PREMIÈRE PERSÉCUTION
métropole de la chrétienté, chaque nation a son église ou sa chapelle particulière. Les affranchis étaient des Juifs romains dont les ancêtres, emmenés comme esclaves en Italie sous Pompée, avaient été ensuite affranchis par leurs maîtres, et s’étaient établis en grande pallie à Rome, ou ils obtinrent droit de cité des empereurs Auguste et Tibère. Leur nombre s’était tellement accru que plus de huit mille d’entre eux purent se joindre aux députés qui étaient venus de Judée après la mort d’Hérode l’ Ancien, pour demander qu’Archélaiis fut exclu du trône de Judée. Les Cyrdnéens étaient, comme nous l’avons vu déjà, les descendants des Juifs qui avaient été transportés en Égypte et en Libye par le premier des Ptolémée. Un certain nombre de Juifs s’étaient établis dès l’origine à Alexandrie, et ils avaient su gagner la faveur d’Alexandre le Grand, et obtenir des rois d’Égypte de grands avantages. Quant aux Juifs de la province d’Asie et de la Cilicie, ils étaient dans une position semblable. Partout les synagogues juives devaient être comme des avant-postes pour les messagers du Christ.
Ces diverses associations se soulevèrent donc unanimement contre le .diacre Étienne, jeune homme plein de science et de zèle , renommé dans le peuple par ses miracles , qui eut le courage de mettre publiquement le Christ au-dessus de Moïse , et de déclarer ainsi que le christianisme n’était pas seulement le reflet du mosaïsme, mais une institution d’an ordre plus élevé. Bien plus , dans son zèle, il osa répéter la prophétie du Seigneur sur la i-uine de Jérusalem et la fin du culte mosaïque. Irrités par ces paroles, les Juifs le traînèrent devant le grand conseil , qu'effrayaient déjà les progrès du christianisme.
Mais Étienne, le visage enflammé, se mit à parcourir toute leur histoire , leur mettant sous les veux les merveilleuses conduites de Dieu depuis Abraham jusqu'au Christ , et leur indocilité. Puis il termina par ces mots :
« Vous avez reçu la loi par la médiation des anges, et * vous ne l’avez point observée. » Comme ils le regardaient avec des yeux pleins de colère, son visage s’illumina tout à coup comme celui d’un ange; et, ravi en extase à la vue de la palme du martyre qu’il allait bientôt cueillir, il s’écria plein du Saint-Esprit : « Je vois le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. »
Ce discours du jeune diacre en présence de la mort , la manière vive et pénétrante dont il avait exposé le vrai sens de la loi et du temple et la valeur purement symbolique et temporaire de l’ancienne alliance, furent dans les desseins de la Providence les premières lueurs qui éclairèrent l’esprit de Saul, et lui inspirèrent des réflexions salutaires. Et il est remarquable que presque toutes les lettres du grand Apôtre se distinguent précisément en ce qu’il ne cesse de relever la distinction qui existe entre la loi et l’Évangile , comme Étienne l’avait fait dans son discours. Les juges grinçaient des dents et se bouchaieut les oreilles pour ne pas entendre ce qu’ils regardaient comme un blasphème. Ils se mirent à crier de toutes leurs forces, comme les Juifs font encore aujourd’hui quand on les serre de trop près en interprétant la Bible d’après la manière de leurs pères; puis, se jetant tous ensemble sur Étienne, ils le poussèrent dehors, pour le conduire à la mort, comme coupable d’avoir blasphémé et porté le peuple à l’apostasie. Ce fut une des dernières
condamnations capitales que le sanhédrin prononça dans