‹ La vie de N.-S. Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 74 sur 589 · ÉTAT DES CHOSES AU MOMENT DE LA PRÉDICATION, ETC · texte numérisé non relu

ÉTAT DES CHOSES AU MOMENT DE LA PRÉDICATION, ETC

armée de Césarée à Jérusalem, feignant d’y vouloir passer Fhiver. Bien plus, il fit apporter en secret pendant la nuit dans l’intérieur des murs de la ville sainte les étendards de ses légions, avec les images de l’empereur, ce que n’avait fait encore aucun de ses prédécesseurs , et il les fit placer sur la citadelle Antonienne, bravant ainsi avec un orgueil tout romain les lois du pays qu’il venait gouverner. On crut dès lors que tout était perdu, que la fin des temps approchait, et que l’abomination de la désolation était entrée dans le temple. Le peuple, sortant en masse de Jérusalem, alla trouver Pilate à Césarée, où il avait établi sa résidence. Pendant six jours il implora dans le jeûne et la prière la clémence du gouverneur, se tenant à genoux devant son siège dans l’hippodrome, présentant le cou à l’épée des légionnaires, qui n’attendaient qu’un signe pour les massacrer s’ils ne retournaient pas tranquilles chez eux, et désirant mourir pour la loi de leurs pères plutôt que de souffrir une telle profanation. Pilate, étonné de tant de constance, céda enfin, et fit enlever les images qui avaient causé tout ce mouvement.

C’est alors que les habitants de Jérusalem sortirent en foule pour aller entendre sur les rives du Jourdain le nouveau prédicateur de la pénitence. Ils allaient vêtus de sacs, nu-pieds et la tète couverte de cendres , comme autrefois tes habitants de Ninive ; car ils regardaient le malheur des temps comme une juste punition de leurs crimes : ils confessaient leurs péchés, et se faisaient baptiser par Jean dans le fleuve du Jourdain. Mais Jean leur disait : « Race « de vipères , qui vous a appris à fuir la colère de Dieu , « qui vous menace? La cognée est déjà à la racine. L’arbre * ffui ne porte point de bons fruits est coupé et jeté au

« feu. Portez donc de dignes fruits de pénitence. Ne dites « point dans vos cœurs : Nous avons Abraham pour père; u car, je vous le dis, Dieu est assez puissant pour faire de « ces pierres des enfants d’ Abraham. »

Le peuple juif tout entier avait alors un sentiment profond des privilèges qu’il avait reçus de Dieu comme serviteur de Moïse et descendant d’Abraham ; c’est pour cela que Jean leur met ces paroles sur les lèvres, pour avoir l’occasion de leur apprendre que ce qu’ils regardaient comme un droit n’était qu’une pure faveur de Dieu, et de leur reprocher leurs prétentions, en jugeant leur vie d’après la lettre même de la loi. Les pierres dont parle Jean , ce sont les Gentils, que Dieu a choisis à la place des Juifs, et dont il fait annoncer déjà l’élection par son prophète; les Gentils, qui sont, comme les laïques, comparés au peuple sacerdotal d’Israël , et auxquels Dieu promet qu’ils deviendront ses enfants. Parce qu’ils descendaient d’Abraham, les Juifs croyaient non -seulement qu’ils étaient plus agréables à Dieu que les autres peuples, mais encore que le Messie viendrait uniquement pour eux. Il fallait, au moment où il allait commencer sa carrière , abattre ce préjugé, et humilier cette piété égoïste et orgueilleuse. C’est pour cela que le dernier et le plus grand des prophètes annonce aux Juifs que les païens participeront aussi à la rédemption , et que de ces pierres sera construite l’Église de la nouvelle alliance.

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