CHAPITRE LXXV
Suite du môme sujet.
« Sur le soir du môme jour, le jour d’après le sabbat, « les portes du lieu où les disciples étaient rassemblés « étant fermées de peur des Juifs, Jésus vint; et, debout « au milieu d’eux, il leur dit : La paix soit avec vous, a C’est moi, ne craignez point. Ils tremblaient cependant u et étaient effrayés, croyant voir un esprit. Mais il leur a dit : Pourquoi vous troublez-vous ainsi , et pourquoi ces u pensées montent-elles en vos cœurs? Et après qu’il leur a eut dit ces paroles , il leur montra ses mains , ses pieds cc et son côté, et leur dit : Voyez mes mains et mes pieds; o c’est bien moi : touchez et voyez; un esprit n’a ni chair « ni os comme vous voyez que j’ai. Mais comme ils ne « croyaient point encore, hors d’eux d’étonnement et de « joie, il leur dit: Avez-vous ici quelque chose à niante ger? Et ils lui offrirent un morceau de poisson grillé « et un rayon de miel. Et lorsqu’il eut mangé devant u eux, il leur distribua ce qui restait. » Nous voyons clairement ici que Notre -Seigneur avait eu aussi les pieds
cloués il la croix, et non attachés seulement avec des cordes, comme plusieurs ennemis de l’Église Font prétendu; car il leur montra ses plaies, pour bien les convaincre de la réalité de sa présence. Comme en ces jours on ne mangeait que des pains sans levain, ils lui présentèrent une espèce de gâteau fait de farine, de miel, d’amandes et d’épices, et que les Juifs mangeaient pendant la semaine de Pâque, pour relever un peu le goût de la pâte non fermentée. Une tradition très -ancienne et trèsautorisée dans l’Église raconte que Notre -Seigneur offrit à manger à scs apôtres et mangea lui -môme en leur présence, parce qu’ils n’avaient rien pris depuis sa mort. Et même l’un d’entre eux avait juré de ne rien prendre jusqu’à ce qu’il fût ressuscité. Ce n’est point par besoin qu’il mangea, puisque, depuis sa résurrection , son corps était affranchi de toutes les nécessités corporelles; mais il voulait prouver aux siens qu’il était réellement présent au milieu d’eux.
Et comme ils étaient à table, il leur reprocha leur « incrédulité et leur dureté de cœur de ce qu’ils n’avaient et point cru ceux qui l’avaient vu ressuscité. » Saint Jérome ajoute à ces paroles la phrase suivante, qui se trouvait dans quelques exemplaires grecs à la fin de l’Évangile selon saint Marc : « Mais ils s’excusèrent en disant : Le monde « est aujourd’hui plein de malice et d'incrédulité; cl « l’esprit impur qui le possède ne permet point de saisir « la vraie vertu de Dieu. Manifestez donc dès maintenant « votre justice. Il leur dit : C’est là ce que je vous ai dit u lorsque j’étais encore avec vous, qu’il fallait que tout « ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse et dans les « prophètes s’accomplit. Il leur ouvrit alors l’esprit, pour
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a qu’ils comprissent les Écritures, et il leur dit : Il est « ainsi écrit, et ainsi fallait- il que le Christ souffrît, et « qu’il ressuscitât d’entre les morts le troisième jour; et « que la pénitence et la rémission des péchés fussent prê- « chées en son nom à toutes les nations en commençant « par Jérusalem. Les disciples se réjouirent en voyant le a Seigneur. Il leur dit de nouveau : La paix soit avec « vous. Comme le Père m’a envoyé, je vous envoie. Et « en disant cela il souffla sur eux , et leur dit : Recevez le « Saint-Esprit. Ceux à qui vous remettez les péchés, ils a leur sont remis; et ceux à qui vous les retenez, ils leur « sont retenus. »
Le Seigneur en ces jours salue ses disciples par ces paroles : La paix soit avec vous ; car depuis sa mort le ciel était réconcilié avec la terre, et la véritable paix était rétablie dans le monde. C’était d’ailleurs une formule usitée chez les Juifs. L’esprit des différents peuples se révèle
d’une manière frappante dans la forme de leurs salutations. Le Grec, gai, vif, mais en même temps frivole et léger, fait pour la vie sociale , pour le négoce et pour la conversation, salue en disant : Chairete, réjouissez -vous. Le Romain, au contraire, dit : Salve, salut , porte-toi bien ! C’est l’élément héroïque qui se manifeste ici. La force et la santé corporelle étaient une des principales qualités de ce peuple dur et énergique, dont la mission était de briser tous les autres, pour les réduire à l’unité. Le Germain exprime la même idée quand il dit : Gott grusse dich, ce qui signifie : Gott moche dich gross , c’est-à-dire que Dieu te fasse grand. C’est la répétition de la bénédiction que le patriarche Noé donna à Japhet et à ses fils. Les peuptes de l'Orient , descendants de Sem , saluent en di-
sant : La paix soit avec toi ! Schalum. Salem, la ville de la paix, est la capitale de cette race. C’est là que demeurait déjà, dès les temps anciens, Melchisédech , le premier prêtre dans la terre des Hébreux. Aussi ces paroles : La paix soit avec vous, retentissent chaque jour dans l’église à nos oreilles. Car, selon les rabbins, Dieu ne connaissait point de plus grande bénédiction pour son peuple que la paix.
