CHAPITRE LXXII
La Résurrection. 16 nisan ou 17 avril.
Les disciples du Crucifié, devenus orphelins par sa mort , avaient passé dans le deuil et les larmes le premier jour de la Pâque. Les apôtres, à l'exception de Pierre et de Jean, avaient, dans un premier moment d’eflroi, pris la fuite; et môme Thomas Didyme, craignant la persécution des Juifs , s’était , à ce qu'il paraît , caché bien loin; et ce ne fut qu’après plusieurs jours que, revenu de sa terreur, il osa retourner à Jérusalem. Mais bientôt le plus grand nombre , se rappelant et leur vocation et leur devoir, s'étaient retrouvés ça et là dans la ville, sans qu’aucun d'eux sût d'abord ce que les autres étaient devenus, ni qu’on avait placé des gardes au tombeau du Sauveur. « Or voici qu'il se lit un grand trem- « blement de terre ; car l’ange du Seigneur descendit du « ciel ; et, approchant, il roula la pierre et s'assit dessus. t< Son visage était comme l’éclair, et son vêtement comme a la neige. Et voici que les tombeaux s’ouvrirent, et que et beaucoup de corps de saints qui étaient endormis se a levèrent, et sortirent de leurs sépulcres après sa résur- « reclion, et vinrent dans la ville sainte, où ils appaa lurent à plusieurs. » On pourrait, dit un voyageur de notre temps, en considérant la vallée de Josaphat, les collines nues qui l’entourent, les tombeaux renversés, brisés et à demi ouverts que l’on y trouve épars çà et là, on pourrait croire que la trompette du jugement a déjà
retenti dans ce lieu , et que la vallée de Josaphat va rendre les morts qu’elle renferme en son sein.
Les incrédules ont prétendu qu’il fallait voir un simple mythe dans cette prétendue résurrection d’un grand nombre de saints, racontée dans l’Évangile, parce que, disent-ils , d’après saint Paul, le Christ est les prémices de la résurrection. Ils n’ont pas remarqué que saint Matthieu dit expressément que ces corps sont sortis de leur tombeau après la résurrection du Sauveur. Le Christ est le commencement de la résurrection , le premier-né d’entre les morts. Sous Josué , chef d’Israël , le soleil s’était arrêté au firmament pendant trente-six heures. Pendant trentesix heures , Jonas avait demeuré dans le ventre de la baleine; pendant trente-six heures aussi, l’àme du Sauveur demeura dans les enfers. C’est pour cela que , dans la primitive Église, on observait un jeûne rigoureux de quarante heures, du vendredi saint au jour de Pâques, d’autant plus que , d’après une ancienne tradition , les apôtres n’avaient rien pris pendant tout ce temps. Les heures de la douleur et du deuil sont passées; car déjà les élus du Seigneur, sortant de leurs demeures , participent à la gloire de sa résurrection et apparaissent aux hommes. Le fait de ces apparitions est tellement certain, que bientôt Hyménéc et Philète en Asie enseignèrent que la résurrection avait déjà eu lieu, et qu’il n’y en avait plus d’autre à attendre. Et saint Paul combat cette erreur dans sa seconde Épitre à Timothée (u, 18).
APPARITIONS DU CHRIST