CHAPITRE XV
Promette du Rédempteur après quatre-vingt-cinq jubilê>.
La vérité était presque toujours présentée aux anciens sous la forme de symboles ou d’images. C’est pour cela que les Juifs ne dédaignaient point d’appuyer sur les symboles leurs calculs chronologiques. Ainsi, un lit dans le livre intitulé Scheinoth rabba, qui n’est qu’un commentaire sur l'Exode : « La \enue du Messie doit avoir lieu « dans la trentième génération depuis Abraham. L’Êcri- « ture dit que le juste fleurira dans son temps, et qu'il y « aura une grande paix jusqu’à ce qu’il n’v ait plus au- « cune lune. Avant que Dieu ait tiré d'Egypte les enfants « d’Israël, il leur a fait entendre dans les paroles de « l’Exode (ch. xu, v. 2) que le royaume ne viendrait à u eux qu’ après trente générations ; car il est écrit : Cette « lune doit être le commencement des mois. Un mois a « trente jours, et votre royaume doit venir après trente « âges d’hommes. La lune commence à paraître au pre- « micr jour de nisan , et éclaire tous les lieux jusqu'au « quinzième jour. A partir de ce jour , sa lumière décroit « jusqu’au trentième , et on ne la voit plus. Ainsi les « Israélites ont eu quinze générations d’ Abraham à Salo- « mon. Avec Salomon est venu le temps de la pleine « lune; mais celle-ci a commencé à décroître le jour où « l’on arracha les veux à Sédécias. »
Le premier quartier de ce grand mois , dont chaque jour est une génération d’hommes, tombe donc au temps de Moisc ou à la sortie d’Égypte. Le dernier quartier ccm-
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menue à la captivité de Babylone, et va jusqu'au temps du Messie, où la lune croit de nouveau. Ce calcul nous conduit évidemment à Jésus - Christ , et saint Matthieu semble y avoir eu égard lorsqu’il partage la généalogie de Jésus -Christ en 4 fois 14 générations, qui remplissent tout le temps qu’ont duré les quatre grands empires jusqu’au sabbat de la rédemption. Quatorze grands prêtres ont aussi exercé le souverain pontificat, depuis Aaron jusqu'à Azarias, contemporain de David.
11 est remarquable que les païens eux-mêmes ont entrevu le sens profond de celte série et de ce nombre de générations, comme nous pouvons le conclure du Prométhée d’Eschyle, v. 886. La, en effet, Prométhée, le fils delà terre, l'homme primitif, le représentant de l'humanité; Prométhée enchaîné sur le Caucase, cette première patrie du genre humain, reçoit la promesse que son libérateur sortira de Jos, c’est-à-dire d’Iva ou Eva, et, paraissant à la quatorzième génération, P arrachera aux souffrances de toute sorte qui l’accablent. Ce libérateur parut, d’après la mythologie, dans la personne d’Hercule, ce sauveur, ce messie du monde païen , qui tua le vautour, brisa les liens de Prométhée, et le réconcilia avec son père irrité. Hésiode (fragm. 31) nous présente Prométhée comme le père de Deucalion, dont le nom, composé de deukos fjleukos , vin doux , nous le fait reconnaître évidemment pour Noé, qui planta la vigne, et qui fut la seconde tige du genre humain. C’est dans cet esprit que les Pères de l'Eglise et dans ces derniers temps encore Hugo Grotius expliquent la parabole des vignerons, que Jésus proposa à Capharnaüm après avoir converti l’officier païen. D’après cette interprétation , la première heure où sortit le père
de famille signifie le premier âge du monde , ou & lion d’Hénoch et de Noé. Vers la troisième heure, fit appelle Abraham; et vers la sixième heure de Pandas* alliance il appelle Moïse le législateur. Au déclin do fier de l’antiquité, il parle aux prophètes, et vers la oonenv heure enfin il appelle les païens. Après ce dernier apfd« père de famille, la fin des temps ne doit plus beauté larder.
