‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 434 sur 589 · CHAPITRE LXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVIII

Mort de Judas.

Le ciel venait d’être réconcilié avec la terre par U mort du Fils de Dieu. Mais l’enfer emporia aussi en ce jour sa victime. En effet, a Judas le traître, voyant que a Jésus avait été condamné, se repentit, et rapporta les a trente deniers aux grands prêtres et aux anciens en « disant ; J’ai péché en livrant le sang innocent. » Pendant que le grand conseil, représenté par les membres les plus furieux de ses trois collèges, traînait Jésus du prétoire chez Hérode, et de chez Hérode au prétoire. Judas, dans son désespoir, était allé trouver les princes des prêtres, qui, à cause du jour de la préparation, devaient être rassemblés dans le temple depuis le temps du sacrifice du matin jusqu’au soir, «. Mais ceux-ci répondirent :

« Que nous importe ! C’est ton affaire. Alors il jeta les

MORT DE JLDAS.

« deniers dans le temple , s’enfuit, alla se pendre, tomba « par terre, creva par le milieu du corps, et toutes ses « entrailles sortirent, à la connaissance de tous les habite tants de Jérusalem. » Soit que le corps de Judas fût tombé aussitôt après sa mort du lieu ou il s’était pendu, soit que sa chute n’arrivât que quelques jours après, les terribles jugements de Dieu sur lui furent évidents pour tous. Les Juifs croient que l’homme, après sa mort, doit subir sept jugements. Le premier a lieu lorsque Pâme sort du corps; le second, quand ses œuvres passent devant lui et crient contre lui; le troisième, quand le corps est déposé dans le tombeau ; le quatrième, quand les os se détachent; le cinquième est le jugement des vers : car trois jours après la sépulture le ventre s’ouvre, les entrailles sortent, et on les lui frappe contre la figure en lui disant : « Prends ce que tu as donné à tes entrailles, ce que tu as mangé et bu tous les jours de ta vie, ce que lu n’as pas partagé avec les pauvres nécessiteux. » Depuis le troisième jour jusqu’au trentième, l’homme soutire dans ses yeux, dans ses mains, dans ses pieds, en un mot, dans son corps et dans son âme. Le sixième jugement est celui de l’enfer, et le septième consiste en ce que l’âme erre dans le monde entier * cherchant partout un lieu de repos, sans pouvoir lè trouver, jusqu’à ce que le temps de sa peine soit fini.

<( Or les grands prêtres prirent les deniers et dirent : « Il ne nous est pas permis de les remettre dans le trésor « du temple, car c’est l’argent du sang. Ayant donc délU « béré, ils achetèrent de cet argent le champ d’un potier « pour y enterrer les étrangers. C*cst pour cela que ce « champ s’appelle encore dans leur langue (en syriaque)

LA VIL DE IS.-S. JESUS-CHRIsT.

« Haceldama, c’est-à-dire le champ du sang. » Ce champ, que l’on montre encore aujourd’hui, était situé dans la vallce des morts , au sud de Jérusalem et du côté de Belhléhem. Nous savons par Jérémie (xix) que Bethlehem était anciennement habitée en grande partie par des Potiers, et qu’elle avait pris de là le nom de Ville des potiers. Le sol de ce pays était donc argileux, et un tombeau n’y pouvait coûter bien cher. C’est là ce qui explique comment le prix pour lequel avait été vendu Notre -Seigneur put suffire à acheter un champ. Ainsi Jésus-Christ, après sa mort , exerçait encore la miséricorde envers les étrangers et les pèlerins qui n’avaient point de synagogue particulière à Jérusalem. Mais Judas aussi s'acquit un lieu pour sa sépulture avec le prix de son crime, comme saint Pierre le dit aux Actes (i, 18) : car il fut le premier à y être enseveli. Le nom d’Iscariote, que portait Judas, signifie : le Pendu ; il est donc probable que ce nom lui fut donné à cause du genre de mort dont il avait péri. « Ici encore <( fut accomplie la parole du prophète : Ils ont reçu « trente deniers d'argent, prix de Celui qu’ils ont mis à « prix, selon l’appréciation des enfants d’Israël, et ils les « ont donnés pour le champ d'un potier, comme l’a « ordonné le Seigneur. »

L'évangéliste ne cite pas ici mot à mot les paroles de la prophétie; mais il se contente d’en donner le sens, comme avaient coutume de le faire les Juifs en pareille circonstance. Mais saint Matthieu nomme ici Jérémie, tandis que ces paroles sont réellement de Zacharie. Au premier abord , on pourrait croire qu’il y a ici ou une erreur ou un manque de mémoire, tandis qu’un œil plus exercé y découvre la manifestation d’une loi historique que Light-

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