‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 442 sur 589 · CHAPITRE LXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIII

Apparitions du Christ.

Notre-Seigneur ressuscita au moment où l’aurore commençait à poindre, « Les gardes tremblèrent de frayeur, « et devinrent comme morts. Le jour de la fête étant u donc fini , comme le sabbat était passé , et que le prête mier jour de la semaine commençait, Marie-Made- « leine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent « des aromates pour aller l’embaumer. » C’est le samedi soir, après la fin du sabbat, qu’elles se procurèrent chez les marchands de Jérusalem les parfums dont elles avaient besoin. Elles en avaient déjà acheté une partie le soir même de la mort de Jésus, immédiatement avant le commencement de la fête, comme le rapporte saint Luc ( xxui, 56); car elles ne pouvaient rien faire pendant le grand sabbat de la fête. Il ne leur était pas même permis de sortir; c’est pour cela qu’elles ne savaient rien encore de la garde qu’on avait mise au tombeau de Jésus. Leur généreuse conduite en cette circonstance prouva que bien souvent les femmes ont plus de cœur et de courage dans le malheur que leur sexe ne semble le comporter. « Le « premier jour de la semaine, de très-bonne heure, lors- « qu’il ne faisait pas encore jour, Marie-Madeleine vint « au tombeau , et vit que la pierre avait été ôtée du sé- « pulcre. Elle courut donc vite, et ayant trouvé Simon- « Pierre et l’autre disciple que Jésus aimait, elle leur dit : « Ils ont enlevé le Seigneur du tombeau, et nous ne « savons où ils l’ont mis. Pierre et l’autre disciple se hA-

« tèrent donc d’aller au tombeau. Tous deux coururent « ensemble ; mais l’autre disciple courut plus vite que « Pierre , et arriva le premier. Il se pencha pour regarder, u vit les linges étendus, mais ne descendit point. Simonie Pierre vint après lui; il descendit dans le caveau, vit « les linges étendus , et le suaire dont on avait couvert la « tête de Jésus. Le suaire toutefois n’était pas avec les « linges, mais dans un autre endroit, et plié. L’autre « disciple, qui était venu le premier au tombeau, descen- « dit aussi, vit la même chose, et fut de la même opi- « nion ; car ils n’avaient pas encore compris l’Écriture w lorsqu’elle dit qu’il devait ressusciter d’entre les morts. a Les disciples retournèrent ensuite chez eux, tout étonw nés de ce qui venait d’arriver. »

Les tombeaux des grands en Judée étaient taillés dans le roc, et se trouvaient ordinairement sur leurs propriétés. La cour du sépulcre était une place libre surmontée d'une coupole : au milieu était une grille qui entourait l’ouverture par laquelle on descendait le cercueil dans le caveau. C’est là que Jean se pencha pour regarder, et qu’il vit les linges au fond du caveau, pendant que Pierre, descendant l’escalier qui était à côté, entrait le premier dans la crypte. Celle-ci avait ordinairement sept coudées de profondeur, de quatre à six coudées de long sur six ou huit de large. On comptait d’habitude huit tombeaux pour un caveau de famille, trois d’un côté, trois de l’autre, et deux en face de l’entrée : ou bien encore treize tombeaux, quatre à droite, quatre à gauche, trois devant et un de chaque côté de l’entrée. Il y avait au milieu un espace libre pour les porteurs qui descendaient le cercueil. Le père de famille était toujours placé vis-à-vis de l’entrée du caveau, dans

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la partie postérieure de la crypte. Quant à la tombe ellemême, où était déposé le corps, elle avait six pieds de profondeur, six pieds et demi de long et trois pieds de large. C’est là qu’on déposait le corps, puis on fermait l’ouverture avec la pierre sépulcrale. Une lampe funéraire était suspendue à la voûte du caveau. Tel était le tombeau de Lazare, où Jésus descendit; tel était aussi le sépulcre de notre divin Sauveur.

