LA FUITE EN ÉGYPTE
de ce qu’on a confondu le massacre des pharisiens révoltés sous le roi sadducéen Jannée, avec le massacre des innocents sous Ilérode, et de ce qu’on a fait un seul personnage du Simeon de l’Évangile et de l’illustre Sirnéon ben Schetah, frère de la reine , et que celle-ci avait soustrait pendant longtemps à la fureur de son mari. Au reste, ce récit, quelque défiguré qu’il soit, nous donne lieu de conclure que la sainte famille ne fut pas la seule à fuir en Égypte pour échapper au despotisme d’Hérode.
La Palestine et l’Égypte étaient, dès les temps anciens , considérées comme deux pays homogènes. Déjà le patriarche Abraham avait pénétré dans les contrées arrosées par le Nil, et Isaac l’v avait suivi avec toute sa famille. Là, à Test de Misraïm, vers la mer Rouge était située la terre de Gosen. Dans le voisinage de Memphis, près de l’ancienne ville sainte d’Héliopolis, à une lieue et demie du Caire, est un village nommé Matarieh, que les Hébreux, ainsi que les habitants du pays, nommaient On, c’est-àdire lumiêi'e , soleil . C’est là que Joseph l’Égyptien avait épousé Aseneth, fille d’un prêtre du pays. C’est là que , d'après une ancienne tradition égyptienne, Moïse ou Osarsyph avait été prêtre autrefois. C'est là aussi que, d’après Hérodote (n, 3, 59), était un temple célèbre du soleil, qui renfermait dans sa vaste enceinte un college de prêtres nombreux et savants. C’est là aussi que depuis longtemps les Juifs mécontents du gouvernement de leur pays, ou chassés de la Palestine, trouvaient un refuge et un abri! C’est là que Jéroboam avait fui devant le roi Salomon . lorsque le prophète Ahias lui avait distribué dix morceaux de son manteau, comme symbole des dix tribus d’Israël qu’îl devait gouverner.
2ü2 LA vu: DF. N. -S. JÉSUS-CHRIST.
C’est là que, lors de la première destruction de Jérusalem, et, plus tard, dans les jours de Jérémie, avaient émigré en masse les Juifs que Nabuchodonosor avait laissés dans leur ancienne patrie, lorsque la fureur de ce prince, se ranimant de nouveau, leur rendit inutile la faveur qu’il leur avait accordée. Sous les Ptolémées, la population de ce lieu augmenta, et par les migrations volontaires, et parle grand nombre de prisonniers de guerre qui furent transportés dans les contrées du Nil. Là, sous la conduite d’Onias, fils du grand prêtre du même nom, une grande multitude d’hommes, fuyant la vengeance d’Antiochus, avaient trouvé un abri. Avec la permission de Ptolémée Pbilométor, ces Juifs émigrés avaient construit à Léontopolis un temple magnifique, qui rappelait en petit celui de Jérusalem, et qui le cédait de peu en magnificence au sanctuaire de Moria. Ainsi s’était accomplie la prédiction d’Isaïe (xix, 19) :
« Un jour un autel sera élevé à Jéhovah au milieu de la « terre d’Egypte. » Ils s’étaient établis en ce lieu , et avaient été rejoints par un grand nombre de Juifs, à l’époque des guerres entre Hyrcan et Aristobule, leur dernier roi. Bien plus, sous Alexandre le Grand et Ptolémée. Lagus , les Samaritains avaient fondé une colonie en Égypte ; et lors de la catastrophe qui entraîna la ruine de leurpayssous Jean Hyrcan, ils avaient trouvé là un refuge. Aussi, jusqu’au temps de Jésus-Christ, une nombreuse colonie juive florissait dans le district d’Héliopolis. Us \ formaient des groupes divers, selon la variété des professions, à la manière des corporations du moyen âge, et c’est à cette époque que les thérapeutes commencèrent à se montrer parmi eux. Mais après la dernière ruine de Jérusalem, quelques hommes remuants qui avaient échappé