Maintenant que la rédemption est accomplie , le Christ annonce au genre humain la rémission des péchés, et promulgue le sacrement de pénitence et la nécessité de la confession. Comment, en effet, aurait-il pu donner à ses apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de retenir les péchés s’il n’avait imposé aux fidèles l’obligation de les confesser? Comment, sans la confession, le prêtre pourrait-il savoir quels péchés il peut remettre et quels péchés il doit retenir ? Nous avons déjà vu plus haut que la confession existait chez les Juifs, et particulièrement dans le baptême de Jean. Les livres des Juifs sont pleins de témoignages qui prouvent l’existence de cette pratique. Ainsi nous lisons dans le Talmud, Hier. Sankéd cap. vi, ces paroles remarquables : « Celui qui confesse ses péchés participe à « la vie éternelle. L’expérience en a été faite dans la perte sonne d’Achan, à qui Josué dit, vu, 49 : Mon fils, « rends gloire à Dieu, Seigneur d’Israël, et fais-lui ta « confession ; découvre - moi ce que tu as fait , et ne me « cache rien. Et Achan répondit à Jesué : J’ai vraiment « péché contre le Seigneur Dieu d'Israël , et j'ai manqué « en ceci et en cela. Mais comment savons -nous que « son péché lui a été remis ? Parce que Josué lui dit : « Comme tu nous as affligés, que Dieu t’afflige aujour-
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« d'hui. Tu souffres en ce jour ; mais aussi tu ne souf- « friras plus dans le siècle futur. » Dans un autre traité, intitulé Joma, fol. 8n , 2 , nous lisons : « Voici ce que dit « le B. Huna : Quiconque commet une faute doit confes- « ser sou péché en détail, comme il est écrit dans V Exode, xx*n. » Bien plus, les rabbins distinguent la contrition, la confession et la satisfaction, et ils trouvent celte distinction dans le Deutéronome, xxx , 14. Ainsi nous lisons dans le traité de morale intitulé lieschith Chocma : « Il est écrit : La chose est près de toi , dans ta bouche et « dans ton cœur, pour que tu la fasses. Ces paroles : « Dans ta bouche , signifient l'aveu de tout ce qu’un pé- « nitent doit confesser. Ces autres : Dans ton cœur, si- « gnifient la pénitence du cœur et le propos de ne plus a pécher» Ces autres enfin : Pour que tu la fasses, signj- « gnifient que le pénitent, par exemple, qui a détourné « quelque chose doit le rendre. »
Personne ne pouvait être reçu dans l’ordre des esséniens qu’après s’ètre confessé. Personne non plus ne pouvait être initié aux mystères des cabires à Samolhrace, ni obtenir des dieux aucun oracle, s'il n'avait auparavant con-? fessé les péchés de sa vie , comme on le voit par l'exemple de Lysandre. Le meurtre fait de propos délibéré était le seql crime qui ne fût jamais pardonné. Le prêtre qui recevait la confessiqn portait le nom de prophète. Nous ayons vu plus haut que la confession faite devant le prêtre , et en détail, existait dans le culte de Mithras et chez les disciples de Buddha. Ainsi nous trouvons déjà che? presque tous les peuples, avant même le christianisme, cette institution, qui a ses racines dans les besoins les plus profonds du cœur humain.
i 08 la VIE 1)E N.-S. JÉSUS-CHRIST.
Notre-Seigneur, avant d’envoyer à ses apôtres le Saint- Esprit par une effusion générale , comme il le fit au jour de la Pentecôte, voulut le leur donner d'une maniéré spéciale, en quelque sorte, par une certaine anticipaüoo de la grâce , à peu près comme il leur avait donné soa corps et son sang dans l’Eucharistie avant de le livrer poar eux sur la croix. Dieu versa dans le premier homme l ime raisonnable avec le souffle de sa bouche : c’est pour cek que le souffle , divinus afflatus , a toujours été considère comme le symbole de la communication de l’esprit divin. Le Christ donne par son souffle à ses apôtres le Saint-Esprit, qui procède de lui et du Père. Ce passage de l'Évangile suffirait déjà à lui seul pour convaincre d’erreur les grecs schismatiques, qui nient que le Sain{- Esprit procède du Fils. Mais les Orientaux , privés depuis des siècles de toute vie ecclésiastique, parce qu’ils sont séparés de Fnnité, n’ont plus parmi eux aucun théologien capable <k traiter ce sujet sous le rapport historique ou philosophique.
« Thomas cependant, un des douze , nommé aussi Di- « dyme, n’était point avec eux lorsque Jésus vint. Les « autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Sei- « gneur. Mais il leur dit : Si je ne vois dans ses mains « l’empreinte des clous, et ne mets mon doigt là où « étaient les clous , et ma main dans son côté , je ne croi- « rai point, » Or huit jours après , c’est-à-dire après la fin des fêtes, le dimanche 23 nisan ou 24 avril, « les dis- « ciples étant encore rassemblés , et Thomas avec eui , « Jésus vint les portes fermées; et, paraissant au milieu a d’eux, leur dit : La paix soit avec vous. Puis il dit à « Thomas : Mets ton doigt là, et vois mes mains ; ap-
DERNIÈRE RÉUNION EN GALILÉE
« proche ta main, et mets -la dans mon côté, et ne sois « plus incrédule, mais fidèle. Thomas, répondant, lui « dit : Mon Seigneur et mon Dieu. Jésus lui dit : Parce « que tu as vu, Thomas, tu as cru; heureux ceux qui «< n’ont point vu et qui croient cependant. » Les Juifs euxmêmes ne faisaient pas difficulté d’attribuer au Messie le nom de Dieu. Ainsi nous lisons dans le Midrasch Tillim, sur le psaume xxi : a Dieu donne au Messie son propre « nom, et son nom est Jéhovah. » Jérémie (xxiu, 6) dit en parlant du Messie : ci Voici quel sera son nom : <c On <c l’appellera Jéhovah notre justice. » Et dans le Sohar ( 1 , f. 63, col. 249 ) : <c C’est le roi Messie qui porte aussi « le nom du Dieu saint et béni, w