CHAPITRE I
Importance et signification de la Palestine.
U Jourdain coule des sources du mont Liban : puis , se partageant en deux ruisseaux, il parcourt les plaines fertiles delà Palestine, et verse la plénitude de ses eaux dans le lac de Gennésareth. De là, continuant son cours, il féconde les campagnes de Samarie. A mesure qu’il approche de la Judée proprement dite, ses flots deviennent plus jaaneset plus sablonneux, jusqu’à ce qu’ils se perdent enfin dans le lac de Pech, qui, situé bien au-dessous du niveau des lacs environnants, ne lui laisse aucune issue dans la mer Rouge. Mais ses eaux, purifiées par les conduits souterrains où elles filtrent, reparaissent plus vives et plus fraîches près de l’ancienne Joppé, cette ville maritime de Japhet, comme dit la légende, et elles se jettent dans la Méditerranée , ce golfe européen parcouru sans cesse par les vaisseaux des peuples insulaires.
Il en fut ainsi du cours du christianisme et des bénédictions qu’il répandit sur le monde. Il descendit des montagnes de Galilée : le lac de Gennésareth vit le divin Sau-
veur marcher sur ses eaux , et ses fertiles rivages reçurent l’empreinte de ses pieds sacrés. Samarie l’accueillit aussi , et reçut la plénitude de sa doctrine céleste. Mais les Juifs, enfoncés dans le bourbier des pensées terrestres et des formalités extérieures, étouffèrent la semence de la parole divine, et firent mourir Celui qui avait été envoyé pour leur salut. Aussi le Seigneur détourna son visage de Jérusalem. Et les envoyés de Dieu, partant de Joppé, la ville de la mer, s’en allèrent vers d’autres régions. Les peuples des îles les accueillirent, et l’Europe devint par la puissance du christianisme la reine du monde.
Si nous considérons la Palestine dans sa position naturelle, aux confins de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe, avançant sa pointe dans la Méditerranée, elle nous apparaît comme le pont naturel qui conduit à ces trois parties du monde. C’est là que se croisent les routes qui conduisent les peuples de l’Orient à l’Occident et du Nord au Midi. Et de même que la nature en a fait comme le pays central de la terre, ainsi nous apparaît-elle dès le commencement comme le point central de l’histoire, où se préparent les événements des siècles futurs. Destinée à unir les trois parties de l’ancien monde, elle offre dans les accidents et les variétés de son sol une image des oppositions qui caractérisent ces diverses parties du globe. Ici, c’est la mer Morte entourée de déserts, avec ses sources de naphte, d’asphalte etdesoufre, et ses exhalaisons mortelles qui éloignent les oiseaux; avec ses rochers de basalte, où rien ne peut vivre : terre inhospitalière et comme morte qui s’étend le long du Jourdain jusque vers la Judée; terre de malédiction, dont le feu du ciel a enflammé le naphte et le soufre, et qui, par suite d’un déchirement dont il est impossible
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d’assigner l’époque, s’est affaissée à un tel point, que les flots noirs de ce lac salé sont bien au - dessous du niveau de la Méditerranée. Mais à côté de cette mer désolée le voyageur admire ce lac dont les eaux calmes et limpides réjouissent la contrée de Gennézareth ; ce lac, plein de sources abondantes en poissons, entouré de jardins délicieux. Vis-à-vis de Sodome c’est Capharnaüm, contrée fertile en produits de toute sorte et qui se prolonge jusqu’au Liban. C’est de cette terre que le poète arabe dit quelle porte l’hiver sur sa tête, le printemps sur ses épaules, l’automne en son sein, et l’été à ses pieds. Telles sout ces deux régions que Samarie unit entre elles. Et le caractère de chacune d’elles se reproduit fidèlement dans les populations qui les habitent. « Le Galiléen aime l’honneur, et le Juif l’argent, » dit le Talmud, qui ne fait en cela qu’ exprimer les deux éléments principaux du caractère juif. Le Galiléen était dans sa pauvreté pur, sobre et religieux : c’est un témoignage que lui donnent les rabbins.
L'antiquité, accoutumée à contempler les choses d’une manière symbolique, et à les exprimer d’une manière plastique et grandiose, nous représente sous les traits suivants le caractère du peuple de la Palestine. Heber, tige de ce peuple, eut trois Gis : Juda, Somiron et Galilée, qui sont l’un à l’égard de l’autre à peu près comme Sem, Chain etJaphet. Le premier est comme le prêtre de la famille : c’est le peuple juif proprement dit qui s’est fixe autour du temple, et garde dans son sein le sacerdoce et le sanctuaire. Le prêtre immole encore à Jéhovah les victimes que la loi exige; mais il est dégénéré, il aime l’argent. Le second, Somiron, a choisi le métier des armes, la chasse
et la guerre pour son occupation favorite : il aime l’honneur et tient à sa parole. C’est l’habitant des montagnes, le Galiléen, qui s’est établi sur les plateaux élevés du nord , que l’on reconnaît déjà à la rudesse de son dialecte ; qui, du haut de ses montagnes, a vu passer les tempêtes de Basbylone et d’Assyrie sans qu’elles aient pu le déraciner entièrement du sol , de sorte qu’encore aujourd’hui c’est chez lui que le sang d’Abraham s’est conservé le plus pur. Le Galiléen est naturellement querelleur , intrépide , façonné dès la jeunesse aux combats. C’est de ces montagnes qu’est sorti Samson. Il s’est toujours noblement conduit, et s'est défendu vaillamment dans la dernière guerre qui précéda la ruine complète du royaume. Le troisième enfin s’est choisi le sol : il appartient à la terre et à la culture. C’est le Samaritain ou le Chuthéen , qui habite le sol gras et fertile d’Éphraïm et de la grande plaine de Samarie. C’est le Chamite de la famille juive, et qui, dans sa constitution physique, offre le plus d’analogie avec les descendants de Cham. Le Juif l’exploite et est devenu son marchand, comme il l’est encore aujourd’hui pour tout l’univers.
De même qu’ autrefois Dieu promit à Japhet qu’il dominerait Chanaan, et qu’il entrerait dans les tentes de Sem, ainsi les Galiléens arrachèrent aux fils de Juda leurs privilèges. Ce sont eux qui furent trouvés dignes de garder au milieu d’eux le berceau du Sauveur , et de le soustraire ainsi aux persécutions dont il était l’objet. Ce sont eux qui lui ouvrirent leur pays comme un asile où il put, pendant tous les jours de sa vie jusqu’à son dernier voyage à Jérusalem, échapper à la fureur des Juifs. C’est parmi eux aussi que furent pris les premiers gardiens de la nouvelle