« Or Marie se tenait en dehors devant le tombeau , et « pleurait. Comme elle se penchait en pleurant pour « regarder dans le caveau , elle aperçut deux anges vêtus « de blanc, qui étaient assis à l’endroit où avait été mis « le corps de Jésus, l’un à la tète, et l’autre aux pieds, » c’est-à-dire dans la même position où étaient les chérubins de l’arche d’alliance pendant que la Divinité y habitait. Le tombeau proprement dit où fut mis le corps du Seigneur avait lui-même la grandeur de l’arche d’alliance. « Et ils lui dirent : Femme, pourquoi pleurez-vous? Elle « leur répondit : Ils ont enlevé mon maître , et je ne sais « où ils l’ont mis. Et comme, après avoir dit ces mots, a elle se retournait, elle vit Jésus debout devant elle, sans « savoir toutefois que c’était lui. Jésus lui dit : Femrne, « pourquoi pleures-tu, et qui cherches-tu ? Elle , persua- « dée que c’était le jardinier, lui dit: Maître, si vous « l’avez enlevé, dites -moi où vous l’avez mis, afin que « j’aille le chercher, » pour l’embaumer sans doute. a Mais Jésus lui dit : Marie ! Elle se tourna alors vers lui , « en disant: Rabboni, c’est-à-dire: mon Maître. » Puis elle tomba à ses pieds pour lui baiser les genoux , comme c’était la coutume chez les Orientaux et les Grecs lorsqu’on voulait témoigner à quelqu’un une profonde vénération.

u Mais Jésus lui dit : Ne me touche pas, car je ne «ois « pas encore monté vers mon Père; mais va trouver mes « frères, et dis-leur que je vais à mon Père et votre Père, tt à mon Dieu et votre Dieu. Marie -Madeleine s’en aik u donc annoncer ce qu’elle avait vu aux disciples et à et ceux qui avaient été avec lui, et qui maintenant étaient a dans le deuil , et leur dit : J'ai vu le Seigneur, et voîri u ce qu’il m’a dit. Mais eux, entendant dire qu’il vivait et « qu’il avait été vu par elle, ne voulurent point le croire. « Or, comme le soleil se levait, Jeanne, femme de Ch usa, <i Marie mère de Jacques, et Salomé vinrent au tombeau: « et elles se disaient l’une à l’autre : Qui nous ôtera la u pierre de la porte du sépulcre? car elle était très- « grosse. Cependant, comme elles regardaient , elles trou* « vèrent que la pierre avait été ôtée. Elles entrèrent donc « dans le sépulcre; mais elles n’y trouvèrent plus le corps « du Seigneur Jésus. Et comme elles en étaient grande- « ment consternées, elles aperçurent à droite un jeune K homme vêtu de blanc, et elles eurent peur. Mais l’ange u leur dit : Ne vous effrayez pas; je sais que vous cher- « chez Jésus de Nazareth le crucifié. Pourquoi chercheztt vous parmi les morts celui qui est vivant? Il est reste suscité, et n’est plus ici. Venez voir la place où Notre- « Seigneur a été mis. Rappelez-vous ce qu’il vous disait tt lorsqu’il était encore en Galilée : Le Fils de l’homme doit « être livré entre les mains des pécheurs et crucifié, mais a pour ressusciter le troisième jour. Allez donc prompte- « ment dire à ses disciples, et surtout à Pierre, qu'il est a ressuscité. Il vous précédera en Galilée; c’est là que <t vous le verrez. Voici ce que j’avais à vous dire. *

