CHAPITRE XX LV
Premier concile de Jérusalem.
Bientôt après leur retour s’éleva dans T Église de Su ie une dispute très-animée sur la nécessité de la circoncision, par le zèle outré de quelques judaïsants qui étaient venus de Jérusalem. Paul et Barnabe, accompagnés de quelques autres disciples, parmi lesquels était Tite, vinrent donc à ce sujet trouver les apôtres à Jérusalem, en traversant la Phénicie et la Samarie, où ils racontèrent partout les merveilles de la bonté divine à l’égard des païens; et c’est ainsi qu’eut lieu le premier concile, qui fut en meme temps le modèle de tous les autres. C’était vraiment un concile général , puisqu'il était présidé par Pierre , le chef des croyants, qui avait été chassé de Rome, oii les progrès de la foi avaient allumé la persécution. A ce synode assistaient aussi Marc et Jean les évangélistes,. Judas Barsabc, Silaset Jacques, frère du Seigneur, évoque de Jérusalem. Il v avait aussi dans l’assemblée d’anciens pharisiens, prêtres ou anciens, qui s'étaient convertis au christianisme, et qui regardaient la loi de Moïse comme étant encore obligatoire. Paul se leva le premier et rendit compte devant Pierre, Jacques et Jean , qui étaient considérés comme les colonnes de l’Église, de l'évangile qu’il
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avait prêché aux païens. Puis le pêcheur de Galilée ouvrit comme primai l’assemblée par un discours où il rappela que Dieu Taxait depuis longtemps choisi pour que les païens entendissent par sa bouche et crussent la parole de l'Évangile. Puis il exposa leurs besoins, et la grâce du salut qu’ils avaient obtenue par la foi on Jésus-Christ: de sorte que les œuvres de la loi , mais non les bonnes œuvres en général, leur étaient inutiles. Jacques confirma le discours de Pierre > et répéta qu’il avait plu à Dieu de se choisir parmi les païens un peuple pour sou nom.
Ces paroles seraient, contre la coutume ordinaire de l’Écriture, évidemment exagérées, si Pierre, outre la maison de Corneille , n'axait pas converti un grand nombre de païens, s’it n'avait pas, comme parle la tradition, prêché l'Évangile, chez le peuple des païens par excellence, c'est-à-dire chez les Bomains. On semble s'accorder sur ce point, que Pierre voulait prêcher l’Évangile principalement aux Juifs , et Paul aux païens. Mais cette distinction entre les deux apôtres serait ici sans application, puisque Pierre avait déjà été à Home plusieurs années auparavant, après son départ de la Judée. Paul lui-même, dans son Épitre aux Galates, insiste à prouver, non qu’il ait reçu seul la mission de prêcher les païens, puisque Pierre l’avait déjà reçue d’en haut avant lui à Juppé > mais qu’il avait promis de ne prêcher que hors de la Palestine, parce que les autres apôtres le regardaient d'un œil un peu déliant, à cause de ce qu’il avait reçu l’Évangile de Jésus -Christ immédiatement, et non par leurs enseignements.
Après qu’on eut consulte l'Ecriture, et qu’on eut entendu les parties, ou déclara que lu circoncision, de
l’HbillLK COMCILE DE JÉRUSALEM*
même que les autres pratiques du mosaïsme , qui avaient eu pour but de séparer le peuple juif du reste du monde, avaient rempli leur but , et avaient été abrogées par la nouvelle alliance. Cette sentence faisait tomber le mur de séparation entre les Juifs et les païens, et dégageait complètement l’Église des liens du judaïsme. C’est en ce jour aussi que fut composé le Symbole des apôtres, que la religion du Christ fut proclamée comme la religion universelle, et que l’Église fut constituée pour la première fois comme catholique et dans les paroles et dans les actes. Les païens ne furent donc plus obligés, pour entrer dans l'Église, de se faire d’abord prosélytes de justice, et de passer par le mosaïsme, en se soumettant à la circoncision et aux prescriptions disciplinaires de la loi; mais ils devaient seulement, comme les prosélytes de la porte, remplir les sept commandements appelés préceptes de N oc, et qui avaient été donnés non au patriarche des Hébreux, mais à ceux du genre humain tout entier. Or la religion des descendants de jNoé consistait, d’après les Juifs, dans r observation des sept préceptes naturels, c’est-à-dire à garder la justice, à s’abstenir de l’idolâtrie, du blasphème, de l’inceste, du meurtre, du vol et de manger des animaux encore vivants* D’après le R. Manassé, ces commandements étaient les suivants: éviter l’idolâtrie, l’inceste > l’homicide, le vol; ne point manger la chair des animaux encore vivants, ne point se mutiler soi-même, et ne point mêler les plantes ou les animaux de dis erses espèces. Dieu, croyait-on, avait donné six de ces préceptes à Adam ; et après le déluge il avait ajouté la défense de se nourrir d'animaux vivants. Celle coutume horrible, qui s’est conservée chez les Copines jusqu’à nos joins ,
LA ME DE N.- S. JESIS-CHKIST.
olait pratiquée, comme nous l’avons vu, dans les mystères de Bacclius.
Les apôtres détendirent aussi dans ce concile aux païens venus du paganisme de participer aux sacritices des idoles, de manger du sang ou de la chair d'animaux étouffés, comme aussi de pratiquer la fornication, c’est-à-dire le mariage à des degrés défendus; car la défense de la fornication proprement dite s'entendait de soi - même pour les
chrétiens. Saint Paul, dans son Épilre aux Galates, h, t ,
nous apprend l’époque de ce premier concile œcuménique. C’était quatorze ans après sa première entrevue avec les apôtres à Jérusalem, comme le comprend aussi saint Jérôme, c’est-à-dire dix-sept ans après su conversion, ou l'an 49 après Jésus-Christ. Cette époque se trouve d’ailleurs confirmée par la persécution qui chassa de Rouie immédiatement auparavant Pierre et la communauté des iidèles. Les chronologistes chrétiens ont coutume de placer ce premier synode l’an ai après Jésus-Christ. Mais celte erreur vient de ce qu’ils placent la mort du Sauveur l’an de Rome 78G. Les décisions du concile furent consignées dans un écrit adressé aux frères à Antioche eu Syrie et en Cilicie. Pierre vint lui-mcme à Antioche, siège de son premier épiscopat. Mais comme, dans la crainte de scandaliser les Juifs, il évitait de fréquenter les païens, Paul lui résista en face, trouvant qu'il semblait par là reconnaître encore à la loi mosaïque une valeur obligatoire qu’elle ne possédait plus.