‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 444 sur 589 · UT · texte numérisé non relu

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gélistcs était un village situé seulement à 60 stades, ou trois lieues environ de Jérusalem, comme le rapporte Josèphe, d’accord ici avec saint Luc. Emmaüs, autrefois Chammath, devait son nom aux bains d’eau chaude qui s’y trouvaient anciennement, à moins qu’il ne le tire du mot Anima, qui signifie canal. 11 y avait encore près de Gadara et de Tibériade deux autres lieux nommés Emmaüs, dont Josèphe lui-même traduit le nom par celui de source chaude. A part l’apparition miraculeuse du Christ, nous ne savons rien autre chose de ce lieu, si ce n’est que l’empereur y établit, après la guerre des Juifs, une colonie de huit cents vétérans. Cette notice néanmoins nous suffit pour nous aider à retrouver un lieu si important dans l’histoire évangélique. Il est possible que, sans avoir complètement disparu, il ait seulement changé de nom, comme c’est arrivé pour tant de villes et de villages, depuis que le pays a été occupé par des étrangère. Et puisqu’une colonie de vétérans s’v est établie, il est probable que c’est à cette circonstance qu’il aura dû son nouveau nom. Or tous les pèlerins connaissent le village deCulonieh, situé à deux lieues environ à l’ouest de Jérusalem, et oii l’on aperçoit encore les traces d’anciennes murailles. C’est donc là très -probablement la petite ville d’Emmaüs dont fi est ici question. Peut-être parviendra-t-on à y découvrir les vestiges de quelques sources d’eau chaude comblées par le sable, et qui auraient autrefois donné son nom à ce lieu.

« Quand ils furent près du lieu où ils dirigeaient leur « route , il fit comme s’il eût voulu aller pins loin ; mais « ils le contraignirent à rester, en lui disant : Restez avec « nous; car le soir va venir, et le jour penche déjà vers sa

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« fin. 11 entra donc avec eux. Et s’étant mis avec eux à « table , il prit le pain, le bénit et le rompit, et le leur « présenta. » Dans les repas ordinaires, c’était le père de famille qui récitait la prière. Mais lorsqu'un docteur de la loi était présent, c’était lui qui disait le Bcnedkamus, ou le Bénédicité , quand il y avait plus de trois personnes à table; et les autres répondaient: Amen. Celui qui avait béni la table rompait aussi le pain, et le présentait aux convives. Ceux-ci ne commençaient à manger qu’après qu’il avait goûté aux mets. Jésus commença donc la prière accoutumée : Bénissez le Seigneur, qui nous a donné le pain de la terre; et les deux disciples répondirent : Amen. 11 rompit alors le pain ; c’était encore du pain non fermenté, et il le leur offrit. Mais ce pain était devenu entre ses mains son propre corps; de sorte que Notre -Seigneur est le premier qui ait donné l’eucharistie sous une seule espèce. « Leurs yeux s’ouvrirent alors, et iis le recon- « nurent. Mais il disparut du milieu d’eux. Et ils se dirent « mutuellement : Notre cœur n’était-il pas enflammé « pendant qu’il parlait avec nous dans le chemin, et qu’il « nous découvrait les Écritures? »

La nourriture céleste que le Christ, ce nouvel arbre de vie , nous donne dans la sainte eucharistie , est comme l’antidote du fruit de l’arbre de la science du bien et du mal, que nos parents mangèrent; et qui leur procura, à eux et à leurs descendants, la mort de l’àme et du corps* Aujourd’hui, un procédé tout contraire a lieu pour le salut de l’humanité rachetée. Car de même qu’il est dit d’Adam et d’Ève qu’après qu’ils eurent mangé leurs yeux furent ouverts, et ils reconnurent leur nudité, ainsi les yeux des deux disciples d’Emmaüs sont ouverts, mais dans