Celle interprétation mystique avait un sens réel ei profond pour l’antiquité , accoutumée à se représenter fc choses sous des images ou des symboles. Mais une fois q# les temps furent accomplis , le sens de ces symboles salera peu à peu, et finit par se perdre entièreroeuL Ccpradanl le peuple de Dieu avait une image bien plus sensii* et plus vive encore de la grande période du Messie le cycle de 49 ans établi par Moïse. La somme des périodes jubilaires qui devaient s’écouler jusqu’à la pfe* tude des temps était pour les Juifs une tradition qui 1er était venue des écoles fondées par les prophètes. Et Dm* annonçait encore que dix jubilés s’écouleraient jusqe» la mort du Messie. Le traité talmudique du sanhMm a consigné lui -même cetle ancienne tradition lorsqu'il éü fol 97 , 2 : « Élie a déclaré au R* Jehuda, frère du pie* « Ralf Salla , que ce monde ne durerait pas moins de *' « jubilés, et que dans la dernière semaine jubilaire, c’e* « à-dire dans la 86e, paraîtrait le fils de David. »
Mais comme la rédemption avait déjà commencé immédiatement après la première chute avec la promesse d'un rédempteur, et qu’elle a été consommée avec fe crucifiement sur le Calvaire, les 84 périodes jubilaires qui se sont écoulées entre ces deux époques ont été considérée?
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par les anciens, dans leurs mythologie», comme l’Age du Dieu sauveur lui- même. Et nous trouvons une reflet de tïo ruythe dans les légendes indiennes, qui font vivre 84 ans sur la terre Salivahana, aussi bien que Vicr&maditya 4^1 lo Buddha des Birmans. D'après les livres sacrés du destin des anciens Étrusques, la vie humaine se compose, tui général, de douze semaines d’années, ou de sept fois douze ans, c’est-à-dire de Si ans, qui équivalent à 112 années de 9 mois, ou à un siècle étrusque de HO années solaires. Or la période de lit années de 10 mois, ou de Si années ordinaires, forme une semaine de la sainte période de 4320 années lunaires, comme aussi une année d’Cranus, la planète la plus éloignée de tout notre système solaire. Enfin , 12 fois 84 forment le cvcle de 1000 ans environ , sacré pour l’Orient. Ainsi tous les nombres saints et mystérieux se croisent ici, et nous pouvons y lire en langage hiéroglyphique des grandes périodes de l’histoire de la nature et du monde. C’est aussi par une mystérieuse analogie que le peuple juif a eu autant de grands prêtres qu’il s’est écoulé de jubilés jusqu’à l’apparition du Pontife céleste. Enfin, la construction du second temple, commencée par Hérode, dura aussi 84 ans.
Cette prophétie de 86 jubilés, rapprochée des 70 semaines de la prophétie de Daniel, nous explique comment, un derai-siècle avant le Christ, Néhémie, docteur juif, pouvait prédire au peuple de Dieu que le Messie ne tarderait pas désormais plus de sept années sabbatiques, c’està-dire plus d’une période jubilaire. Aussi, lorsque Jésus parut à la tin de cette époque, et qu’il proclama la loi nouvelle, les Juifs ne lui objectèrent point que le temps
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où le Messie devait paraître n'était pas encore venu, fc* pressèrent, au contraire, de se déclarer hautement Messie, et de se mettre sous ce nom à la tète de la «La- Bien plus, ils tenaient déjà Jean -Baptiste pour le Mes*# contre le gré même de ce prophète. C'est en vain qii * objecterait qu’à partir du second temple les Juifs ne naissaient plus les jubilés de Moïse. 11 est vrai qu ils ne W célébraient plus comme ils le faisaient autrefois; mats fr les comptaient encore, et ils ne cessèrent de le faire q*** près la ruine de Jérusalem; c'est ce que nous IndNp: » ces paroles qu’ils adressent à Notre-Seigneur en sainte chap. viii, v. 57 : « Vous n'avez pas encore 50 ai», é « vous prétendez avoir vu Abraham? » Ils voulaient c dire : Vous n’avez pas encore vécu une semaine jubilam et pourtant nous en comptons plus de 42 depuis Abrahan- Abraham, en effet, occupe le milieu de la sainte pério£ de la rédemption. 42 semaines jubilaires se sont écoulez depuis la création jusqu’au milieu de sa vie, et 42 autre * depuis ce moment jusqu’à Jésus-Christ. La constructif du temple par Hérode avait commencé précisément c** semaine jubilaire avant la mort du Sauveur, la roto année où Marie élait venue au monde.