CHAPITRE II
Jean-Baptiste.
Lorsqu’une grande révolution doit s’accomplir dans le monde, et qu’un nouveau jour dans l’histoire doit succéder ao jour qui finit, il se remue souvent dans le sein des peuples je ne sais quel sentiment prophétique qui leur révèle cet avenir prochain, et leur fait deviner en quelque sorte le lieu d’où doit venir l’homme que la Providence a choisi pour instrument de ses decrets éternels. Aussi à cette époque les yeux de toutes les nations étaient tournés vers l’Orient, d’où l’on attendait le fondateur du nouveau royaume. C’esl cet instinct qui explique cette tradition contenue dans les livres des Juifs, à savoir que le Messie paraîtrait en Galilée. Beaucoup de Juifs encore aujourd'hui croient fermement que le Messie viendra un jour de Capharnaüm ou du lac de Gennésareth à Tibériade; et c’est pour cela que beaucoup de Juifs se rendent à cette dernière ville, des contrées les plus éloignées du monde , afin d’attendre dans ce lieu sacré pour eux l’arrivée du Messie, ou d’v être du moins ensevelis.
C’est au milieu des montagnes de la Judée qu’a com-
mencé la nouvelle histoire du genre humain. Là, au sudouest de la ville sainte, à deux lieues de Bethléhem, dans un lieu sauvage qui s’appelle encore aujourd’hui le désert de saint Jean , vivait ce nazaréen dans une retraite si complète qu’il ne connaissait pas môme personnellement Jésus ni ses plus proches parents. « Il grandit dans le dé- « sert, et son esprit se fortifia jusqu’au jour où il parut en u Israël. » (Saint Luc, ch. i; saint Jean, ch. i.) On montre encore la caverne où il demeura et la source où il buvait. Le pèlerin visite encore aujourd’hui la solitude où ce grand prophète prêcha la pénitence à tous ceux que le bruit de sa renommée avait attirés vers lui.
Il portait un vêtement de poils de chameau; car c'était celui que l’on croyait avoir été donné de Dieu aux premiers hommes après la chute : aussi on ne devait pas y apercevoir un fil de lin. Une ceinture de cuir serrait ses reins, comme autrefois au prophète Élie. Jamais le ciseau ni le rasoir n’avaient touché sa chevelure ni sa barbe : car il s’était voué à Dieu comme nazaréen pour toute sa vie. Jamais il n’approcha ses lèvres d’aucune boisson fermentée. Dans ce pays où coulaient le lait et le miel, suivant l’expression des cantiques anciens, sa nourriture était le miel que les abeilles sauvages préparaient dans leurs rayons pour le prédicateur du désert, et que Ton trouve encore souvent dans le pays : dons simples de la nature , que les traditions de tous les peuples nous représentent comme l’aliment du premier âge du monde. U se nourrissait encore de sauterelles, comme le permettait la loi (Lévit., xi, 22), aliment peu délicat, il est vrai, quoiqu’il fût considéré comme gras. Les rabbins ne comptent pas moins de 800 espèces de sauterelles pures dont ils ne