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un sens opposé; car ils reconnaissent qu’ils avaient prét sent devant eux ce même Jésus qui était mort pour eux l sur la croix, et qu’ils avaient pris pour un autre. Les peuples païens avaient aussi, comme nous l’avons vu plus haut , des mystères et une communion , figures du mystère i de l’eucharistie. Mais, chez la plupart d’entre eux, ces mystères élaient tellement défigurés qu’il n’était presque plus possible d’y reconnaître l’idée qu’ils signifiaient et qui i leur avait servi de fondement. Et celle altération était devenue tellement monstrueuse chez plusieurs peuples qu’on est obligé de l’attribuer en grande partie à l’influence des démons, qui, comme on le sait, avaient Une si grande part dans les mystères du paganisme.

Il semble que la pauvre humanité , poursuivie , sans en avoir parfaitement la conscience, par le besoin de se nourrir de la chair et du sang d’un Dieu , afin d’y puiser la force qui lui manquait, et ne trouvant rien qui put la satisfaire complètement sous ce rapport, cherchait à s’approprier par anticipation ce mystère , réservé à des temps plus heureux , et croyait réaliser d’autant mieux cette idée qu’elle l’exagérait davantage. Ce n’était pas seulement en Orient ni en Grèce qu’avaient lieu ces horribles sacrifices et ces communions épouvantables , connues sous le nom à'homophagies , où l’on vit plus d’une fois un père manger la chair de son fils. Tite-Live, xxxix, 8-19, raconte qu'à une époque assez reculée déjà, un prêtre grec inconnu, devin et sacrificateur à la fois, vint en Étrurie , et y introduisit des mystères secrets et nocturnes, qui se répandirent bientôt à Rome et dans toute l’Italie; de sorte qu’au lieu de trois ans, au bout desquels ces fêtes et ces assemblées avaient lieu d’abord, elles revinrent bientôt jusqu’à cinq

fois par mois. Personne ne pouvait plus y être initié après vingt ans. Chaque adepte était livré comme une victime au prêtre, qui remportait aussitôt dans un lieu où les oreilles étaient assourdies par les vociférations, les chants, le son des timbales, afin que ce tumulte empêchât d'entendre les cris de ceux qu’on égorgeait ou que Ton déshonorait. Quiconque refusait de prêter le serment qu’on lui demandait, ou de se prêter aux abominations qu’on exigeait de lui, était immolé comme victime, ou précipité par des trappes secrètes dans des caveaux souterrains , et Ton disait alors que les dieux 1* avaient enlevé. Mais ces orgies nocturnes, qui se tenaient dans le bosquet de Simula à Rome, furent découvertes par un jeune homme dont le tuteur avait voulu se débarrasser de cette manière , mais qui avait été sauvé par une esclave. C’était l’an de Rome 566 ou cent quatre-vingt-six ans avant Jésus- Christ. Il fut prouvé alors que déjà plusieurs milliers d’hommes et de femmes de toutes les conditions, même les plus élevées, avaient été entraînés dans ces abîmes de corruption. C’est pourquoi Posthumius, consul vigilant, fit détruire à Rome et dans toute la péninsule tous les lieux consacrés à Bacchus et où i on pratiquait ces horribles mystères. Le monde entier fut frappé de stupeur en apprenant qu’il renfermait dans son sein comme un enfer anticipé. Les païens, on le sait, n’ont cessé d’accuser les chrétiens de renouveler dans leurs assemblées nocturnes ces pratiques affreuses , et de manger des enfants dans leurs agapes. Or il est très-probable que ces accusations, injustes et fausses en tant quelles s’adressaient à l’Église, avaient été provoquées par certaines sectes gnostiques et manichéennes, qui voulaient amalgamer le paganisme avec le christianisme, et dont nous

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j retrouvons encore les traces dans les mystères de la sorcellerie du moyen âge.

