CHAPITRE III
De la paix universelle sous l’empereur Auguste.
« Gloire à Dieu dans les hauteurs, et sur la terre paix « aux hommes de bonne volonté. » Ainsi chantaient les anges dans les cieux : car le monde allait être réconcilié à Dieu , et tous les peuples étaient en paix , lorsque le prince de la paix parut sur la terre et naquit parmi nous. C’est ce qu’avait prédit Isaïe dans ces paroles : « Ils chan- « geront leurs épées en charrues, et leurs lances en cou- « teaux pour la vendange. Les peuples ne tireront plus « l’épée les uns contre les autres, et ils ne penseront pas « même à la guerre. » David avait dit aussi : « Dans ses « jours paraîtra la justice et la plénitude de la paix. » Tous les saints Pères ont unanimement appliqué ces paroles au temps de la venue du Messie, et particulièrement Origène, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin et Orose; et
PAIX UMYERSELLE.
tous les siècles chrétiens ont gardé après eux la tradition d’une paix générale parmi les peuples lors de la naissance du Sauveur.
Suétone rapporte dans sa Vie d’Octave, ch. 22, que, depuis la fondation de Rome jusqu’au temps de César Auguste, le temple de la paix ne fut fermé que deux fois: la première, du temps de Numa, sous le gouvernement duquel il resta fermé pendant quarante- trois ans; et la seconde fois, après la fin de la seconde guerre punique, ou, si l’on veut, sous le consulat de T. Manlius Torquatus et de C. Attilius Balbus , en 5 i 9 : mais à celte époque il fut rouvert , au rapport de quelques historiens , dans la même année. Auguste le ferma trois fois pendant son règne, après avoir établi la paix sur terre et sur mer : la première fois, après la défaite et la mort d’Antoine, en 7*25, lorsqu’il était consul pour la cinquième fois avec Sextus Àquiléius; la seconde fois, après avoir terminé la guerre contre les Cantabres, en 729, lorsqu’il était consul pour la neuvième fois avec M. Julius Silanus, comme le rapportent aussi Dion Cassius (liv. 53, ch. 26) et Orose (liv. G, 21). Mais Jésus-Christ n’a pu naitre à aucune de ces deux époques, puisqu’à la mort d’Hérode, en 750, il était encore enfant. Sa naissance coïncide donc avec l’époque où Auguste ferma pour la troisième fois le temple de la paix.
Déjà, l’an 714, le sénat avait ordonné de fermer le temple de Janus. Mais Dion et Veliéius Paterculus rapportent que des soulèvements parmi les Daces, la révolte des Dalmates et les séditions continuelles des Germains empêchèrent l’exécution de ce décret. Les deux premiers peuples furent vaincus et réduits au repos dans l’année
même 744 par Tibère. Drusus périt en 745 dans la guerre contre les Germains; et Auguste remit le commandement de l’armée entre les mains de Tibère, qui fut chargé de soumettre ces peuples. Ce fut l’an 746, ou huit ans avant notre ère, que , d’après le récit de Valléius Paterculus, Tibère parcourut en vainqueur la Germanie, et rendit tout ce pays tributaire de l’empire, sans avoir éprouvé aucune perte.
Ce n’était certainement pas sans une providence par-
ticulière que le peuple qui avait été choisi d’en haut pour répandre d’une manière spéciale le christianisme se retira enfin du théâtre de la guerre, pour participer à cette paix du monde entier. Or celle-ci a dû avoir lieu à peu près vers le milieu de l’an 746, puisqu’avant la fin de cette année nous retrouvons Tibère déjà depuis longtemps à Rome à la cour de l’empereur.
A cette époque la guerre germanique étant heureusement terminée , Auguste reçut pour la quatorzième fois le titre d’empereur, comme nous l’apprend Dion Cassius; et, d’après les inscriptions de cette époque , il le conserva au moins jusqu’à l’an 751 . Pendant tout ce temps il garda ce titre sans ajouter aucun nombre à celui do 14; ce qui prouve évidemment que dans cet intervalle aucune guerre ne lui donna occasion d’ajouter d’autres chiffres à ce dernier, et que par conséquent c’est alors que le temple de Janus fut fermé pour la troisième fois sous son règne, et pour de longues années. C’est donc pendant cette paix universelle que l’Homme-Dieu apparut sur la terre. Chose merveilleuse! lorsque le Sauveur naquit, tous les peuples avaient fait la paix pour célébrer son arrivée : tous étaient soumis en silence à un seul pouvoir politique, pour se