CHAPITRE XXVI
Paul à Athènes. Les Élcuslnics.
Beroô accueillit volontiers l’Évangile; mais les Thessaloniciens chassèrent l’apôtre saint Paul. Laissant derrière lui Silas et Timothée , il fit voile vers Athènes, où dominait l’ancienne tribu sacerdotale des Kériques. Là, dans cette ville célèbre des philosophes, il disputa aussitôt avec les épicuriens et les stoïciens , deux écoles opposées, semblables aux sadducéens et aux pharisiens chez les Juifs. Ils le conduisirent à l’aréopage, où l’on traitait toute sorte de sujets à cette époque, dans des exercices publics où chacun cherchait à faire briller son éloquence et son talent. C’est là, au pied de la colline de Mars, que saint Paul, n\ant devant soi l’acropole avec scs chefs-d'œuvre de l’ail grec, à gauche le magnifique temple de Thésée , et tout autour les autres temples elles autels de la vi-le, dont les Athéniens étaient si fiers, c’est là que Paul leur dit : « Dieu, « qui a fait le monde avec tout ce quM renferme, étant le « maître du ciel et de la terre, n’habite point dans de? « temples bat is de main d’homme. » Là, sur l’Acropole étaient les trois célèbres statues de Minerve , l’une de bois d’olivier, l’autre d’or et d’ivoire, le chef-d’œuvre de Phidias, qui était dans le Parthénon ; la troisième enfin était une statue colossale placée en plein air, dont la lance
PAUL A ATIUINES.
dépassait le Parthénon, et servait de phare aux vaisseaux qui venaient au Piréc lorsqu’elle brillait au soleil. Mais Paul, insensible à toutes ces magnificences, ne craignit pas de leur dire : « La Divinité n’est point comme les « œuvres d’art faites d’or, d’argent ou de pierre, et invente lion des hommes. Cependant, comme je marchais « dans la ville, et que je considérais l’image de vos dieux, a j’ai trouvé un autel avec cette inscription : Au Dieu « inconnu. » Et il prêcha aux Athéniens assemblés le dieu inconnu. Denys, membre de l’aréopage, Damaris, dame savante de la ville, et à sa suite plusieurs autres encore s’attachèrent à l’apôtre du Christ, et Denys fut établi premier évêque d’Athènes.
Paul partit pour Corinthe, en passant par Eleusis, siège antique des mystères et berceau de la civilisation européenne. C’est là qu’était le temple de Cérès, chef -d’œuvre d'architecture, qui avait plus de 350 pieds de long et 300 pieds de large. La contrée tout entière lui appartenait avec ses sources de sel. C’est là, dans les champs de Rharos, que le divin Triplolème avait cultivé pour la première fois en Europe l’orge, la plus ancienne espèce de grains, et qu’il avait laissé les principes et les règles de l’agriculture, de la morale et de la religion. C’était de l’Asie Mineure et même par la Cilicie que l’agriculture avait été apportée dans fAttique. Au jourd’hui venait du même pays un autre semeur dans la personne du grand Apôtre. La semence pour germer doit être déposée dans le sein de la terre ; et l’homme, conlinuellement en lutte avec la nature et avec les saisons, est obligé d’arracher, pour ainsi dire, chaque jour au sol scs dons. Cette lutte matérielle était représentée dans les jeux guerriers d’Éleusis, dont parle
Homère. Déjà, dans les Éleusinies, les prêtres enseignaient que la raison doit lutter continuellement avec les sens, l’esprit avec la matière ou avec la chair et le sang, la partie céleste* de notre être avec sa partie terrestre, jusqu'à ce que l’esprit soit mur pour une meilleure vie. Pour arriver à la gloire éternelle qui lui est réservée, et recevoir la récompense de ses vertus, il doit d’abord se dépouiller Icibas du corps qu’il a pris de la terre : puis, après cette vit, il faut encore que dans la sphère de la lune il sc dépouille après de longs efforts de l’àme et du principe de la vie, pour retourner ainsi par une ascension continue jusqu m lieu de son origine. Telle était la tradition enseignée dm ce sanctuaire; et Plutarque, ce grand moraliste du paganisme, la développe dans son traité : De la figure qu'm aperçoit dans l'orbe de la lune. Il ne faut donc pas s'étonner que le sanctuaire d’Éleusis ait duré dix - huit siècles, c’est-à-dire depuis l’an 4400 avant Jésus -Christ jusqu'au 20 décembre 482 de l’ère chrétienne, où il fut fermé par un édit de l’empereur Théodose.
Aujourd’hui paraissait un homme qui n’avait point été initié aux mystères d’Éleusis, et qui par conséquent n'avait point à garder le secret sur la doctrine qu'on y enseignait. Mais il avait reçu une consécration d’un ordre bien plus élevé, et pouvait pénétrer bien plus avant dans ces mystères qui ont de tout temps occupé l’esprit humain. Use présentait aux Athéniens, presque tous initiés plus ou moins aux mystères, comme nous l’apprennent les anciens, quoique leur vie fût peu en rapport avec la doctrine sublime qu’ils renfermaient ; il se présentait à eux comme un prophète et comme un prêtre bien plus grand que ceux d’Éleusis. Il leur enseigna d’où- l’homme tire son origine,