CHAPITRE XLVII
Martyre de Jacques, fils d’Aîphée.
Il est probable que l’Épitre que saintJacques avaitadressée aux Juifs chrétiens, et dans laquelle il confessait publiquement Jésus-Christ, excita contre lui la fureur des Juifs,
et fut la cause de son martyre. D’après saint Jérôme et Eu-
sèbe, saint Jacques mourut la septième année du règne de Néron , après avoir occupé pendant trente ans le siège de Jérusalem. Mais comme leur chronologie est en retard de deux ans, au lieu de trente ans c’est trente-deux ans qu’a duré son épiscopat. L’historien Josèphe, dans ses Antiquités juives (XX, ix, i), nous donne sur la mort de cet apôtre des détails plus circonstanciés. « Anne le Jeune, dit- il, a qui était alors grand prêtre , était un homme d’un carae- « tère fier, dur et inexorable; et de plus il appartenait « il la secte des sadducéens, qui, comme Juifs, se distinct guaient entre tous les autres par leur rigueur impi- « toyable. Le préteur Fcstus étant mort, et son successeur « étant en route pour venir le remplacer, Anne crut le « moment favorable pour dénoncer devant le sanhédrin, a comme violateur de la loi, Jacques* frère de Jésus, qu'on « appelle le Christ, et plusieurs autres avec lui : par suite « de quoi iis furent tous lapidés. Tous les citoyens hon- « nêtes et meme les plus zélés pour la loi blâmèrent cet K excès de sévérité. On envoya donc en secret au roi « Agrippa quelques personnes sûres pour le prier d’é- « crire au grand prêtre de ne plus se permettre à l’ave* « nir de tels actes. Quelques-uns d’entre eux allèrent
« à la rencontre du nouveau préteur Albinus, qui venait « d’Alexandrie, et lui firent remarquer qu’Anne avait « dans cette circonstance dépassé la limite de son pouvoir « en convoquant rassemblée des juges sans avoir attendu « son consentement. Albinus, prévenu par ces paroles, « écrivit au pontife des lettres pleines de colère , où il « le menaçait de lui faire payer cher l’abus de pouvoir « dont il s’était rendu coupable. Mais le roi Agrippa a le déposa, à cause de ce fait, du souverain pontificat, « qu’il n’avait exercé que trois mois, et en investit Jésus, « fils de Damnée. »
Anne appartenait , comme on le voit, au parti rationaliste et toujours plus influent des sadducéens, qui s’élevaient au-dessus du vain formalisme des pharisiens, sans toutefois mener la vie épicurienne des hérodiens. Ils affectaient, au contraire, une grande régularité de mœurs : mais, étroits d’esprit et de cœur, à peu près comme les calvinistes de nos jours, ils avaient ce fanatisme froid et dur qui s’acharne à poursuivre ses adversaires, et pousse souvent la persécution jusqu’à la cruauté. Le grand conseil avait déjà dépassé ses pouvoirs en faisant exécuter saint Étienne. C’est ce meme Anne qui, dix ans plus tard, fut étranglé par les zélotes. Eusèbe raconte que saint Jacques fut précipité d’en haut, et que, comme il n’était pas tout à fait mort, mais qu’il priait encore, un foulon ou un teinturier l’acheva avec son bâton. Nous voyons par le récit de Josèphe que l’Apôtre ne souffrit pas seul dans cette persécution : mais que d’autres disciples encore périrent avec lui; à moins peut-être qu’il ne place ici les exécutions qui avaient eu lieu auparavant.
Ceux qui devaient être lapidés étaient jetés d’une plate-
FPiTRF. T)E SAINT JUDE.
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| forme en bas, comme nous l'avons vu plus haut : et lorsque la première pierre , jetée par le témoin , ne causait pas la mort, chaque Israélite pouvait se mêler à l'exécution. Ainsi mourut, dans sa quatre-vingt-dixième année, dit-on, l’homme le plus rigide dans sa vie de tous les disciples de Notre-Seigneur. Le peuple, au rapport d'Eusèbe, l’appelait le Juste ou plutôt 1* Admirable. Mais, de même
que Mathias avait remplacé Judas Iscariote, et Saul saint Jacques le Majeur, ainsi Jacques, fils d’Alphée, fut remplacé d’une certaine manière dans l'apostolat par Joseph, surnom-
nié Barnabe ou le Fils de la consolation; et c’est pour cela qu’il s’appelle d’une manière spéciale : Envoyé du Christ. Aucun disciple apres lui n’obtint la dignité d’apôtre. Jacques eut pour successeur sur le siège de Jérusalem Siméon ou Simon , fils de Cléophas, frère de Jacques le Mineur et cousin de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Comme, dans les points difficiles, et particulièrement dans les questions chronologiques, Eusèbe est ordinairement trèsexact, nous n'avons aucune raison de révoquer en doute ici son récit.