Le* trois premiers évangélistes joignent la visite de

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Madeleine au tombeau à celle des aulrcs femmes, quoiqu’elle y fut allée seule. Mais il leur arrive souvent de raconter ainsi à la fois deux choses distinctes , afin d’abréger le récit. C’est aussi par anticipation que l’ange dit aux saintes femmes qu’elles verraient Jésus en Galilée ; car avant de le voir là elles devaient le voir plusieurs fois ailleurs. a Se souvenant alors de scs paroles, elles s’enfuirent « du sépulcre ; car elles étaient saisies d’épouvante et d’ef- « froi. Elles ne se dirent rien non plus les unes aux « autres, tant elles avaient eu peur, et elles coururent « vite annoncer la chose à ses disciples. Comme elles « étaient en chemin, voici qu’elles rencontrèrent Jésus, « qui leur dit : Salut. Tout aussitôt elles s’avancèrent vers « lui , embrassèrent ses genoux et se prosternèrent devant « lui. Mais Jésus leur dit : Ne craignez point, allez annon- « cer la chose à'mes frères ; qu’ils aillent en Galilée ; ils me « verront là. Elles coururent saisies de crainte et de joie, « et revinrent annoncer la chose aux apôtres et à tous les « autres. Mais ceux-ci, prenant ce qu’elles leur disaient « pour une fable, ne voulaient pas les croire. Plusieurs « cependant sortirent pour aller au tombeau, et revinrent « annonçant la meme cho3e que les deux apôtres Pierre et « Jean. Pendant qu’ils étaient sortis, quelques-uns des « gardes vinrent à la ville raconter au grand prêtre tout ce « qui s’était passé. » C’est ce jour-là que la gerbe d’orge, qui avait été apportée la veille au soir, fut battue , moulue avec une meule à la main. Puis la farine fut passée treize fois au tamis, et on en fil une offrande après en avoir mêlé une partie avec de l’huile et de l’encens; après quoi on en brûla une poignée sur l’autel , tandis que le reste fut donné au prêtre, comme à la Pentecôte.

a Les grands prêtres se réunirent avec les anciens, et « après avoir délibéré ils donnèrent aux soldats une grande « somme d’argent, en leur disant : Dites seulement : Ses « disciples sont venus la nuit, et l’ont enlevé pendant que « nous dormions. » L’aveuglement où les avait jetés la passion ne leur permettait pas de voir que le témoignage de ces soldats se contredisait, puisque, s ils étaient endormis, ils n’avaient pu être témoins de l’enlèvement du Sauveur. « Et si le gouverneur venait à savoir la chose , « nous nous chargeons de lui parler, et de vous mettre « eu sûreté. Ceux-ci prirent donc l'argent, et firent « comme on leur avait dit, et ce bruit se répandit parmi a les Juifs jusqu’à aujourd’hui. » 11 était impossible que les soldats juifs résistassent aux propositions que leur faisait le sanhédrin, dont ils dépendaient.

Nous savons par le dialogue de saint Justin avec Trvphon que le grand conseil, pour empêcher la propagation du christianisme, envoya aussitôt des hommes considérables dans toutes les communes juives, soit en Palestine, soit dans les pays voisins, afin de répandre partout cette calomnie. Ces envoyés disaient donc qu’il s’était élevé une secte inégale et athée, qui avait pour fondateur un imposteur de Galilée nommé Jésus; qu’après qu’on l’avait crucifié ses disciples étaient venus la nuit, et l'avaient enlevé de son tombeau; et que maintenant ils cherchaient à faire croire qu’il était ressuscité. Tertullien, et Eusèbe dans son histoire ecclésiastique , font mention de ce bruit répandu parmi les Juifs. Ce mensonge s’est perpétué parmi eux jusqu’à nos jours. Nous lisons en effet dans le Toldos Jescbu que Judas, homme pieux et sage, ayant appris de Jésus le nom sacré par le moyen duquel celui-ci faisait

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ses miracles, l’avait livré à ses ennemis à la fcte de Pâques, pendant qu’il était dans le temple pour immoler la victime pascale, par suite de quoi il fut lapidé et crucifié; que ce même Judas enleva du tombeau Je corps de son maître, et l’ensevelit dans son jardin sous un ruisseau, dont il avait eu soin auparavant de détourner le cours; puis qu’il rendit à ce ruisseau son cours naturel; de sorte qu'on ne {fût retrouver le corps de Jésus le magicien.

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