CHAPITRE LXV
Mystère de la plaie sacrée' du côté.
a Comme c’était précisément le jour de la préparation, « et que le grand sabbat allait commencer, les Juifs « prièrent Pilate de leur faire rompre les jambes, et de « les faire ôter de la croix, afin que leurs cadavres ne « restassent point sur la croix pendant le sabbat. Les sol- « dats vinrent donc, et rompirent les jambes au premier, « puis au second qui était crucifié avec lui. Mais lorsqu’ils « vinrent à Jésus, et qu’ils virent qu’il était déjà mort, ils w ne lui rompirent point les jambes, mais un des soldats « lui ouvrit le côté avec sa lance , et aussitôt il en coula « du sang et de l’eau. 11 y avait là aussi, loin de la croix, « ses parents et les femmes qui l’avaient suivi de Galilée ; « et parmi elles Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques « le Mineur, et Salomé , mère des fils de Zébédée : et elles « virent tout cela. » Les anciens croyaient que la force de l’homme consiste dans ses genoux; et c’est pour cela qu’on rompait ordinairement les jambes aux crucifiés pour amener aussitôt la mort. Souvent on donnait à ceux qui étaient près de rendre le dernier soupir un coup de massue sur la poitrine, et c’était ce qu’on appelait le coup de grâce. Mais Jésus étant le véritable agneau pascal, aucun de ses os ne fut rompu. Ainsi devaient être accomplies ces paroles de l’Écriture : « Ils ne lui ont brisé aucun os: » et ces autres : « Ils verront Celui qu'ils ont transpercé. » Ce passage du prophète Zacharie est appliqué dans le Talmud, et par les rabbins Aben Esra et Kimchi, au messie
fils de Joseph, qui devait, croyait-on, venir et être tué avant le messie fils de David. Les Juifs n'ont commencé à interpréter dans un autre sens ce passage du prophète que depuis qu’ils ont senti combien il leur était défavorable. Mais les plus anciens rabbins, à qui la controverse avec les chrétiens n’avait point encore imposé ces sorte* de précautions > commentaient cet endroit dans le sens que nous lui attribuons nous~même3. C’est Jéhovah qui parle là, disaient- ils, c’est Jévovah qu’ils ont transpercé.
Lorsque la mort arrive par le système musculaire, comme dans le crucifiement, ce qui reste encore de vie se manifeste jusque dans les derniers moments par des convulsions et des crampes. Mais le corps du Sauveur était dans un calme et un repos parfaits. Il avait gardé jusqu’au dernier moment l’usage de scs sens, et il était mort en poussant un grand cri. Pour s’assurer qu’il était mort, un des soldats lui donna le coup de grâce en lui perçant le cdté gauche avec sa lance ; et il en coula du sang et de l’eau. On peut entendre parla du sang aqueux, c’est-à-dire la partie séreuse du sang; car le sang s’était déjà décomposé, êt la partie nommée entor était coagulée : signe infaillible que la mort avait eu lieu , et que le corps commençait déjà à se refroidir; ou bien, si l’on entend par ces expressions qu’il coula du sang et de l’eau du péricarde , soit en même temps, soit successivement, c’est que le coup, dans ce eus, aura transpercé le cœur. Par conséquent le coup h’a pu être porté du côté droit, d’autant mieux qu’il était plus commode et plus naturel pour celui qui lé donnait de frapper à gauche, puisque dans un coup régulier c’est le bras droit qui donne l’impulsion.
Mais il y avait Ici un profond mystère. Deux fois, disent