LES SEPT PAROLES DE NOTRE- SEIGNEUR. 3 O
! u Jésus sachant que tout était accompli, afin qu'une
ï « parole de l’Écriture s’accomplit encore , il dit : J’ai « soif! » La plus grande souffrance de ceux qui mouraient sur la croix était une soif dévorante ; et la mort [ était ordinairement l’effet de cette soif inextinguible et i des convulsions qu’elle produisait. Et cependant on a vu
des hommes vivre ainsi plus de trois jours sur la croix. Mais la soif, résultat ordinaire de ce genre de supplice, était encore augmentée chez Notre-Seigneur par tout le sang qu’il avait perdu et par toutes les souffrances qu’il avait endurées. « Or il y avait là une bouteille pleine de « vinaigre. Un d’eux courut aussitôt, prit une éponge, « la remplit de vinaigre, la fixa à une tige d’hysope et la « présenta à sa bouche. » Les soldats romains avaient pour boisson une espèce de vinaigre mêlé d’eau qu’ils appelaient posca . Les moissonneurs s’en servaient aussi pendant la moisson, en y ajoutant un peu d’huile pour y tremper leur pain. Les gardes qui étaient au pied de la croix avaient avec eux une bouteille de ce vinaigre; et l'un d’eux en donna à boire au Sauveur, ce qui ordinairement hâtait la mort du patient. Saint Matthieu et saint Marc nous donnent à entendre que , lorsqu’on présenta le vinaigre à Notre-Seigneur, il avait déjà prononcé la dernière parole. C’est pour cela que quelques-uns pensent que ce ne fut point un soldat qui lui rendit ce service , mais un des Juifs présents à sa mort , qui voulut par là rappeler ses esprits près de défaillir, ou lui laver ses blessures, et étancher le sang avec une éponge, jusqu’à ce qu’Élie fût arrivé. Les évangélistes ne nous disent point si les soldats donnèrent aussi du vinaigre aux deux larrons, afin de hâter leur mort, et d’être ainsi débarrassés plus
• yite de leur service. Il est vrai qu’ils obtinrent ce résultat en leur brisant les jambes. Les soldats légionnaires avaient avec eux une éponge , afin d’essuyer le sang de leurs bras et de leurs genoux, après avoir achevé le crucifiement.
L’hysope croit sur le mont des Oliviers, aussi bien que sur le mont du Scandale , de l’autre côté de la ville , et elle atteint souvent eu Orient plusieurs coudées de haut Les rabbins distinguent l’hysope médicinale, qui avait un goût amer, et l'hysope qui servait de combustible, et qu'on employait aussi pour faire les tentes à la fête des Tabernacles. C’est de cette dernière espèce qu’il est ici question. Cependant la traduction éthiopienne parle de feuilles d’hysope qu’on attacha avec l’éponge autour d’un bâton , afin de rendre le vinaigre plus amer encore. Les Pères, en effet, entre autres Lactance, saint Grégoire de ISazianze, saint Chrysostome, saint Augustin , saint Cyrille , croient, d’après les vers sibyllins, que l’hysope qui fut présentée à Notre-Seigneur était une substance appelée rosch , dont le goût était amer et très - désagréable. D'autres croient qu’au lieu du mot grec ussopos , il faut lire ussos ou ussôtos , qui signifie trait, javelot; de sorte que le soldat romain aurait simplement piqué l’éponge à la pointe de la lance qu’il tenait à la main. Au reste, la croix n'était pas très-haute, et, selon la coutume, ne s’élevait guère au - dessus de la hauteur d’un homme ; de sorte qu’on pouvait très-bien atteindre la bouche du patient avec une tige d’hysope. En ce même jour, lors de la première sortie d'Égypte, les Juifs avaient aspergé avec un bouquet d hysope le seuil de leurs portes du sang de l’agneau pascal. Aujourd’hui le Christ était devenu notre agneau pascal ; et l’hysope reprenait sa place et sa signification. Ainsi