‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 446 sur 589 · CHAPITRE LXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVI

Dernière réunion en Galilée. Primatie de Pierre.

<c Les onze disciples allèrent donc en Galilée , comme ci Jésus le leur avait ordonné. Là Jésus apparut de nou- « veau près de la mer de Tibériade. Or il leur apparut cc ainsi. Simon-Pierre et Thomas, appelé Didyme; Na cc thanael, de Cana eû Galilée; les fils de Zébédée, et « deux autres encore de ses disciples étant ensemble , Si- <c mon-Pierre leur dit : Je vais pêcher. Ils lui dirent : « nous allons aussi avec vous. » C’était la dernière fois que > se souvenant de leur ancienne profession , ils allaient jeter le filet; car ils ne devaient plus pêcher désormais que des hommes, cc Us sortirent aussitôt, et mon-

T. III

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« tèrent dans une barque ; mais cette nuit-là ils ne prirent « rien. Le matin venu, Jésus parut sur le rivage; niais h ses disciples ne le reconnurent point. Jésus leur cria : k Mes enfants, n’avez-vous rien à manger? lis lui répem- « dirent : Non. » Les habitants de la contrée étaient accoutumés à s’adresser aux apôtres dans leurs besoins, et ceux-ci ne les refusaient jamais tant qu’ils avaient quelque chose à leur donner. La question de Notre -Seigneur n'étonna donc point les disciples.

« Jésus leur dit : Jetez le filet à droite de la barque , cl « vous prendrez quelque chose. Le disciple que Jésus « aimait dit à Pierre : (Test le Seigneur. Ils jetèrent donc « le filet , et ils ne le pouvaient plus tirer à cause de la « multitude des poissons. Lorsque Simon-Pierre eut en- <( tendu que c’était le Seigneur, il ceignit sa tunique, car « il n’était pas vêtu, » c’est-à-dire qu’il n'avait sur le corps qu’une chemise de pêcheur, « et il se jeta dans la a mer. Mais les autres disciples vinrent dans la barque ; <( car ils n’étaient pas loin de la terre, à peu près à deux « cents coudées , et ils tiraient le filet avec les poissons, u Lorsqu’ils furent descendus à terre, ils virent des charü bons allumés, et un poisson mis dessus, et du pain. « Jésus leur dit : Apportez des poissons que vous vene* » de prendre. Simon-Pierre monta aussitôt dans la barque, k et il tira à terre le filet. 11 était ^lein, et avait cent cina quanle- trois grands poissons; et, quoiqu’il y en eut « tant, le filet ne se rompit point. Jésus leur dit: Ye- « nez manger. Mais aucun des disciples n’üsait lui de- « mander : Qui êtes-vous ? sachant que c’était le Seigneur, a Jésus s’approcha, prit du pain et le leur donna, et de « même pour les poissons. Or co fut la troisième foii

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a que Jésus apparut à ses disciples réunis depuis qu’il « était ressuscité d’entre les morts.

« Lorsqu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu plus que ceux-ci? Il a lui répondit : Oui , Seigneur, vous savez que je vous « aime. Jésus lui dit : Pais mes agneaux. » Pierre, dès qu’il avait su que le Seigneur était là sur le rivage, s’éfait jeté à la mer pour être plus tôt près de lui, comme il avait une autre fois déjà, sur l'invitation de son maître, essaye de marcher sur les flots. C’était là une preuve bien sensible de son amour pour Jésus. « 11 lui dit de nouveau : a Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu? 11 répondit : Oui, a Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. Il lui dit une troisième fois : Simon, « fils de Jonas , m’aimes-tu ? Pierre fut contristé qu’il lui « eut demandé une troisième fois : M’aimes -tu? et il lui a dit: Seigneur, vous savez toutes choses; vous savez « aussi que je vous aime. Et Jésus lui dit : Pais mes bre- « bis. » Notre-Seigneur, choisissant le fils de Jonas pour le pasteur suprême de l’Église, lui adressa la parole d’une manière solennelle, comme il l’avait fait lorsqu’il l’appela a l’honneur de l’apostolat. Pierre, en donnant trois fois à son maître l’assurance qu’il l’aimait, devait réparer la faute qu’il avait commise en le reniant trois fois. C’est alors qu'il est jugé digne de paître les agneaux et les brebis, les petits et les grands, les fidèles et les pasteurs; car dans la bergerie du Christ les pasteurs eux-mêmes ne sont que des brebis pour Pierre et ses successeurs. C’était la troisième fois que Jésus apparaissait à ses disciples réunis.

