de blasphémer contre le roi et les puissances. Mais cette coutume barbare

ne fut point appliquée en cette circonstance ; et c’est à cela que nous devons les dernières paroles du Sauveur mourant. « Souviens-toi de moi dans ton àme , » c’était là le dernier adieu des mourants chez les Juifs. Au reste, le bon larron , en adressant ces paroles à Notre-Seigneur. partait de l’idée qu’avaient les Juifs de son temps, à savoir que ceux qui assistaient à la mort d’un juste s’assuraient l’entrée du paradis en se recommandant à ses prières. Aujourd’hui encore, l’Israélite sur son lit de mort adresse à Dieu ces paroles : « Quand je mourrai , pensez à moi dans « la vie éternelle, afin que j’aie part au jardin d’Éden, « que vou3 avez réservé aux justes. » Les noms des deux larrons ne nous ont point été conservés par l'histoire : aussi le mythe n’a-t-il pas tardé à s’en emparer. L’évangile apocryphe de l’enfance de Jésus-Christ, qui ne mérite, il est vrai, aucune considération, les appelle Titus et Dumachus; celui de Nicodème, Gênas et Gestas. Ils sont appelés ailleurs Vicinius et Justinus, et dans Bède, Matha et Joca. Les noms de Dcsmas et Gismas , ou Dismas et Gesmas sont restés jusqu’ici les plus répandus dans la légende populaire.

Les Juifs distinguaient deux paradis, l’un supérieur, où habitait la majesté divine, et l’autre inférieur, ou l'Éden, image du premier. C’est dans celui-ci qu’Énoch et É lie avaient été transportés sur un char de feu. C’est à la porte de ce paradis que se tenait Abraham pour recevoir les âmes des justes d’Israël, et pour empêcher qu’aucun de ceux qui étaient entrés comme lui dans l’alliance de la circoncision ne fut précipité dans les flammes dont l’ange du Seigneur avait ceint le jardin du repos éternel après en avoir chassé nos premiers parents. Ces deux paradis

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