Dans la religion des Perses, plus pure et plus spirituelle, les mystères figuratifs de la sainte Eucharistie sont aussi plus convenables et moins altères. Là le prophète des temps primitifs dit à Zoroastre , son successeur. « Je « suis Hom le pur; c’est moi qui donne la vie à l'immor- «c taiité. Quiconque me parle, me mange, m'invoque « avec ardeur, et m’offre une humble prière, celui-là « chasse les dieux du monde. » Aussi saint Justin le martyr n’hésite-i-il pas à reconnaître dans les mystères de Mithras une contrefaçon de ceux du christianisme, inspirée par les démons. « Car, dit -il, dans les cérémonies « de l’initiation on donne à l’adepte du pain et un calice « pour boire, et l’on prononce en même temps certaines « formules. » Tertullien parle également du pain con-

sacré qu’on leur donnait comme symbole de la résurrection. Ce pain, c’est le pain de Darun, qui pour la forme et la grandeur ressemble à nos hosties , et que l’on distribuait en mémoire et en honneur de Hom, fondateur de la religion d’Ormuzd. Le calice , c’est le calice sacré (Havan) où l’on boit la liqueur de Hom, comme si c’était le sang du prophète. Plus tard celte liqueur fut remplacée par le haschisch, boisson enivrante et narcotique, que buvaient les assassins du vieux de la montagne pour s’exciter au meurtre, renouvelant ainsi les mystères des bacchantes.

Le sacrifice forme le centre du culte dans toutes les religions. Ainsi, chez les Égyptiens, on immolait chaque année un taureau, que l’on partageait ensuite et que l’on mangeait. C’était un symbole de la mort du Dieu de la lumière , mort qui se renouvelle chaque année. Dans les

sacrifices non sanglants, le pain remplace la chair de l’animal qu'on égorgeait, et le vin rouge remplace sce sang. Mais tous les symboles du paganisme ne sont rt«a en comparaison de ceux que nous trouvons chez les inits dans les pains de proposition. Ces pains, cuits sans levais, étaient mangés par les prêtres dans le lieu saint , chaqu? jour de sabbat, et remplacés par d’autres. Ils s'appelaient le pain de la face, c’est-à-dire de la face divine; car oa le3 considérait comme le pain par lequel on voit Dieu, dont la réception et la jouissance mène à la contemplation de Dieu. Ces pains n’étaient donc pas proprement une nourriture corporelle; mais ils désignaient un aliment spirituel, capable de développer dans l’homme cette vie supérieure qui consiste à voir Dieu face à face. La table des pains de proposition était dans le Saint des saints, figure du ciel. Ils étaient donc là comme des pains célestes; et les prêtres qui en mangeaient jouissaient d’une manière symbolique de la vie céleste, oii contempler et se rassasier sont une seule et même chose. (Ps. xvn , io.J Or saint Paul dans sa seconde Épître aux Corinthiens, iv,

4 , appelle le Christ l’image de Dieu, la face du Père. Le pain de la face est donc la même chose que le pain du Christ. Aussi le Christ lui -même nous dit- il en saint Jean, vi, 40 : « Qui voit le Fils a la vie éternelle; et qui « se nourrit de lui, pain vivant qui est descendu du ciel,

« vivra dans l'éternité. » Mais ce qui n’est que symbole dans la loi de Moïse est vérité dans la nouvelle alliance. Et c'est ainsi que le Christ, ce vrai pain du ciel, est né pour nous à Bethiehem, maison du pain. Or il est remarquable que le nom donné par les Arabes à cette ville signifie maison de la chair.

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« Et se levant à l’heure môme, ils retournèrent à Jéru- « salern. Us trouvèrent les onze assemblés avec les autres, « qui leur dirent : Le Seigneur est vraiment ressuscité; « et il a apparu à Simon. Mais eux racontèrent ce qui leur « était arrivé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu « dans la fraction du pain. Et malgré cela les autres ne « voulaient pas le croire. »

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