C’était la troisième fois aussi qu’il établissait Pierre chef

de son Église ; la première fois lorsqu’il l’avait choisi près du Jourdain, et qu’il lui avait donné un nouveau nom, afin de couronner sa ferme espérance dans le Messie; la seconde fois à Césarée , pour récompenser sa foi et l’ardeur avec laquelle il avait confessé sa divinité. Aujourd’hui, c’est l’amour qui forme le lien entre Pierre et le Christ; et c’est après s’être assuré par trois fois de son amour pour lui que le Christ lui confie le soin de paître son troupeau. Jésus continua en ces termes : «En vérité, « en vérité, je te le dis, lorsque tu étais jeune, tu te « ceignais toi-même, et lu marchais où tu voulais. Mais « lorsque tu seras vieux , tu étendras tes mains , et un « autre te ceindra et te mènera où tu ne veux pas. 11 « disait cela pour signifier par quel genre de mort il le « glorifierait. » C’était déjà la troisième fois que le Sauveur lui prédisait qu’il mourrait à sa suite, et saint Jean a vu de ses yeux l’accomplissement de cette prophétie. Car, comme il le remarque lui-même dans son Évangile (11, 22 ; vu, 39; xu, 16), ils ne comprenaient ordinairement les prophéties du Christ qu’après leur accomplissement. « Puis « les disciples allèrent sur la montagne où Jésus leur « avait donné rendez - vous. Là il apparut à plus de « cinq cents frères à la fois , dont la plupart vivaient « encore du temps de saint Paul et dont quelques-uns « étaient morts. »

Arnobe dit qu’il apparut à un nombre considérable de frères. Saint Luc avait connu quelques-uns de ces disciples auxquels apparut le Sauveur, et avait appris de leur bouche plusieurs détails de la vie de Jésus-Christ, comme il le dit lui - même dans son Évangile (i, 2). Il en est de même de ce Quadratusqui, à cause de son zèle à répandre

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l’Évangile, reçut des premiers fidèles le nom d’évangéliste. « Et lorsqu’ils le virent, ils tombèrent à ses pieds;

« mais quelques-uns doutaient encore. » Ou , d’après une leçon plus exacte, « aucun ne doutait plus. » La montagne sur laquelle eut lieu cette grande assemblée de l’Église tout entière sous son divin chef est certainement le Thabor. D’après la tradition, l’église de Cabula, détruite depuis bien longtemps, avait été bâtie sur le lieu même où s’était tenue cette assemblée. Là même où les trois apôtres privilégiés l’avaient vu glorifier le jour de sa transfiguration, il voulut manifester à tous ses disciples la gloire de sa résurrection. Puis il leur enseigna la manière de conduire les fidèles confiés à leurs soins, de répandre et de gouverner le royaume de Dieu sur la terre.

C’est ici probablement qu’il faut placer une partie des discours de Notre-Seigneur que les évangélistes rattachent soit à la première vocation des apôtres, soit à la prophétie qu'il fit relativement à la destruction de Jérusalem et au dernier jugement, entre autres ces paroles: «Allez, je et vous envoie comme des agneaux au milieu des loups, et Vous serez traînés à cause de moi devant les gouver- <t neurs et les rois, afin de rendre témoignage et pour eux « et pour les peuples. Et si l’on vous conduit dans les a synagogues, devant les magistrats et les grands, ne vous <t inquiétez point de ce que vous aurez à répondre ni de et ce que vous devrez dire ; car ce que vous devez dire vous « sera inspiré à l’heure même. Ce n’est pas vous qui parte lerez alors, mais ce sera l’esprit de votre Père qui parlera et en vous. Je donnerai à votre bouche une sagesse à a laquelle vos adversaires ne pourront s’opposer ni résiste ter. Vous serez trahis par vos parents et vos frères, par

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a vos alliés et vos amis, et ils en feront périr plusieurs « d’entre vous. Vous serez haïs de tous à cause de mon a nom, et je serai crucifié de nouveau. » Cette dernière phrase est attribuée à Notre-Seigneur par Origène. * Mais a vous posséderez vos âmes par la patience. Si l’on vous « persécute dans une ville, fuyez dans uue autre. En vérité « je vous le dis, vous n’aurez pas fini avec les villes « d’Israël jusqu’à ce que vienne le Fils de L’homme. Ainsi <( ceux qui me voient et veulent prendre part à mon « royaume doivent me recevoir parmi les angoisses et a les souffrances. » Cette sentence est tirée de rEpîire a catholique de saint Barnabé. « Mais celui qui me cona fesse devant les hommes, je le confesserai devant mon u Père au ciel; et celui qui me renie devant les hommes, « je le renierai devant mon Père céleste. Celui qui cherche « à garder sa vie la perdra, et celui qui perd sa vie pour a moi la trouvera.

« Et après qu’il eut parlé ainsi, il dit à Simon -Pierre : a Suis-moi. Pierre, se tournant alors, vit le disciple que a Jésus aimait, et qui avait reposé sur sa poitrine pendant a la Cène, et lui avait demandé: Maître, quel est celui « qui va vous trahir? Pierre, voyant donc celui-ci, dit « à Jésus : Seigneur, et celui-ci , que deviendra- 1 -il? p De même que Moïse au mont Horeb, lorsqu’il fut choisi de Dieu comme conducteur de son peuple, se mit à trembler, parce que sa langue était pesante et embarrassée , ainsi Pierre, en ce moment où Dieu le choisit comme un nouveau Moïse pour conduire le nouveau peuple qu’il s’était acquis par son sang, s’effraie de la mission qui lui est confiée, et cherche un compagnon qui puisse l’aider. Mais ce n’était point Jean qui devait être le nouvel

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Aaron de ce nouveau Moïse, c’était Paul que la Providence destinait pour cette auguste fonction.

Oii Pierre va-t-il fixer le siège terrestre de son gouvernement? Le christianisme étant une religion universelle, le souverain pasteur de l’Église doit s’établir aussi dans une grande capitale, dans une ville universelle en quelque sorte. Or l’antiquité ne connaissait que trois villes de ce genre bâties sur sept collines, dont chacune était entourée d’une enceinte particulière, et représentant ainsi le monde avec ses sept cercles planétaires. Ces trois villes étaient Babylone, Jérusalem et Rome. C’est à ces trois villes, en effet, que se rattachent l’histoire et les destinées de i’ humanité tout entière. A l’orient était située Babylone; c’était là que les descendants de Noé s’étaient établis après avoir quitté l’archc; c’était de là qu’étaient parties toutes les nations de la terre. Le chef de l’Église du Christ ne devaitil pas se sentir porté à placer son siège dans cette ancienne capitale du monde, ou les go ixan te-douze souches du genre humain s’étaient séparées après la confusion des langues, afin d’établir le centre de l’unité là même où avaient commencé la division et le désordre? N’est-ce pas à Babylone qu'il a commencé, pour ainsi dire, à agir comme premier pasteur de l’Église, en envoyant de là sa première Épitre? Mais Jérusalem semblait pouvoir élever des prétentions plus fondées encore sous ce rapport. C’est là qu’avaient vécu Abraham, tous les patriarches, les prêtres et les rois du peuple élu. C’est là qu'avait subsisté pendant mille ans le peuple de Dieu , et que s'étaient accomplies les prophéphies et les promesses sur lesquelles le genre humain avait fondé pendant si longtemps ses espérances. Les prophètes n’avaient -ils pas annoncé que Jérusalem serait à jamais

la ville sainte et la capitale du peuple de Dieu? Ne seisblait-il pas conforme à la raison, à la lettre et à l’esprit des saintes Écritures que le nouveau chef du peuple de Di?e plaçât son trône dans la ville de Sion, que le nouveau Meichisédech offrît sur lemontMoria, la sainte montagne, ou sur le Calvaire, le sacrifice perpétuel du corps et dü sang de Jésus-Christ. Rome, enfin, cette maîtresse da monde, réclamait aussi de son côté l’insigne honneur tte posséder le centre de l’unité catholique. S’appuyant sur te droit de la force, Rome avait absorbé dans son unité tou? les empires qui l’avaient précédée ; elle réunissait en te moment sous son sceptre tous les peuples de la terre. Sa langue était parlée dans le monde entier, et pouvait devenir ainsi l'instrument et le signe de cette unité qui devait être le caractère distinctif de l’Église.

Mais Pierre ne pouvait fixer son siège dans l'ancienne Babel, la ville de la confusion, la capitale du paganisme, qui avait enivré tous les peuples de la terre du calice de ses prostitutions; la capitale desChamites, chargés des malédictions du Seigneur, et destinés à être esclaves des fils de Sem et de Japhet. Par suite de cette malédiction , elle était déjà ruinée depuis longtemps, et de ses débris s’étaient construites les deux villes voisines : Ctésiphon et Séleucie.

Ce qui portait encore à cette époque le nom de Babylone n’était plus qu’une ville insignifiante, qui bientôt tomba tout à fait ; si bien que de nos jours son emplacement est à peine désigné par un énorme amas de ruines près de la ville d'Hella, et que les bêtes fauves ont établi leurs tanières là même où était autrefois le berceau des peuples.

De plus, à l’est de Babylone s’étend encore aujourd’hni dans un espace immense le paganisme, représenté par

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les deux religions de Brahma et de Buddha, qui comptent plus d’adeptes que tous les peuples chrétiens pris ensemble.

Jérusalem pouvait-elle devenir la capitale de la nouvelle alliance, elle la ville déicide que le Fils de Dieu a maudite, et dont il a voué à une ruine éternelle le temple et la population tout entière ; sur laquelle il a pleuré par trois fois : la première au mont des Oliviers, en annonçant le sort qui lui était réservé ; la seconde lors de son entrée triomphale à Jérusalem; et la troisième pendant qu’il marchait au Calvaire. Le peuple élu , en mettant à mort le Messie et en chassant ses apôtres, avait perdu tous ses droits. Israël devait tomber plus tard au pouvoir d’ïsmaël, d’Édom et des fils de Céthura; et aujourd’hui encore s'élève sur le mont Moria le grand temple de l’islamisme , de cette religion qui lie les peuples de la moitié de l’Asie et de l’Afrique dans la croyance à un Dieu abstrait sans rédempteur. La Providence avait depuis longtemps déjà détourné ses regards de l’Orient, et le sceptre de l’histoire passait ainsi à l’Occident, oii vivaient les peuples que n’avaient point encore amollis les délices d’une civilisation raffinée, des peuples capables de servir d’instruments à la Providence, pour accomplir ses desseins sur le genre humain.

Pierre, averti déjà à Joppé de vaincre ses répugnances à l’égard des Gentils, devait donc porter le siège suprême du nouveau royaume de Dieu à Rome, cette Ninive de l’Occident, et aller prêcher la pénitence dans celte ville de 3,000,000 d’habitants, sous les yeux de l’empereur qui commandait à toute la terre. La parole de Noé à son plus jeune fils allait recevoir son accomplissement. Japhet

allait demeurer dans les tenies de Sem, et Cbanaan allait

être son esclave. Bientôt le Capitole, cette citadelle des peuples, allait voir tomber en ruines le temple de son Jupiter dans l’incendie qui dévora la ville tout entière; de sorte que les druides gaulois dirent alors qu’autrefois la ville du Tibre, après avoir été consumée par les flammes, ! s’était relevée de ses ruines, parce que son temple était resté intact; mais qu’aujourd’hui, son temple étant détruit, c’en était fait d’elle à jamais. Rome païenne s’affaissa bien plus encore lorsque les statues de ses dieux , emportées par Genséric le Vandale, et chargées sur ses vaisseaux, furent englouties par la tempête au fond de la mer. Mais lorsque le temps de celte capitale du paganisme fut accompli, et que ses douze siècles furent écoulés, elle sortit de ses cendres, toute glorifiée par la lumière du christianisme. Elle devint la ville sacerdotale de la nouvelle alliance. Et afin que l’indépendance du pontife suprême ne fût point exposée par le voisinage de l’empereur, quoique converti, celui-ci alla transporter son trône aux portes de l’Asie ; et maintenant le vicaire de Jésus -Christ gouverne l’Église tout entière du milieu de cette ville, qui pendant si longtemps s’est abreuvée du sang des martyrs.

Les paroles par lesquelles Jésus établit Pierre son vicaire, pasteur de ses agneaux et de ses brebis, sont si claires et si précises, que Pierre s’en étonne lui-même, et que, tout effrayé de cette élévation sublime et de cette préférence de son maître , à l’exclusion du disciple bienaimé, il demande ce qu’il en sera de celui-ci. Mais Jésus lui répondit : a Si je veux qu’il reste jusqu’à ce que je « vienne, que t’importe? Pour toi, suis- moi.» Dans ces

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paroles Notre -Seigneur annonçait à Jean qu’il ne mourrait point avant le jour où il viendrait juger Jérusalem, dans ce jugement si terrible, qu’il le donne lui -môme comme l’image du jugement dernier. « C’est de là que le « bruit se répandit parmi les frères que ce disciple no a mourrait point. Mais Jésus n’avait pas qu’il ne mour- « rait point; il avait dit seulement : Si je veux qu’il reste « jusqu’à ce que je vienne, que t’importe? C’est ce même a disciple qui assure et a écrit ceci, et nous jurons que « son témoignage est vrai. » Quant à ce que Notre -Seigneur a fait ou dit encore après sa résurrection* l’évangéliste l’enveloppe dans celte assertion générale : « Jésus a a encore* il est vrai, fait devant ses disciples beaucoup « d’autres signes qui ne sont point écrits dans ce livre. « Mais ceux-ci sont écrits afin que vous croyiez que Jésus a est le Messie* le Fils de Dieu, et que c’est par la foi en ce son nom qu’on obtient la vie éternelle. » Ces paroles sont la condamnation manifeste de ceux qui veulent tout trouver dans l’Écriture; elles prouvent évidemment qu’en dehors d’elle il y a encore pour les vérités révélées une source beaucoup plus riche et plus abondante.

Telle est la grande assemblée de tous les fidèles sur la sainte montagne en Galilée* oii le Sauveur avait donné plusieurs fois rendez-vous à ses disciples avec une insistance qui prouve combien cette réunion était importante à ses yeux. # Après ce temps-îà le Christ apparut encore à « Jacques. » C’est le fils de Zébédée dont il est ici question, le premier de tous les apôtres qui ait souffert le martyre pour son maître, et non , comme plusieurs l’ont cru jusqu’ici, le fils d’Alphée, qui fut le premier évêque de Jérusalem. Ce que les Évangiles nous disent de Jacques le

Majeur ne nous éclaire guère sur les motifs pour lesquels Notre-Seigneur le distingua avec Pierre et Jean parmi ses autres apdtres. Mais cette obscurité qui enveloppe les actions de sa vie vient de ce qu’il mourut de bonne heure, et qu’il n’eut aucun évangéliste parmi ses disciples, comme Pierre et Paul en avaient eu. 11 n’écrivit point non plus lui-même d’évangile, comme le fit son frère le plus jeune. Mais les causes de cette préférence nous sont indiquées par le Talmud, qui nous parle des effets merveilleux de son zèle à Jérusalem; et c’est précisément pour cela qu’il fut mis à mort par les Juifs. D’après un document cité par saint Jérôme [de Vir. ill.9 ch. h), cette apparition de Notre-Seigneur à Jacques aurait eu lieu le jour même de la résurrection. Ce Père raconte en efiet que Jacques avait juré de ne prendre aucune nourriture depuis le jour où il avait bu le calice du Seigneur jusqu’à ce qu’il l’eut vu ressuscité, et qu'à cause de cela Notre-Seigneur lui apparut et lui dit : « Apportez du pain sur la table; « puis il prit le pain, le bénit et le rompit, et le donna à « Jacques en disant : Mange ce pain, mon frère, car le « Fils de l’homme est ressuscité d’entre les morts. # Nous aurions ainsi dix apparitions du Sauveur après sa résurrection, nombre qui a une importance particulière aux yeux des Juifs dans l’économie divine du salut des hommes; car Dieu, disaient -ils, avait prononcé dix paroles lorsqu’il avait créé le monde matériel, et dix aussi lorsqu’il avait créé le monde spirituel au mont Sinaï. 11 avait soumis Abraham à dix épreuves et les Égyptiens à dix plaies ; enfin dix signes devaient annoncer la venue du Messie.

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